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Dominique Baudoux : le leader mondial en aromathérapie

Date de publication
26 janvier 2018
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aromathérapie

Il réveille l’intérêt du public pour une discipline « endormie » depuis 50 ans. Et ses recherches pourraient même réduire la résistance aux antibiotiques.

« Go to bed with a dream, wake up with a purpose » (s’endormir avec un rêve, se réveiller avec un but)

Dominique BaudouxQuand votre grand-père, votre père, votre mère sont pharmaciens, il y a de fortes chances pour que vous le deveniez un jour vous aussi. C’est ce qui est arrivé à Dominique Baudoux, diplômé pharmacien (UCL, 1981), qui, au sein d’une fratrie composée de trois frères et d’une sœur, fut « désigné » pour reprendre la pharmacie familiale. On ne fait pas toujours ce que l’on veut. A 18 ans, Dominique Baudoux se voyait plutôt reporter photographe : la passion du voyage et de la photo n’ont pourtant rien pu faire face à la pression de la famille.

Avec son épouse Marie-Lise Breda, rencontrée sur les bancs de la fac, il va racheter d’abord la pharmacie de son père, à Saintes. Mais pendant que son épouse tient l’officine, Dominique Baudoux choisit de comprendre les ressorts de l’industrie de la pharmacie en devenant délégué médical chez Astra Nobelpharma. Il n’y restera que deux ans (de 1982 à 1984), le temps de découvrir « l’univers de cette toute puissante industrie et de son lobby. Conclusion : la santé des patients n’est pas la première préoccupation de l’industrie pharmaceutique. La première, ce sont les résultats financiers. Et ils savent mettre les moyens pour convaincre que cette industrie est efficace. J’y ai beaucoup appris ».

Sans regrets, le voilà de retour dans le groupe d’officines familial : entre 1985 et 1991, le couple fait l’acquisition de trois autres pharmacies, notamment celle de son grand-père, à Marche-lez-Écaussinnes. « Dans cette officine de village, où je suis le seul pharmacien, j’ai rapidement la confiance de la patientèle. Et rapidement aussi, je suis confronté à une demande (re)naissante de la part d’une partie de mes patients : l’intérêt pour les médecines naturelles ».

En 1991, alors qu’il vient de racheter la troisième pharmacie de ses parents, à Petit-Enghien, il crée le laboratoire Pranarôm, d’abord dans le sud de la France avant d’implanter son QG en Belgique . « Il s’agissait notamment de répondre aux demandes d’un médecin homéopathe ». Il va y embaucher son frère, Jean-François : « c’était l’enfant terrible de la famille, un peu tête brulée, profil de baroudeur mais rapidement converti aux vertus de l’ aromathérapie ». Les dix premiers salariés de l’entreprise seront d’ailleurs tous des familiers et des amis.

Une équipe soudée, qui y croit. Dominique Baudoux en a bien besoin. Car la traversée du désert sera longue : elle durera dix ans.

Aromathérapie: d’abord l’évangélisation…

Dominique BaudouxL’ aromathérapie est l’utilisation d’essences ou d’huiles essentielles de plantes aromatiques à des fins médicinales. Elle appartient à la phytothérapie, qui elle, utilise l’ensemble de la plante à des fins médicales. Les huiles essentielles sont très denses et concentrées et peuvent être utilisées sous forme de pommades, de lotions, de spray nasal, de spray atmosphérique par voie externe mais aussi sous forme de suppositoires ou de capsules ….

L’ aromathérapie a ses détracteurs. Des médecins et scientifiques considèrent souvent les soins par les plantes comme de gentils remèdes de grands-mères ou des lubies d’écologistes. Pour les plus critiques, les huiles essentielles sont des poudres de perlimpinpin, qui auraient un simple effet placebo. « Tout traitement a une part d’effet placebo, convient Dominique Baudoux dans une interview accordée au Vif en juillet 2016. Y compris, d’ailleurs, les médicaments. Des nombreuses études cliniques soulignent néanmoins l’action bénéfique de plusieurs huiles essentielles. Certaines régulent l’immunité. D’autres ont des vertus cicatrisantes ou digestives. L’ aromathérapie prévient ou soulage encore nombre de maux quotidiens : refroidissements, stress, courbatures…  » .

Pour convaincre le monde scientifique et le grand public, Dominique Baudoux va investir dans l’information. Dès 1993, il commencera à enseigner l’ aromathérapie scientifique partout dans le monde et à publier ses premiers ouvrages sur les huiles essentielles (18 au total). Et, en 2008, il fonde le Collège international d’ aromathérapie Dominique Baudoux (www.college-aromatherapie.com).

