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AW Europe : voici la nouvelle usine du Futur wallonne!

Date de publication
5 juin 2019
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AW Europe

Objectif : grâce à l’industrie 4.0, rester un centre manufacturier compétitif pour la maison-mère, leader dans le secteur des boîtes de vitesse automatiques.

« Si nos industries ne font pas la 4e révolution industrielle, il n’y aura plus d’industrie en Belgique. Mais cette révolution aura un impact sur notre société ». Jacques Fils, Directeur des Opérations d’AW Europe.

AW EuropeAprès un graduat en marketing à Namur et une licence en science économiques (IAG, UCL, 1994), Jacques Fils, habitant de Villers-la-Ville, a démarré sa carrière professionnelle aux Grandes Distilleries de Charleroi où, durant 4 ans, il a piloté une société d’import export de vins du nouveau monde.

« On s’est bien amusés » concède Jacques Fils en riant.

De la distillerie au flaconnage, il n’y avait qu’un pas. Il rejoint Durobor où il est acheteur industriel. C’est dans cette entreprise qu’il va prendre goût à l’informatique.

Il va notamment développer l’ERP du magasin « carton », un outil qu’il va faire évoluer. Jusqu’en 2001, date à laquelle Jacques Fils va rejoindre AW Europe au titre de superviseur des achats.

Une entreprise qui occupait 160 personnes en 2001 (713 au 1er avril 2019), installée à Baudour et à Braine-l’Alleud et qui produit des systèmes de navigation pour voitures et des boîtes de vitesse automatiques.

AW Europe, créée en 1990, est la filiale européenne d’Aisin AW, leader mondial en boîtes de vitesse automatiques (A/T’s = automatic Transmissions) avec 15% du marché. AW Europe a un chiffre d’affaire de 2,3 milliards d’euros. Ses principaux clients européens sont : Volvo, PSA, BMW, VW.

Un ERP pour AW Europe

AW EuropeVu son profil, Jacques Fils a immédiatement été amené à choisir et à implémenter une solution ERP – Oracle JDEdwards EnterpriseOne – qui a démarré en 2002.  L’outil, toujours en place, a bien sûr évolué.

Pendant ce temps, la carrière de Jacques Fils ne cessait, elle aussi, d’évoluer au sein de l’entreprise. En 2007, il devenait chef de projet et, deux ans plus tard, reprenait le département « remanufacturing » de boîtes de vitesses automatiques tout en renforçant au sein du groupe le Toyota Production System (TPS).

TPS est un système socio-technique intégré. Il organise la fabrication et la logistique du constructeur, y compris l’interaction avec les fournisseurs et les clients.

Objectifs ? Qualité et stock zéro.

En 2015, il reprend l’ensemble des opérations de production, en ce compris la production électronique qui représente à elle seule un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. Le 29 mars dernier, il est nommé directeur des Opérations de AW Europe.

« Un japonais réfléchit longtemps mais, après, agit très vite »

AW EuropeGeneral Manager déjà depuis 2015, Jacques Fils connait bien les arcanes de la maison mère, le groupe japonais AISIN AW, elle-même filiale de AISIN, un des principaux leaders en fabrication de pièces automobiles de « première monte ». Un groupe qui emploie plus de 94.748 personnes dans 192 filiales dans le monde et qui se classe en 5e position parmi les fournisseurs de pièces automobiles d’origine.

« Après quelques visites au Japon, je me suis rendu compte que le choc des cultures était important. Avec l’équipe du management, j’ai heureusement eu la chance de rencontrer le papa d’Amélie Nothomb, le baron Patrick Nothomb, un diplomate qui a notamment été ambassadeur de Belgique de 1988 à 1997 ».

Les conseils de l’ambassadeur Nothomb

AW EuropeUne période charnière : devenu la deuxième puissance économique du monde, le Japon avait investi massivement en Belgique. Patrick Nothomb, qui n’y était pas pour rien, connaissait particulièrement bien le mode de « fonctionnement » des industriels japonais.

« A l’issue de notre rencontre avec M. Nothomb, j’avais compris… que je n’avais rien compris à la mentalité japonaise. Un industriel japonais réfléchit longtemps mais, une fois que la décision est prise, les actes suivent très rapidement ». C’est la politique du Nemawashi.

