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La bière belge reconnue : quelques tendances dans le secteur

Date de publication
16 décembre 2016
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biere belge

Entre tradition, savoir-faire et créativité, nos brasseurs sont très innovants. La bière belge est tendance grâce à son goût, son marketing, ses ingrédients.

Le 30 novembre 2016, les brasseurs belges étaient à la fête. A Addis-Abeba, l’Unesco décidait que la culture de la bière en Belgique méritait de figurer sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Ce n’est pas tout à fait un hasard. Pour le belge, la bière, c’est un peu comme le chocolat ou la frite ! Un incontournable.

La contribution économique du secteur brassicole belge: 1% du PIB

La bière belge, en chiffres, cela donne ceci: « Actuellement, le pays compte quelque 200 brasseries et environ 4000 bières », explique une sommelière en bières, Sofie Vanrafelghem, également professeur de zythologie, la discipline qui se consacre à l’étude de la bière, du brassage et des brasseries, tant au point de vue historique, que technique ou gustatif.

Selon le rapport de la fédération des brasseurs, c’est près de deux fois plus de brasseries qu’il y a 15 ans. Un chiffre à relativiser néanmoins: 3500 brasseries fleurissaient sur notre sol avant la première guerre mondiale. On est donc en présence d’un marché très dynamique: en 2015 d’ailleurs, les investissements ont atteint un niveau record de 232 millions. L’emploi direct a quant à lui connu une hausse de 4.500 à 4.800 ETP, selon les chiffres des « Brasseurs Belges ». La contribution économique du secteur brassicole belge représente 1% du PIB.

Bière belge et développement durable

biere belgeL’innovation se niche là aussi. Les brasseurs belges misent, d’abord, sur l’énergie verte et la récupération d’énergie pour faire tourner leurs productions. Des brassins qui ne peuvent fonctionner qu’avec des produits naturels (eau, céréales, levure et houblon).

Préserver ces matières premières rares n’est pas seulement une manière rationnelle d’agir, dit-on chez les brasseurs. « C’est aussi un engagement par rapport à la qualité de nos bières ». Par ailleurs, des projets pilotes sont en cours pour limiter la consommation d’eau et d’énergie, pour réduire les déchets et restreindre les émissions de CO2.

Des promesses tenues

  • Les emballages constituent une partie importante du cycle de vie de la bière. En 2015, 73,4% des bières mises sur le marché belge furent vendues en emballages réutilisables (bouteilles, fûts, casiers).
  • Économie d’énergie: réalisation de scans énergétiques, recours à l’énergie solaire et à la biomasse.
  • Transport économique: achats de matières premières en grande quantité, recours à des ecotrucks (cotransportage et cocamionnage), chemins de fer, transport fluvial
  • Réduction de la consommation d’eau: installations CIP automatiques, récupération des eaux usées pour le nettoyage, le rinçage. En 25  ans, la consommation d’eau a été ramenée de 10 à 20 litres d’eau par litre de bière à une moyenne située entre 3,5 et 6 litres par litre de bière.

Les microbrasseries, nos outils de recherche et de développement

micro brasserie curtius « Leur rôle est crucial, explique Sofie Vanrafelghem. Ce sont elles qui expérimentent véritablement de nouvelles recettes. Elles favorisent la création et la multiplication de nouveaux arômes et, du coup, augmentent la diversité. En faisant tout cela, ils stimulent le marché et « forcent » les grandes marques à se renouveler également ».

Prudence toutefois. En 2015, et pour la première fois, les bières belges ont loupé la première marche du podium. La révélation de l’année, en 2015, a été attribué à une bière américaine de type Indian Pale Ale (IPA), brassée à Seattle. Est-ce la conséquence de la concurrence internationale? En tous cas, même si le nombre de brasseries de petite taille a augmenté chez nous, passant de 127 à 199, cette évolution est en retrait par rapport à l’explosion du nombre de brasseries aux États-Unis (de 1596 à 4.225). Et même chez nos voisins proches et meilleurs clients. Le nombre de brasseries a plus que triplé aux Pays-Bas et en Italie et a doublé en France et au Royaume-Uni.

Les brasseries belges doivent donc aussi s’adapter au nouveau profil du buveur de bières: plus cosmopolite, ouvert à différentes saveurs, il est aussi de plus en plus conscient des méfaits de l’alcool sur la santé.

La Wallonie pourrait mieux faire

Greg PiottoFormateur et coach en entreprise, Greg Piotto est aussi le patron du site de vente en ligne spécialisé « lesbieresbelges.be« . Il est surtout bien plus qu’un amateur de bières belges, c’est un véritable passionné ! Très attaché au terroir et à son folklore, il communie régulièrement au double culte de Gambrinus et de la convivialité. Ce n’est pas pour rien que ses amis l’ont surnommé «Monsieur Zytho».

