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Avec Anne Prignon, Sambrinvest fait sa mue technologique

Date de publication
11 février 2019
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Anne Prignon

Après le secteur des biotechs et du digital, elle se positionne sur les entreprises carolos à haut potentiel issues des sciences de l’ingénieur.

En tant que Fonds d’investissement, nous avons beaucoup appris dans les projets difficiles sur la meilleure façon de monter des dossiers de financements.

Anne PrignonLicenciée en sciences économiques (Université Mons Hainaut, 1979), Anne Prignon a démarré son parcours professionnel dans le secteur bancaire. D’abord à la SNCI (Société nationale de crédit à l’industrie) – vous savez, la « petite usine bleue » – qui rejoindra le giron de BNP Paribas puis de BNP Paribas Fortis, banque belge du groupe BNP Paribas, elle a toujours été active dans le financement des entreprises.

Une expertise d’une quinzaine d’années dont elle va ensuite faire profiter la Sowalfin où elle va coordonner les activités des invests régionaux. « Je continuais à financer les entreprises mais cette fois sous l’angle du capital à risques et de l’export puisque c’était l’époque où l’on a créé la Sofinex ».

En liaison avec le cabinet du Ministre de l’Economie, de l’Emploi, du Commerce Extérieur et du Patrimoine, qu’elle rejoindra comme chef de cabinet adjoint durant 3 ans, elle va se familiariser un peu plus encore avec les outils financiers publics et les Fonds d’investissement privés.

Des expériences qui la conduiront assez naturellement à prendre la direction de Sambrinvest, à partir de 2008.

Comment a évolué votre métier ?

Anne PrignonDurant cette décennie, le partenaire financier des PME de la région de Charleroi Sud-Hainaut (plus de 200 sociétés actuellement en portefeuille) a connu énormément d’évolutions. « A mon arrivée, explique Anne Prignon, le portefeuille s’élevait entre 40 et 45 millions d’euros par an. Aujourd’hui – et c’est vrai pour tous les invests régionaux – on tourne plutôt autour des 125 millions investis ».

Qu’est-ce qui explique cette évolution ? « C’est d’abord dû à l’évolution du monde économique et financier. En 2008, c’est la « surchauffe » économique qui, en fin d’année, déclenche la crise financière mondiale sans précédent qu’on a connue. Cette crise aura surtout des répercussions sur les entreprises « traditionnelles ». En 2009, les banques rencontraient des problèmes de liquidités et venaient beaucoup plus souvent nous voir pour co-financer des projets qu’elles jugeaient intéressants ».

A l’époque aussi, les entreprises traditionnelles et, singulièrement, manufacturières ont connu des restructurations. « Certaines ont fermé leurs portes mais celles qui ont survécu en sont ressorties renforcées : restructurées, elles présentaient une meilleure rentabilité ». Du coup, Sambrinvest a été moins sollicitée pour financer ce secteur et s’est résolument orientée vers les entreprises innovantes.

Focus sur la Biotech

Anne PrignonLe secteur de la Biotech grandit à une vitesse effrénée à Charleroi. D’abord parce qu’un écosystème important s’est créé sur l’Aéropole de Gosselies. C’est le fruit de stratégies concertées mises en place il y a une vingtaine d’années. La recette de départ est connue. L’ULB et la Région wallonne, ont uni leurs forces pour créer, avec l’aide des Fonds européens Feder, un centre de recherche.

Sont venus compléter l’écosystème deux autres centres de recherche, un centre de formation et un incubateur. L’offre de services a ensuite été rapidement structurée à toutes les étapes du cycle de vie en partant de la recherche, pour se poursuivre par l’incubation, l’accélération, le financement, l’apport du capital humain, les synergies…

Dominique DemontéOn en avait déjà bien parlé dans une interview que nous avait accordée Dominique Demonté, directeur général d’Agoria Wallonie (lire cet entretien ici).