C’est ce que nous avait expliqué Marc Van Den Neste, CTO du secteur building et industrial glass chez AGC (Groupe ASAHI).

« Les Japonais savent parfaitement prendre une décision en réunion mais lorsque la réunion finale a lieu, la décision est déjà prise… C’est la tradition japonaise. On fonctionne en amont avec le Nemawashi ».

Nemawashi, c’est un terme japonais désignant un processus informel permettant de préparer en douceur un projet ou un changement important en parlant avec les personnes concernées et en essayant d’obtenir leur soutien et leur adhésion.

« Cela prend un peu de temps mais au final, lorsque la décision est rendue officielle lors de la réunion, tout le monde s’aligne. 100% de l’équipe. On ne discute plus. Chez nous, on est plus souvent à un taux d’alignement de 50%. La prise de décision est plus rapide mais la moitié des participants à la réunion tentent encore de négocier à l’issue de celle-ci. Cela retarde d’autant le démarrage effectif du projet ».

Chez AGC, on essaie d’ailleurs d’intégrer le processus de Nemawashi au sein des équipes européennes.

 « Un Japonais travaille beaucoup sur la confiance »

« Un Japonais travaille beaucoup sur la confiance » ajoute Jacques Fils. « Avec des collègues japonais, nous avons fait le tour de l’Allemagne pour trouver des fournisseurs de composants de systèmes de navigation. Le processus de sélection de mes collègues japonais a surpris les fournisseurs allemands pour qui tout accord doit être clairement détaillé et non basé sur la confiance ».

Parfois, évidemment, cela peut jouer des tours… Mais « l’agilité » européenne – les Japonais concèdent qu’on est meilleurs qu’eux dans ce domaine – peut réparer beaucoup de déceptions.

AW Europe et Industrie 4.0

AW EuropeJusqu’en 2010, AW Europe distribuait les pièces de rechange et les boîtes de vitesse automatiques pour l’après-vente. « Pour améliorer la satisfaction du client en améliorant les délais de livraison, la maison mère nous a fait confiance en nous demandant de produire nous-mêmes une partie de ces pièces de rechange dont des distributeurs hydrauliques et boîtes de vitesses automatiques » explique Jacques Fils.

Les compétences de l’entreprise ont bien sûr dû évoluer, notamment en termes d’automatisation. AW Europe réalise désormais pour le compte de sa maison mère différentes activités sur des boîtes de vitesses en vie série. Depuis 2013, AW Europe est à même d’enregistrer les logiciels en production de série avant la livraison finale du produit au client. Cela permet à AW de mettre en service plus rapidement la dernière version du logiciel.

Pour y arriver, avec ses fournisseurs partenaires, (KST Process et WOW, intégrés depuis dans Citius Engineering), AW Europe développe une ligne de production Full Toyota Production System qui permet de changer de programmes selon la logique du one piece flow (pièce à pièce) qui permet l’optimisation des flux de production.

« Notre but est de maximiser la valeur ajoutée au fil de la chaîne de production en maintenant les niveaux de stocks d’encours de production proches de zéro et en assurant la qualité à chaque étape du processus de fabrication ».

Un plan de digitalisation complet de l’entreprise

AW EuropeChez AW Europe, on n’en restera évidemment pas là. Un plan à deux ans de digitalisation de l’entreprise a été mis sur pied. «Nous allons mettre en place un Datamart, une sorte de magasin de données ou de comptoir de données, sous-ensemble d’un « entrepôt de données » (Data Warehouse). Techniquement, c’est une base de données relationnelle utilisée en informatique décisionnelle et exploitée en entreprise pour restituer des informations ciblées sur un métier spécifique, constituant pour ce dernier un ensemble d’indicateurs utilisés pour le pilotage de l’activité et l’aide à la décision ».

Un des soucis constants des industriels, c’est de savoir de quelles informations ils disposent et de l’endroit où elles se trouvent. C’est important pour pouvoir décider d’une action, de la contrôler, de la corriger. Vite et bien. Surtout quand la qualité est l’un des maîtres-mots du métier.

