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Agnès Flémal, la «grande sœur» des start-ups à haut potentiel

Date de publication
26 janvier 2017
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Agnès Flémal

Ingénieure, entrepreneure, directrice générale de WSL, Agnès Flémal a boosté 200 pépites wallonnes (500 emplois, un chiffre d’affaires de 350 millions d’€).

Dans le petit monde des ingénieurs civils et même dans celui des entrepreneurs, Agnès Flémal fait encore un peu figure d’exception. Malgré d’incontestables avancées, l’entrepreneuriat au féminin reste largement sous-représenté. Et pourtant, selon une étude réalisée en 2015 pour le gouvernement bruxellois, « diverses analyses indiquent que l’économie et le phénomène des start-ups, y compris dans des secteurs à forte composante high-tech, gagneraient à ce que les femmes prennent une part plus active » (Belgique, la solitude des femmes dans l’entrepreneuriat | Courrier international).

Chez WSL, on fait les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux, avec humilité. On est là pour aider les techno-entrepreneurs

Ingénieure civil informatique de gestion (FPMS, 1984), post graduée en droit des affaires (ULB, 1987), Agnès Flémal n’est pas du genre à se laisser intimider par ce plafond de verre. Ainée d’une fratrie qui ne compte qu’une fille, elle a naturellement un caractère franc, dynamique, humain mais aussi coulé dans l’acier trempé. Ceux qui connaissent cette carolo d’origine, liégeoise d’adoption, savent qu’elle n’est pas une adepte du maternage.Agnes Flemal « Comme une grande sœur, je suis pour une critique constructive. Avec mes start-ups, je râle, je discute, je corrige si nécessaire, je dis « non » quand il le faut. Je ne serai jamais leur maman qui pardonne tout. En même temps, à l’extérieur, je les défends toujours bec et ongles ».

Innover dans l’automatisation puis dans la vision endoscopique

Un caractère qui va l’aider à relever quantité de challenges. A sa sortie de l’université, le lendemain de l’obtention de son diplôme, elle reprend en main l’entreprise familiale, Apparelec. A l’origine, il s’agissait d’un atelier d’électromécanique. Elle va le transformer en une entreprise dédiée à l’automatisation. Déjà du flair: à l’époque, il ne s’agissait encore que d’un secteur émergent. L’entreprise carolo va ainsi concevoir et développer en interne les premiers systèmes d’automatisation de plusieurs réseaux de distribution d’eau. Une entreprise d’une soixantaine de personnes qu’Agnès Flémal revendra au groupe CFE en 1996.

Elle crée ensuite TECH-PLUS, qui conçoit et fabrique (pour les cimentiers, les sidérurgistes et les verriers) des systèmes de vision endoscopique sous hautes températures. Histoire d’être capable de voir ce qui se passe à l’intérieur d’un « float » (procédé verrier) par exemple lorsque la température affiche 1000°. Des produits qui évidemment s’exportaient dans le monde entier. Une dissension entre actionnaires met fin à l’aventure.

Agnès Flémal, directrice générale de WSL: du spatial aux sciences de l’ingénieur

wslCela tombe plutôt bien. Agnès Flémal, qui passait l’essentiel de son temps entre deux voyages d’affaires, a envie de se réorienter. « Il faut être acteur de sa vie » martèle-t-elle. « J’ai décidé de faire autre chose, autrement« . En 2002, elle a son attention attirée par une petite annonce. Une nouvelle structure – on parlait encore peu du concept américain d’incubateur, à l’époque  – destinée à soutenir des spin-off et des start-ups actives dans le domaine spatial venait de voir le jour. Will Strech your Limits (WSL) avait été créée un an plus tôt mais la Wallonie recherchait toujours un… pilote. 120 personnes avaient postulé pour cet emploi. Seule femme a être restée dans la short-list, elle sera finalement choisie à l’issue d’un processus hyper professionnel.

Comment a évolué votre métier?

En 2002, elle prend la direction générale de WSL. A l’origine, la création de WSL repose sur un constat posé par le Centre Spatial de Liège (CSL): nombre de brevets issus d’une recherche très performante étaient déposés mais finissaient par dormir dans les tiroirs. L’idée était donc de créer une structure d’accompagnement capable d’aider les chercheurs issus du monde spatial à « redescendre » sur terre, en créant des applications industrielles utiles pour les entreprises.

Très vite, Agnès Flémal et son équipe comprennent que le problème est identique dans tous les secteurs issus des sciences de l’ingénieur et vont donc peu à peu couvrir une palette scientifique bien plus étendue. Outre le spatial, WSL s’ouvre à la microélectronique, aux télécoms, aux sciences des matériaux, à l’informatique, à la chimie verte ou encore à l’agroalimentaire.

Autre problème identifié: un bon ingénieur ne fait pas toujours un bon entrepreneur. Assez naturellement, Agnès Flémal et son équipe (14 personnes qui ont toutes pour particularité d’être à la fois de bons techniciens et d’anciens entrepreneurs) pratiquent un accompagnement « éclairé ». « On essaie d’empêcher les jeunes entrepreneurs de faire les mêmes erreurs que celles que nous avons commises dans nos anciens métiers« .

