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Bruno Stiernon: du textile aux compléments alimentaires

Date de publication
9 mars 2017
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compléments alimentaires

Oxylent crée des compléments alimentaires à base d’antioxydants naturels: des extraits végétaux pour la prévention de notre santé

 

Diplômé en droit et en sciences économiques de l’UCL, Bruno Stiernon a démarré sa carrière professionnelle chez le consultant Arthur Young (aujourd’hui E&Y). Auditeur senior, il y est resté de 1988 à 1991. Fin 1991, il a rejoint l’entreprise familiale créée en 1959 par son père, Robert, où travaillaient déjà ses deux frères, Étienne et Pierre. L’entreprise Stiernon est active dans le domaine des colorants pour textiles (dont les textiles techniques), papier, bois principalement et des produits auxiliaires. Elle emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes.

Depuis les années ’70, le déclin de l’industrie textile en Europe (au profit des pays à bas coûts) a contraint bon nombre de teintureries à cesser leurs activités. Même les toutes grandes sociétés – comme Bayer, BASF ou Ciba – ont choisi de se désengager progressivement de ce pan de leurs activités. Les dernières entreprises actives sur ce marché en décroissance ont donc dû se battre pour maintenir leurs chiffres d’affaires.

Stiernon a réussi à conserver une clientèle de plus grande valeur et qui reste intéressée par les colorants et le service proposé par l’entreprise. Une ténacité qui devrait payer: « on ressent un léger mouvement de reflux. Dans le textile, en Chine par exemple, les prix remontent peu à peu et des normes apparaissent. Peut-être qu’on retrouvera du volume en Europe ».

Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais tenté d’innover

Diversification des activités: vers les compléments alimentaires

complément alimentaireDès 2004, l’entreprise a aussi commencé à diversifier ses activités en investissant dans la recherche et le développement d’ingrédients à valeur ajoutée. Une diversification qui portait en gestation les gènes d’une nouvelle entreprise, Oxylent, qui sera créée en 2012. « J’ai progressivement diminué mon activité dans Stiernon, explique Bruno Stiernon, pour rejoindre sa « spin-out ». L’entreprise a été constituée pour héberger toutes les activités innovantes liées aux extraits naturels de plantes riches en polyphénols ». Elle occupe aujourd’hui 5 équivalents temps-plein (ETP).

Oxylent est actif dans le secteur nutraceutique (un produit ou un aliment vendu sous forme de comprimé ou autre présentation pharmaceutique, ayant des effets positifs sur la santé) et dans celui des aliments et des boissons. La jeune entreprise propose des solutions de santé naturelles : ingrédients santé et compléments alimentaires pour la préservation de la santé cardiovasculaire, du bien-être intestinal, de la santé de la prostate et le contrôle du poids. La société propose également des tanins de chêne pour les industries du vin, de l’alcool et de la bière et développe des conservateurs alimentaires destinés à remplacer en partie les conservateurs chimiques pour une étiquette plus propre.

Compléments alimentaires et polyphénols

complément alimentaireEn matière de compléments alimentaires, la société est spécialisée dans les polyphénols: il s’agit de molécules organiques qui jouent le rôle d’antioxydants naturels. Ils suscitent de plus en plus d’intérêt pour la prévention des maladies inflammatoires, cardiovasculaires et neurodégénératives. Mais Oxylent va bien au-delà puisqu’elle réalise également le sourcing sélectif des matières premières, avec caractérisation en principes actifs au processus d’extraction mis au point en interne. Enfin, elle valorise scientifiquement ses produits en les étayant systématiquement par des études in vitro, in vivo et/ou exploratoires sur l’homme.

Grenade et levure de riz rouge

complément alimentaireL’entreprise a rapidement travaillé autour des bienfaits attribués à la grenade, et notamment sur la digestion, la récupération de la masse musculaire (après un accident par exemple) et la gestion du poids.  Peu à peu toutefois et pour diminuer le risque client, l’entreprise de Ghislenghien a augmenté sa gamme de compléments alimentaires.

Des compléments alimentaires issus d’extraits de grenade: ils sont également utiles pour la prévention de l’hypertrophie bénigne de la prostate, par exemple. Outre la grenade, les extraits de cranberry font également l’objet de très beaux supports scientifiques attestant de leurs bienfaits.

complément alimentaireLa levure de riz rouge présente elle des vertus anti-cholestérol: une allégation reconnue par l’EFSA. Depuis plus de vingt-cinq ans, les médecins prescrivent des statines – surnommées les « pénicillines du cœur » – aux patients présentant un taux de cholestérol sanguin trop élevé afin de diminuer leur risque de subir un accident cardiaque (infarctus) ou vasculaire (AVC). Les effets secondaires de ces médicaments, ainsi que la polémique sur leur réel intérêt thérapeutique, ont toutefois conduit certains patients à cesser leur traitement pour s’en remettre à des remèdes présentés comme naturels, la levure de riz rouge en particulier. Une démarche qui n’est pourtant pas sans risque pour la santé. La raison pour laquelle Oxylent s’appuie sur une multitude d’études santé avant de se lancer dans la fabrication de ses compléments alimentaires.

Comment a évolué votre métier?