« Chez Sambrinvest, on s’est impliqué dans ce secteur de deux manières, poursuit Anne Prignon. D’une part, et c’était une volonté de la Région wallonne, nous sommes entrés comme actionnaire important dans Théodorus II, Fonds universitaire de l’ULB. La valeur ajoutée de Sambrinvest est le fait de notre connaissance du terrain des startup et des entreprises« .

« D’autre part, ajoute Anne Prignon, nous avons participé à la relance du Biopark Incubateur, ensuite appelé I-Tech Incubator, où nous sommes actionnaires à 33%, toujours en partenariat avec l’ULB et Théodorus. Une alliance qui nous a permis de développer des compétences en interne et un réseau d’experts ».

« Nous sommes aussi entrés dans quelques Fonds d’investissements spécifiquement dédiés au secteur des biotechs, afin d’accroître nos réseaux et d’avoir des relations avec des Fonds d’investissements susceptibles d’investir à nos côtés. Et aujourd’hui, nous avons une vingtaine d’entreprises issues de ce secteur dans notre portefeuille. C’était notre premier développement disruptif ».

Anne PrignonAvec des résultats impressionnants : l’écosystème est tellement attractif qu’il y a deux ans déjà, 7 à 8 entreprises étrangères envisageaient de s’installer sur le Biopôle. L’une d’elles, la biotech espagnole Minoryx Therapeutics, a annoncé en janvier dernier, avoir levé 21,3 millions d’€ auprès d’investisseurs belges (dont Sambrinvest) et espagnols. Une somme qui lui permet de poursuivre son programme de développement clinique en phase II et III en Espagne et d’implanter une filiale à Gosselies.

Cette dernière sera entièrement chargée du développement d’une nouvelle utilisation de MIN-102 pour le traitement de l’ataxie de Friedreich. Minoryx souhaite également capitaliser sur l’écosystème favorable de la Wallonie pour accélérer plusieurs co-développements. Minoryx concentre ses recherches sur les maladies orphelines du système nerveux central. La plupart de ces maladies sont génétiques, peuvent toucher un large éventail d’organes, outre le système nerveux central et sont des maladies graves et dévastatrices, d’où un besoin médical non satisfait particulièrement élevé.

Second focus : le digital

Anne Prignon« Plus récemment, dit encore Anne Prignon, nous nous sommes positionnés dans le secteur digital, avec une implication très forte dans le financement des start-up de ce secteur. Concrètement, on est au capital d’une quinzaine d’entreprises ». C’est une vraie communauté qui est désormais en train de se créer dans la région. Des start-up qui, au démarrage, ont besoin de soutien financier pour grandir et arriver à maturité. Avec les autres invests hennuyers, Sambrinvest a mis en place un accélérateur de startup complété d’un Fonds de pré amorçage (maximum : 100.000€).

Ces jeunes entreprises ont également besoin de méthodologies pour maturer : les centres européens d’entreprises et d’innovations (CEEI) wallons, en particulier ceux opérant en province de Hainaut (nos partenaires Héraclès, LME et Wapi), sont indispensables dans ce process.

L’invest régional de Charleroi a également pris en location des espaces de bureaux où elle a installé le Co.station de Charleroi, un espace dédié aux start-up du digital. Il leur permet de se développer, de rencontrer d’autres entrepreneurs et de partager des expériences dans ce domaine. Le modèle Co.Station est un « village » et un espace de co-working dédié à l’innovation et aux scale-ups numériques.

Votre nouveau défi technologique ?

Anne Prignon« C’est notre troisième focus, cette fois centré sur les sciences de l’ingénieur« . Outre le digital et les biotechs, Sambrinvest parie aussi sur les autres sciences de l’ingénieur. L’invest carolo s’apprête à lancer – c’est prévu pour fin mars – un nouvel accélérateur baptisé Advanced Engineering Accelerator (AE.ccelerator) ayant pour objectif la sélection, l’incubation, l’accélération de projets technologiques dans le domaine des sciences de l’ingénieur, en vue de la création et du développement d’entreprises à haute valeur ajoutée.

