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Philippe Gabant, un spécialiste de la biologie moléculaire

Date de publication
11 août 2016
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Philippe Gabant, le chercheur qui décèle rapidement des business potentiels. Spécialisé en biologie moléculaire, il crée Delphi Genetics puis Syngulon.

Un chercheur peut-il être un innovateur ? Certains scientifiques aiment – et n’aiment que – la recherche fondamentale. Celle qui consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques destinés à comprendre les mécanismes de phénomènes ou de faits observables. Sans envisager une application ou une utilisation, ils travaillent à améliorer les connaissances humaines.

D’autres chercheurs vont un pas plus loin et décèlent rapidement des business potentiels. Philippe Gabant fait partie de cette 2e catégorie. Son parcours académique lui a également donné les clés pour réussir : docteur et chercheur en biologie moléculaire, il est également détenteur d’un Master en management de l’innovation technologique. Cela fait 30 ans qu’il navigue dans le monde des biotechs, de la génétique et de la biologie moléculaire. Durant sa thèse, il a développé un produit qui est devenu une « commodité » pour tous les laboratoires du monde entier. Un succès qui lui a donné le goût d’aller plus loin, de créer des produits, puis des entreprises (Delphi Genetics et Syngulon). Mais ce qui plaît le plus à cet innovateur, c’est de rester en alerte des signaux « faibles »,  de ces signaux qui sont porteurs de nouvelles opportunités.

Quel est votre parcours?

À l’époque de sa thèse, qu’il effectue dans le laboratoire des Procaryotes de l’ULB, Philippe Gabant et son collègue Philippe Bernard mettent au point une 1ère application des gènes poison-antidotes bactériens. Au début des années 90, les deux hommes développent un plasmide artificiel permettant de simplifier le clonage de fragments d’ADN. L’ULB a déposé un brevet protégeant cette invention. Une licence a été signée en 1995 avec une firme californienne. Elle est  devenue leader mondial dans le domaine des outils de clonage moléculaire.

 » Un 1er succès qui m’a servi de déclencheur. Car il démontrait que la recherche « académique » de haut niveau permettait d’aller jusqu’à la création d’un produit. Un produit qui, aujourd’hui, se vend toutes les minutes dans tous les laboratoires du monde ». À l‘époque, Philippe Gabant fait partie des précurseurs : « les mots « innovation » et « transfert de technologies » étaient un peu moins « naturels » qu’aujourd’hui. L’université réfléchissait presque uniquement en termes de publications ».

Puisque ces produits sont vendus essentiellement au monde de la recherche, « cela nous a donné une certaine aura dans le monde académique. Comme tous les chercheurs qui réalisent de l’ingénierie génétique utilisent notre produit, tout ce petit monde nous connaît et nous reconnaît. Notre brevet a d’ailleurs fait l’objet d’environ 20.000 citations dans des publications scientifiques. C’est une belle carte de visite».

Fin des années 90, début des années 2000, l’équipe a poursuivi ses recherches dans le domaine des gènes poison-antidotes bactériens. Elle a continué à publier mais elle a pris aussi des brevets sur ce marché de niche en biologie moléculaire . Durant la même période, le concept de spin-off prenait son envol en Wallonie. Et la Région développa le first spin-off, un soutien dédié à la constitution de sociétés. Les résultats des recherches menées à l’ULB en biologie moléculaire valaient bien la peine d’être valorisés au travers d’une entreprise. C’est ainsi qu’est née Delphi Genetics : « l’objectif était de créer un business model sur base de ces brevets et de créer une entreprise active en biologie moléculaire».

Une période qui aura permis à Philippe Gabant de vivre intensément toute la filière de développement de ces produits high-tech. On part de la recherche dans des laboratoires universitaires pour conclure par la signature d’accords de licence avec le monde industriel. En passant bien sûr par le marketing, la promotion et la négociation. Avant de faire une pause.

Comment a évolué votre métier?