« complément alimentaireNous disposons actuellement d’un portefeuille d’une douzaine de produits différents ». L’objectif est d’en avoir deux nouveaux par an. Oxylent poursuit donc ses recherches. Notamment avec Kitozyme. L’entreprise de François Blondel et celle de Bruno Stiernon collaborent au projet ADIPOSTOP.  Il a pour objectif le développement d’une combinaison synergique et innovante d’ingrédients pour lutter contre le développement des maladies cardiovasculaires en s’appuyant sur des actifs uniques développés par les deux partenaires industriels wallons. « Le plan Marshall a créé une vraie dynamique de collaboration dans la recherche, poursuit Bruno Stiernon. Même si on rencontre parfois des difficultés dans certains projets de recherche – projets trop ambitieux, partenaires pas toujours très sérieux, difficultés propres aux relations des industriels avec les scientifiques – globalement, tout cela a un effet très positif sur les entreprises ».

Une nouvelle plateforme d’extraction à Elsenborn

Mais Bruno Stiernon a choisi aussi plusieurs autres axes d’innovation. Ainsi Oxylent et l’entreprise Ortis, avec le soutien du Celabor, du pôle de compétitivité Wagralim et de Sofipôle, une filiale de la SRIW qui supporte financièrement les actions prises dans le cadre des Pôles de Compétitivité créés par le Gouvernement Wallon, sont en passe d’exploiter une nouvelle plateforme d’extraction. NATEXTRA, installée à Elsenborn, devrait, dès août 2017, être à la disposition des entreprises intéressées par la mise en œoeuvre de procédés d’extractions de composés bioactifs naturels et d’origine végétale. A mi-chemin entre l’extracteur pilote et l’extracteur industriel, NATEXTRA répond à un vrai besoin des PME.

Travailler ensemble pour mutualiser les coûts

Administrateur chez Wagralim, Bruno Stiernon est aussi depuis trois ans un des deux gérants du « BHIG », une émanation de Wagralim qui a succédé à la grappe technologique de l’agroalimentaire soutenue par l’Union Wallonne des Entreprises. « Elle regroupe les entreprises qui développent des ingrédients ayant des bénéfices santé et permet des collaborations entre membres. Certains d’entre eux développent des prébiotiques, d’autres des probiotiques, des antioxydants, des acides gras. Travailler ensemble peut permettre de mutualiser les coûts de la recherche ou du marketing (financement des études, participation à des salons, etc). On a toujours raison de collaborer même s’il n’est pas toujours facile de faire coller les stratégies de plusieurs entreprises différentes ».

Comment favorisez-vous l’innovation dans votre entreprise?

Ces partenariats, ce travail d’intelligence collective est évidemment un  facteur de croissance de l’innovation. Mais plus généralement, il faut savoir prendre des risques. Par nature, nos innovations sont encore inconnues sur notre marché. On ne peut donc pas se contenter des analyses de marché. On ne peut pas seulement partir des besoins du client: il faut les pressentir.

En démarrant nos activités avec les tanins de chêne, on a pris des risques. Mais on avait compris qu’il y avait un marché important qui se constituait autour des producteurs émergents dans la filière vin et autour des cuves en inox qui ont remplacé les barriques de chêne. Or, nos tanins boisés permettent un échange magnifique avec le vin. On arrive à faire ce que fait la nature mais en beaucoup moins de temps et sans barrique.

ebxEt aujourd’hui, on est passé des poudres de tanin aux tanins liquides, un « jus de bois » dont l’extraction est réalisée à l’eau. On a pris deux ans pour mettre au point le process. Des produits qui sont fabriqués via  la SPRL EBX, installée à Nil-Saint-Vincent. Nous l’avons créée avec un partenaire français. Les produits sont distribués via un important distributeur français. Un produit particulièrement puissant puisqu’il ne requiert que 10 à 15 ml de « jus de bois » par hectolitre. Le potentiel du marché est intéressant puisqu’on produit environ 50 millions d’hectolitres de vin par an en France, tout comme en Espagne et en Italie. D’autant que ces tanins liquides marchent également très bien avec certains alcools et certaines bières spéciales produites en microbrasserie.

En même temps, favoriser l’innovation c’est éviter de se disperser, c’est rester sur son cœur de métier. Au début, je consacrais 10% de notre chiffre d’affaires à la R&D. Aujourd’hui, on est plutôt à un budget de 2 à 3% du CA. J’essaie d’avancer à mon rythme.

Votre dernier défi technologique?

Il fallait stabiliser la levure de riz rouge. Après une sérieuse étude, on est arrivé à un résultat intéressant même si la recherche continue. Autre défi: nous allons lancer les études cliniques pour prouver l’efficacité d’un nouveau produit liquide.

Votre meilleure décision professionnelle?

Lancer Oxylent. Rétrospectivement, la prise de risque a été une bonne idée. Aujourd’hui, on est sur le bon chemin. On a créé une gamme cohérente de compléments alimentaires, un fil rouge. Et la création d’EBX est également un beau challenge.

Et la pire?

Difficile d’identifier une seule mauvaise décision. On a fait des erreurs, des investissements désastreux. Les échecs jalonnent la vie. Mais on est toujours là et l’avenir paraît prometteur.

Votre phrase préférée?

« Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais tenté d’innover » (Albert Einstein)

 

 

 

 

 

 

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