Selon lui, la Wallonie pourrait faire encore mieux : « La Wallonie a les capacités de grandir car il y a un vrai savoir-faire et un goût incomparable. Mais il y a encore trop de timidité à investir et s’étendre. En Flandre, Duvel entre autres a su investir et se démarquer. Après des brasseries comme Inbev, ce sont eux qui peuvent répondre à la demande exponentielle du marché chinois par exemple. En effet, quand les Chinois commandent, c’est directement par centaines d’hectolitres. » Du coup, d’autres pays s’approprient le «Belgian Style» et répondent ainsi aux demandes du marché.»

Et pourtant la Wallonie a plein d’atouts.

« Les brasseurs avant tout ! Ils sont capables d’adapter leur production aux nouvelles attentes. Il y a une vraie capacité de création et de réflexion sur les recettes. De plus, chaque brasserie est différente. L’une aura une grande cuve, l’autre une petite, l’une travaillera avec de la vapeur, l’autre avec des serpentins… C’est un peu comme, en cuisine, que l’on travaille au gaz ou sur une taque électrique… il faut créer, construire et adapter l’outil. Voire s’adapter car celui-ci aura un impact sur le goût.

Chez nous, on sait le faire ! Il y a plus de manipulations, d’actions du brasseur dans la fabrication d’une bière que du vigneron pour du vin. Ce savoir-faire est reconnu depuis de nombreuses années. »

Quelles tendances dans le monde de la dégustation de la bière?

Grâce à son site de vente en ligne de bières, pour lequel il est étonné de vendre à autant de belges (50% des ventes sont dirigées vers la Belgique, alors qu’il pensait plutôt toucher l’international), Greg Piotto a pu observer différentes tendances:

torpahPremière tendance : l’amertume du houblon plait à de nouveaux clients comme aux anglo-saxons. Les brasseurs l’ont bien compris et développent ce type de produits. Par exemple: la Curtius qui présente la Torpah avec différents degrés d’amertume 30/60/90 (même bière déclinée en 3 bouteilles).
Deuxième tendance : faire mûrir la bière en fût (fût de chêne, de vin, de champagne). C’est un procédé récent et cela permet, en quelque sorte, d’anoblir la bière.

brasserie LionAutre tendance forte: jouer sur l’image de marque. On va jouer sur l’étiquette, le packaging. On voit apparaitre des bouteilles en alu (Brasserie Lion) ou des cannettes de bières spéciales (Belgo Sapiens).

Selon Sébastien Legrain, le conditionnement en canette connait un essor auquel nous risquons de succomber dans les années à venir. Elle convient aux nouveaux styles : des bières plus acidulées, exotiques, et plus faibles en alcool.

 

On notera aussi le packaging luxueux de la XO, une bière brassée spécialement pour être vieillie en fûts d’Armagnac par Bruno Deghorain de la brasserie La Binchoise. Elle se présente dans une bouteille sérigraphiée. Les prix sont en conséquence et démarrent à 15 euros (75cl), ce qui était impensable avant pour de la bière.


corne du bois verre

Et puisque le positionnement de la bière évolue, les consommateurs recherchent des produits plus marqués. C’est l’exemple de la Corne du Bois des pendus et ce coup génial avec le verre, cette magnifique corne soufflée à la main vient se poser sur son support en bois. Elle évoque les cornes de taureaux qu’utilisaient nos ancêtres pour servir la cervoise.

Quelle pérennité du savoir-faire belge ?

Selon Sébastien Legrain (www.benov.be) :  » La marque « Belgique » fonctionne encore très bien à l’étranger mais perd en puissance. Les consommateurs internationaux découvrent petit à petit la qualité de leur production nationale. Et le protectionnisme économique que l’on voit poindre aux 4 coins du monde risque, à court terme, de renforcer cette prise de conscience. Cela handicapera profondément la croissance des brasseries belges qui n’auront pas su se préparer à cela. 

Les bières fortes que nous connaissons (et apprécions) chez nous, ne sont plus vraiment recherchées ailleurs. On s’oriente au niveau mondial (et doucement au nord de la Belgique) vers des bières très savoureuses, pleines de saveurs et d’arômes originaux (floraux, végétaux, fruités, légumineux) et faibles en alcool. Il n’est pas rare de voir une bière très qualitative titrer à 3 ou 4° alors que la norme chez nous est à 6 ou 6,5°. On va vers des bières plus rafraichissantes. »

Il est donc temps que la Wallonie se donne les moyens de ses ambitions.

La demande en bière belge ne cesse de croitre. Les exportations de bière belge en Chine ont explosé en 2015: +57,78%.

Avec une intitative comme le label «Belgian Beer of Wallonie» de l’APAQ-W, la Région wallonne permet aux bières wallonnes de se différencier.

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