 » Cette pause, poursuit Philippe Gabant, m’a permis de voir arriver les applications de la biologie moléculaire en-dehors du secteur de la biopharmacie. J’ai pris le temps de rencontrer des acteurs de divers secteurs. J’y ai détecté des opportunités et, en 2013, avec Guy Hélin, on a décidé de créer notre start-up, Syngulon, incubée par WSL « .

Quelle est votre meilleure décision professionnelle?

« Avoir franchi le cap. Etre passé du rôle de chercheur à celui d’innovateur. Ce n’était pas gagné d’avance. Faire de la bonne science n’est pas compliqué pour nous : nous y avons été formés au sein de l’ULB. En revanche, issus du monde académique, nous n’avions pas de connaissance du marché. Pour Delphi Genetics, nous avons dû développer une stratégie commerciale, mettre en place un réseau de distribution de nos kits, etc. Nous développions et commercialisions des technologies et des produits inventés au départ par nous-mêmes et nos collègues. C’est d’autant plus difficile : le marché ne nous attend pas. » Même chose pour Syngulon.

Et inversement, quelle décision regrettez-vous?

Peut-être celle de ne pas avoir démarré un nouveau projet plus tôt. En 2012, Philippe Gabant quitte Delphi Genetics dont il était devenu le responsable business développement : la spin-off pouvait voler de ses propres ailes. « Désormais, il s’agissait essentiellement de piloter l’entreprise et d’amplifier le mouvement. Ce n’était plus ma tasse de thé. Quand je promotionnais Delphi Genetics au Japon ou aux USA, je recevais et transférais beaucoup d’informations aux clients et clients potentiels des technologies existantes. Une occupation à 100% qui ne me laissait plus une seconde pour identifier des opportunités de recherche et de business. Des signaux faibles qui ne se décèlent qu’à partir du moment où vous êtes en position pour les entendre. Pour les détecter, il faut se reconcentrer sur ses compétences, se rappeler qui on est, quelles sont nos forces et nos faiblesses. »

Comment favorisez-vous l’innovation?

Innover, c’est un chemin personnel :  « Quand vous avez un bon projet et que vous êtes encore seul à y croire, quand votre expérience vous indique que ce projet sera porteur, il est temps de prendre un brevet. Le plus large possible, en tous cas en biotechs, car les développements vont coûter très cher et les financiers n’investiront que sur du long terme ».

Ensuite, Philippe Gabant fait progresser sa découverte pour en faire une innovation : « Quand vous avez détecté une opportunité, il y a un chemin de validation personnel, puis une démarche de conviction des partenaires et enfin l’évangélisation des clients. Chez moi, ce chemin a duré entre 7 et 8 ans mais lorsque vous avez fait ce chemin initiatique, vous êtes prêts à détecter toutes les opportunités ».

Votre phrase préférée?

« Si vous me permettrez la comparaison, un innovateur est une sorte de surfeur. Car, à la différence du skieur, le surfeur se place en position d’entendre les signaux faibles. Vous êtes là, vous attendez la vague. Vous ne devez ni paniquer, ni gigoter. La vague sera là. Lorsqu’elle est là, c’est la vôtre ou pas. Vous prenez ou vous laissez. Lorsque vous avez trouvé votre vague, lorsque vous l’avez prise, vous surfez dessus. Vous êtes seul et cette solitude vous rend très heureux. Observez les chemins empruntés par les innovateurs : ils ont créé, en partant d’une vague identifiée avant tous les autres surfeurs, les technologies de notre quotidien. Ensuite seulement vous êtes rejoint par votre réseau : vous transformez le signal faible en un signal pertinent pour vos amis, ceux qui croient en vous et vous comprennent. Ils sont près de la vague, ils y surferont avec vous ».

Le skieur, lui, n’intervient qu’après.  Lorsque la vague se transforme en une belle pente, plein de skieurs – les managers – commencent à approcher. Un skieur choisit sa pente, selon sa force. Il a décidé à un moment de partir et utilise toutes ses forces pour descendre au plus vite. Sur la même pente, il y aura plein d’autres acteurs, à lui d’être le plus rapide ».

 

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