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Traitement de déchets infectieux : l’innovation d’AMB

Date de publication
16 février 2016
facebook twitter LinkedIn Google Mail Environnement/Industrie/Santé/Inspirations Print
Traiter les déchets infectieux

AMB est active dans l’environnement et les métaux. Peu à peu, elle a réussi à imposer son équipement de traitement de déchets infectieux. De nombreux hôpitaux utilisent leur technologie. Retour sur cette innovation, véritable success story.

Traiter les déchets infectieux grâce aux micro-ondes

Le CNRS a développé une technologie micro-ondes qui permet de chauffer en continu des « broyats » de déchets d’activités de soins à risques infectieux. AMB, de son côté, maîtrisait « la mécanique et le broyage. Or, c’est exactement ce qui manquait au CNRS qui, lui, maîtrisait le volet thermique de la solution», explique Philippe Dufrasne, le CEO de l’entreprise montoise. Avec les compétences scientifiques des français, l’aide d’un automaticien et le soutien sans faille de l’administration de la recherche (DGO6), AMB a développé et lancé son produit. « Nous étions les premiers au monde à utiliser cette technique totalement propre. Et nous le sommes toujours, grâce à notre accord avec le CNRS et la prise de nombreux brevets ».

Peu à peu, cette solution s’est imposée aux conglomérats d’hôpitaux ainsi qu’aux prestataires de service travaillant pour ces hôpitaux. Jusqu’aux villes et aux agglomérations urbaines qui réclament leurs solutions dédiées. Les 1ères versions d’ECOSTERYL convenaient aux entités locales. A l’échelle d’une agglomération ou d’une très grande ville, il a fallu créer des machines de (beaucoup) plus grande taille. Celles-ci sont capables cette fois de traiter jusqu’à une tonne de déchets d’activités à risques infectieux (DASRI) … par heure. C’est chose faite grâce à l’intégration de multiples innovations : la 1ère machine d’une tonne/heure a été expédiée à Lille où elle fait l’objet d’une série de tests menés par AMB en collaboration avec les autorités françaises, l’Institut Louis Pasteur et l’Inserm (ex-Institut National d’Hygiène). En 2015, AMB déposait une série de nouveaux brevets et les étendaient au reste du monde.

De la chaudronnerie au traitement de déchets à risques infectieux

AMB SA (Ateliers Mécaniques du Borinage) est une PME de 35 personnes, installée sur deux sites montois. L’entreprise a rejoint le Parc Initialis. Un parc scientifique qui connait un développement industriel croissant depuis les années 2000 (81 entreprises et 701 emplois). La proximité d’acteurs de recherche reconnus favorise l’innovation et la créativité des entreprises qui s’y installent. C’est particulièrement vrai pour une entreprise comme AMB.

Créé en 1947 par le père de l’actuel CEO, Philippe Dufrasne, cet atelier de mécanosoudage réalisait à l’origine l’étude, le dessin, l’usinage et la chaudronnerie des machines qu’il concevait pour compte de tiers:

  • équipements pour centres de tri,
  • presses spécialisées pour fuel de substitution en cimenterie,
  • cisailles…

 

En 1985, AMB a amélioré son offre. Important des produits italiens utilisés par les entreprises actives dans le secteur de l’environnement, elle les a distribués en Belgique, au Luxembourg et en France. Des outils qui étaient assemblés dans les ateliers d’AMB, qui, par ailleurs, se chargeait de leur maintenance.

«Cela nous a permis d’augmenter le chiffre d’affaires et d’entrer dans un secteur en croissance, celui de l’environnement» explique Mr Dufrasne. «Nous fournissions essentiellement des presses et des cisailles pour les entreprises traitant des métaux, particulièrement des non ferreux. Mais on s’est rapidement aperçu que les métaux suivaient les cours de la bourse et que les commandes d’outillages variaient selon les soubresauts de celle-ci. Pour y remédier, nous avons pivoté en élargissant notre offre aux métaux rares».

Le business model d’AMB a encore évolué lorsque l’entreprise a créé une succursale spécialisée dans la location et la mise à disposition de presses et de cisailles développées sur mesure par AMB. Ces diverses évolutions ont permis à AMB d’étoffer sa clientèle. Des clients prestigieux – Péchiney, Ugine, Union Minière, Usinor – ont fait appel à ses services.

Identifier les besoins dans le recyclage

« On s’est spécialisé dans la compression de matières très nobles, telles que le cuivre, l’inox, l’aluminium… avant recyclage. Et dans cette dynamique, plus la compression est importante, plus les pertes au feu se réduisent, de l’ordre de 30 à 40%. Lorsque par la compression on évite la perte  au feu de métaux rares et chers, on a vite compris l’intérêt des recycleurs – fondeurs », explique Philippe Dufrasne.