Un accompagnement spécialisé avec des infrastructures dédiées

Peu à peu aussi, les spin-off, issues du monde universitaire, ont laissé une partie de la place aux start-ups. Au fils des ans et de l’expérience, des nouvelles idées, l’équipe s’est encore professionnalisée: « On est passé d’un accompagnement classique à un accompagnement beaucoup plus spécialisé, avec des infrastructures dédiées. Les applications spatiales sont hébergées à Galaxia, dans une filiale commune avec Idelux, WSLlux.  La microélectronique a pris ses quartiers au sein de The labsWSL-lab offre à ses start-ups des infrastructures de pointe.

agnès flémalEn ce compris, des salles blanches mutualisées, pour les entreprises membres de WSL actives dans les domaines de la micro-électronique, des microsystèmes et du software engineering. Le Living Lab « WeLL » propose, lui, une plateforme d’innovation ouverte portée par les utilisteurs du secteur e-Health, accélérant la mise au point de produits et services en réponse à leurs besoins ».

Ajoutons-y une antenne du WSL à Gembloux pour l’agrofood, Startech, un programme d’incubateur pour étudiants-ingénieurs cogéré par WSL & l’AEI avec le soutien de l’AWEX ou encore Fabspace, un projet européen qui donne accès aux géo-données ainsi qu’à des outils de traitement de données dans un esprit Open Access. Avec le CSL, l’objectif est de créer de nouvelles applications. « Bien plus que le GPS qui me permettra de retrouver mon vélo » sourit Agnès Flémal.

De l’accompagnement d’InnovaTech à celui de WSL

Comme on l’imagine, de nombreuses pépites wallonnes ont été ou sont toujours incubées par WSL. Parmi celles-ci, Cefaly, Lasea, Micromega Dynamics, Lambda X, Coretec Engineering, Citius Engineering, IP Trade et d’autres encore.

InnovaTech collabore évidemment avec WSL. Esnah, E-care 333, Proteifood, par exemple, sont des entreprises qui, à un moment ou à un autre ont été « coachées » par InnovaTech avant d’obtenir le droit de rejoindre WSL. Car n’entre pas qui veut dans la structure pilotée par Agnès Flémal: le projet technologique et le futur entrepreneur sont évalués par des comités d’experts. Le projet tient-il la route, à tous niveaux, l’ingénieur est-il prêt à devenir un CEO? 

Comment favorisez-vous l’innovation?

« Favoriser l’innovation? » Grand sourire d’Agnès Flémal. « C’est plutôt nous freiner qu’il faudrait parfois faire… Plus sérieusement, le travail mené par l’équipe est très collaboratif. En interne, on aide nos entrepreneurs à résoudre leurs défis technologiques. Agnés FlémalParfois avec l’aide de grandes entreprises (Engie, FN, CMI) qui acceptent d’échanger avec nos pépites, de valider certains process voire d’investir dans ces start-ups.

« Les investissements des industriels sont plus cohérents. Outre l’argent, ils apportent leur savoir-faire et une grande expérience dans la gestion. On travaille aussi avec des laboratoires universitaires, des centres de recherche, des « anciens » (des entreprises qui volent de leurs propres ailes), les WSLliens ou encore des structures comme InnovaTech dont les conseillers peuvent être d’un grand secours. Toute cette intelligence collective – notre réseau – est mise au service de nos start-ups. »

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle?

« Sans conteste, d’avoir changé de mission. Au sein de WSL, je me suis retrouvée vraiment devant une feuille blanche. C’est ce qui m’a séduit. Cette grande liberté qu’on m’offrait. Une grande liberté que je dois notamment à mon actionnaire (le ministre wallon de l’économie) et à mon conseil d’administration, notamment composé d’industriels et de représentants des pôles de compétitivité. Ils m’ont toujours soutenue ».

A contrario, des regrets?

« Il y a sûrement plein de choses que je referais différemment mais je n’ai pas de regrets. Je ne regarde pas tellement dans le rétroviseur, toujours devant ».

Des défis technologiques à relever?

« Bien sûr. On en rencontre régulièrement chez WSL. Ceux de nos clients. Et évidemment, on se sent impliqué. On essaye de trouver ensemble des solutions. Nos conseillers, qui sont de bons scientifiques, savent aussi ce que c’est que de créer un produit. Et comme déjà dit, on peut aussi faire appel aux WSLliens (la tribu) et donner accès à nos membres à nos espaces mutualisés ».

Votre phrase/citation favorite?

« Carpe Diem« . Chez WSL, on a pour devise de faire les choses sérieusement mais sans se prendre au sérieux. Comme vous, on travaille avec humilité pour des gens courageux. Des entrepreneurs qui, comme beaucoup d’entre eux, ont du mal à dormir la nuit en se demandant comment ils vont payer leurs employés. On est là pour eux. Je ne fais d’ailleurs que très peu de discours pour parler de WSL. Et quand j’en fais, je cite en exemple nos start-ups. Ce sont elles qui créent de la valeur. C’est ce qui fait la beauté du métier: on est dans la création, pas dans la destruction. C’est vachement plus motivant quand il faut se lever le matin.

 

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