Avec le Fonds d’investissement Theodorus (50%), la structure vient d’être constituée et le travail a déjà commencé. Cette nouvelle structure s’inscrit dans l’un des quatre axes prioritaires du plan Catch (le plan de dynamisation de l’emploi, mis en place dans la région de Charleroi suite à la fermeture de Caterpillar en 2016). Objectif ? Soutenir la création et la maturation de 5 à 10 entreprises par an.

Quels seront les projets soutenus par cet accélérateur ? « Il s’agira, d’une part, de projets universitaires qui demandent à être industrialisés et, d’autre part, de projets issus des bureaux d’études de grands groupes – la Sonaca a fait part de son intérêt – sur lesquels ces entreprises ne souhaitent pas ou n’ont pas le temps de mettre le focus au sein de leurs installations ».

Pour permettre à ces projets de croître, l’accélérateur mettra à disposition des porteurs plusieurs spécialistes qui apporteront leurs connaissances technologiques, de marché ou dans la création d’entreprise. Comme dans les projets digitaux, des Fonds de pré amorçage seront mis à disposition des fondateurs. « Cela permettra à ceux-ci de tester leur projet avant de lancer ensuite une levée de Fonds ».

Comment faites-vous pour conserver un état d’esprit innovant ?

« Chez Sambrinvest, nous avons toujours porté une attention particulière aux entreprises industrielles. C’est historique : notre région s’est construite sur l’Industrie et a toujours eu beaucoup de compétences dans ce domaine. Nous souhaitons aider au maintien, voire au renforcement de ce type de métiers. 

Que ce soit dans ce secteur ou dans d’autres, le développement de Charleroi passe clairement par les nouveaux secteurs technologiques. On doit donc être ouverts aux projets innovants. Nous sommes à l’écoute des projets, nous conseillons les porteurs de projets, nous assistons à des « events » où les startup viennent se présenter. Par exemple, nous sommes toujours présents (ou presque) à votre soirée annuelle « A la découverte des innovations wallonnes ».

« Pour aider ces entreprises à haut potentiel, on ne peut plus se contenter de n’octroyer que du financement. On s’implique de plus en plus dans les business plan et on accompagne les entrepreneurs dans leur recherche de positionnement par rapport au marché.

Aussi, nous nous impliquons activement dans les accélérateurs qui peuvent aider les porteurs de projets à maturer leurs projets.

Nous avons aussi fait évoluer nos profils en interne : aujourd’hui, notre équipe a été renforcée par l’arrivée d’un « Investment manager » spécialisé dans les biotechs (il travaille main dans la main avec l’i-Tech incubator), et d’un autre, spécialisé dans le domaine digital.

L’objectif est évidemment de démultiplier ces projets pour attirer de plus en plus d’entreprises innovantes et les aider à se financer« .

Votre meilleure décision professionnelle ?

« D’avoir choisi de se positionner de manière forte dans les secteurs innovants que ce soit les biotechs, le digital ou les sciences de l’ingénieur, qui sont porteurs tant pour le développement économique de la région que pour le positionnement de Sambrinvest. »

Un regret ?

« Peut-être de ne pas avoir commencé à nous lancer plus tôt dans le digital. Si nous avions démarré deux ans plus tôt, la région serait aujourd’hui mieux connue et reconnue sur la carte du digital, dans le paysage wallon et au-delà. »

Votre phrase préférée ?

« J’aime beaucoup cette phrase de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends« . Notre culture européenne a trop longtemps dénigré les entrepreneurs qui se sont plantés. Dans un monde en pleine (r)évolution comme celui où nous vivons, il est important de s’appuyer sur les échecs qui sont l’occasion de progresser et de réfléchir sur les raisons qui l’ont amené.

En tant que Fonds d’investissement, nous avons beaucoup appris dans les projets difficiles sur la meilleure façon de monter des dossiers de financements. C’est l’état d’esprit dans lequel les porteurs de projets doivent s’inscrire lorsqu’ils développent leurs activités. Et notre équipe également, pour apporter aux nouveaux entrepreneurs les points d’attention pour leur permettre de réussir plus facilement leurs projets. »

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