L’entrée de plain-pied d’AMB dans le recyclage des matériaux rares s’étalera de 1995 aux années 2000. Jusqu’au moment où Philippe Dufrasne identifia un besoin des cimentiers dans le domaine du recyclage. « On a imaginé d’utiliser les déchets énergétiques, industriels ou banals en les conditionnant pour devenir des carburants. L’industrie cimentière est en effet un acteur clé dans la valorisation des déchets, dont elle se sert comme combustible de substitution, mais aussi comme matière première dans le processus de production. Notre bureau d’études et celui de nos partenaires italiens ont conçu des machines spéciales permettant de puissantes compressions. Machines mises à disposition des cimentiers ou de leurs prestataires de service, comme Suez et Veolia.

Montée en gamme et produits propres

Au fur et à mesure, AMB s’installait dans le marché du recyclage, montant en gamme dans la connaissance de celui-ci grâce à des clients, partenaires et fournisseurs de plus en plus pointus. Philippe Dufrasne a encore amélioré la veille et a pu identifier des besoins de plus en plus « nichés ». C’est ainsi que les responsables d’une entreprise française de Sedan ont attiré son attention sur un secteur niche, celui du traitement déchets d’activités de soins à risques infectieux et sur une technologie, portée par le CNRS.

Ces déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) doivent impérativement être collectés et détruits. Il s’agit :

  • d’objets piquants ou coupants,
  • de produits sanguins,
  • de produits thérapeutiques,
  • de déchets anatomiques, etc.

 

Un gisement fabuleux : on parle, en France, d’un gisement annuel estimé à 170.000 tonnes de déchets d’activités de soins à risques infectieux (2012) et de 40.000 tonnes par an en Belgique. Mais dans les mégalopoles installées sur d’autres continents, on change de braquet : 100 tonnes… par jour à São Paulo ou encore 30 tonnes quotidiennes à Ankara.

Quand la législation oblige à innover

De la conférence de Stockholm (1972) au protocole de Kyoto (1997), le changement climatique s’est intensifié, contraignant les États à légiférer. Jusqu’alors, la solution la plus efficace pour éliminerecosteryl les déchets d’activités de soins à risques infectieux consistait à les incinérer. La législation évoluant, les industriels actifs dans l’environnement ont dû abandonner cette solution, génératrice de fumées polluantes.

Pour remplacer les incinérateurs, une 1ère innovation imaginée par le secteur consistait à stériliser ces déchets dangereux par vapeur d’eau. Mais l’eau, comme l’air, sont des
biens précieux. AMB a résolu l’équation. Et cette solution n’est rien d’autre qu’une vraie révolution, une technologie de rupture qui, comme toutes les autres, a vocation à s’installer sur un marché mondial. Une solution qui consistait à coupler la technologie microondes avec le savoir-faire d’AMB. C’est ainsi qu’est né ECOSTERYL.

Des contacts et clients prestigieux

Le produit a été mis à niveau pour répondre aux nouveaux besoins de mégalopoles tandis que parallèlement le réseau d’AMB est lui-même monté en puissance. L’administration de la recherche et l’Awex, mais aussi la BNP, le Ducroire, Finexpo, Sofinex, des invests comme IMBC ont toujours été aux côtés de Philippe Dufrasne. Ses produits permettant le traitement de déchets d’activités de soins à risques infectieux sont désormais homologués dans la plupart des pays européens.

Les produits AMB sont désormais recommandés par l’ONU et l’OMS et leurs diffusions sont menées à des niveaux très élevés. Philippe Dufrasne bénéficie du soutien de « représentants de commerce » prestigieux, tels que Didier Reynders, Pieter De Crem ou encore Jean-Claude Marcourt et c’est la princesse Astrid en personne qui a inauguré une usine AMB en Malaisie. L’entreprise montoise qui dispose désormais de 4 bureaux à l’étranger (Montréal, Tanger, Kuala Lumpur, Bogota) et d’un 5ème à Bruxelles, a parallèlement développé des « courants d’affaire » avec le pôle environnement de Fonds souverains ou de Fonds de pension. Et cela fonctionne : « à l’issue d’un congrès, je dinais avec un client, représentant d’un fonds souverain. Il a invité un ami, représentant d’un Fonds de pension et a eu la gentillesse de glisser dans la conversation qu’avec AMB, il était passé d’une part de marché national de 35% à 85 %. Depuis lors, le pôle environnement de ce Fonds fait partie de nos clients », se réjouit Philippe Dufrasne.

Envie de passer du statut de sous-traitant à celui de donneur d’ordre ?

Comme quoi, il n’y a aucune fatalité. Un sous-traitant peut parfaitement transformer son business model pour faire de sa société une entreprise innovante, créatrice de produits à valeur ajoutée.

Mais il lui faudra:

  • faire preuve de créativité;
  • rester attentif aux opportunités;
  • ne pas hésiter à sortir de sa zone de confort;
  • (voire) pivoter sur un nouveau marché.

 

Pour y parvenir, Philippe Dufrasne a notamment pu compter sur le soutien d’InnovaTech qui l’a, par exemple, aidé à monter un dossier de demande d’avance récupérable pour son projet de recherche et développement (développement expérimental).

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