Pour être efficaces, il faut que toutes les bases de données collectées puissent « se parler » afin de permettre de piloter l’entreprise via, d’une part, un ERP (chez AW Europe, on l’a vu il existe depuis 2002 et est en constante évolution) et, d’autre part, des applications qui permettent d’optimiser l’organisation des différents métiers du site.

Des applications pour collaborer

AW EuropeCréer des applications, cela peut prendre du temps… Sauf si on développe des standards liés à des applicatifs modulaires et multi-devices (ordinateurs, smartphone, tablettes). En liaison avec les informations disponibles dans l’entrepôt des données, ces modules sont, par exemple, des outils de gestion et/ou d’audit de maintenance, de contrôle qualité, de gestion des acteurs de la chaîne de production…

Toutes ces applications vont converger vers un point central, un outil collaboratif qui va gérer les actions de toute la chaîne, permettre à chaque acteur de recevoir l’information nécessaire sur ce qu’on attend de lui, des informations regroupées par thèmes. Cet outil va notamment, en fonction des plannings de production, des horaires de chacun, de l’occupation des machines, des priorités de production et des tâches qui restent à faire, permettre de valider la faisabilité de l’action demandée.

Et, cerise sur le gâteau, on va s’assurer qu’avant d’interagir avec un nouvel outil, de travailler sur une nouvelle tâche, le personnel a bien été formé en conséquence. Un opérateur qui aurait raté sa formation ne pourra tout simplement pas s’identifier à la machine… qui donc ne démarrera pas.

Votre avis sur la digitalisation des entreprises manufacturières ?

Je vais vous répondre en deux temps.

D’abord avec ma casquette de citoyen. Cela peut avoir un aspect inquiétant. On a fait beaucoup de films sur les robots qui allaient supplanter les êtres humains. Aujourd’hui, je crois que dans une certaine mesure, nous y sommes. La technologie, principalement dans le monde de la communication, n’est plus maîtrisée par l’homme. Voyez ce qui se passe sur les réseaux sociaux, les lynchages que cela peut provoquer parce que l’être humain ne maîtrise plus cette communication. On est tellement en train de tout interconnecter qu’il y a des risques de dérives.

Ensuite comme homme de terrain. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que la digitalisation n’aura pas d’impact social négatif. Elle aura bien sûr un impact social. Un impact extrêmement positif pour tous ceux qui pourront s’adapter, évoluer. Robots et cobots seront une aide précieuse pour l’entreprise et pour ses employés.

Mais parfois on oublie de parler des gens qui n’ont pas de formation, qui ont des difficultés à évoluer et risquent donc, à court terme, de voir les métiers qui leur sont adaptés disparaître. Pour eux, il n’y a pas de plan concret pour les faire évoluer à long terme : ils risquent donc d’être de plus en plus marginalisés.

Je suis d’accord. Si nos industries ne font pas la 4e révolution industrielle, il n’y aura plus d’industrie en Belgique. Mais cette révolution aura un impact sur notre société.

Que pouvez-vous y faire en tant que directeur manufacturier ?

Chez nous, l’être humain est le point central du fonctionnement de l’usine, explique ce patron de terrain qui, s’il aime rire avec ses collaborateurs reconnait être très exigeant en termes de résultats.

Pour que chacun ait connaissance des données stratégiques de l’entreprise, nous réunissons le personnel tous les deux mois pour faire le point sur l’évolution du business. Cela peut générer du stress lorsqu’on apprend qu’un business va se terminer, mais au final, on s’aligne et cela nous permet de travailler tous dans la même direction.

On organise aussi, chaque semaine, un « one-to-one meeting » entre chaque employé et son chef direct.

Et puis, l’industrie 4.0 permet parfois de dévoiler des ressources insoupçonnées chez les gens. L’industrie 4.0, c’est un déclencheur : elle conduit à une meilleure structuration de l’entreprise et à un effet fédérateur. « Nous avons désormais entre les mains tous les outils qu’il faut pour satisfaire nos ambitions et nos clients ».

Découvrez ici le programme Made Different mis en place en Wallonie. N’hésitez pas à postuler pour en devenir l’un des ambassadeurs en 2020.

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