Une croissance soutenue

Dominique BaudouxUne « évangélisation » qui va porter ses fruits : outre qu’il va faire croitre de manière exponentielle la crédibilité professionnelle de Dominique Baudoux, ce « sacerdoce » n’est sans doute pas pour rien dans la croissance enregistrée dans le domaine de l’ aromathérapie. « Aujourd’hui, les ventes de médicaments stagnent, tandis que celles d’huiles essentielles, certes nettement plus modestes, ont bondi de plus de 12 % en 2015 en Belgique francophone (la vogue touche peu la Flandre, où ces huiles sont surtout utilisées en massage et pour parfumer des pots-pourris) », poursuit le journaliste Olivier Rogeau.

Qui ajoute : « Dans le même temps, l’utilisation d’huiles essentielles pour traiter des pathologies et améliorer le bien-être, commence à être reconnue parmi les professionnels de la santé. Ces substances ont fait leur apparition dans certains services hospitaliers. Elles servent à calmer les angoisses des patients, à apaiser leurs douleurs, à prévenir les escarres, à favoriser le sommeil, à assainir les chambres… ».

Mais il n’y a pas de secrets : « derrière tout cela, il y a une qualité d’huile essentielle exceptionnelle et mondialement reconnue, poursuit Dominique Baudoux. Ainsi qu’une véritable expertise scientifique qui assoit notre savoir-faire. Nous sommes les premiers à être innovants dans un secteur qui, depuis 50 ans, avait été laissé de côté au profit de la chimie de synthèse. Nous créons des produits finis à base d’huiles essentielles pour répondre aux besoins de nos clients ».

Comment a évolué votre métier ?

Dominique BaudouxL’entreprise Pranarôm, installée dans le zoning de Ghislenghien, n’a, elle, cessé de croître : en Belgique, sur son site hennuyer, l’entreprise emploie aujourd’hui 115 équivalents temps plein (ETP) ainsi que 30 en France, 20 en Espagne, 10 en Italie, 5 au Portugal une grosse vingtaine aux États-Unis. Et l’entreprise de Dominique Baudoux va encore, cette année, s’étendre en Suisse et sans doute au Chili. En 2014, l’entreprise hennuyère a fait l’acquisition d’ Herbalgem, le spécialiste de la gemmothérapie dont le portefeuille « produits » comprend plus de 60 macérats-mère concentrés de bourgeons certifiés bio. L’année suivante, c’est une entreprise française (Biofloral) qui rejoint le giron du leader belge : elle a la réputation d’offrir la plus belle variété d’élixirs floraux.

Quant au chiffre d’affaires, l’objectif de 2018 est de 100 millions d’euros. Depuis la fin de la traversée du désert, au début du nouveau millénaire, la croissance de Pranarôm n’a jamais été inférieure à 10%. Avec quelques années folles : « plus de 50% d’une année à l’autre ». En 2016, elle atteignait 16%, 17% en 2017.

Dominique BaudouxEt la gamme de produits, elle aussi, ne cesse de s’étendre : en 2018, Pranarôm dispose d’un éventail très large de ces fameux petits flacons unitaires d’huiles essentielles : pas moins de 300 références qui représentent la moitié du chiffre d’affaires. Et une production annuelle de 15 millions de flacons. L’autre moitié est, elle, constituée de 5 à 6 millions de produits finis avec une gamme pour bébé, une autre pour femmes enceintes, des huiles destinées à combattre les douleurs, les stress mais aussi des anti moustiques. Rien que la gamme Aromaforce (pour des infections respiratoires) représente près de 10% du chiffre d’affaires avec quelques dix millions d’euros projetés pour 2018.

Qu’est-ce qui explique tout cela ? « De la chance ? La chance, j’ai été la chercher ou même la provoquer, réplique Dominique Baudoux. Le hasard ? Il cite Théophile Gautier : « le hasard, c’est la signature de Dieu lorsqu’il souhaite rester anonyme».

« En réalité, j’ai l’impression d’avoir une mission, un destin, d’être habité et animé par un moteur qui s’appelle la famille, l’entourage, une force qui m’aide à être éclairé, inspiré ».

« Je suis d’une rare opiniâtreté »

De la force, il en faudra pour tenir bon face aux vicissitudes : en 2002, sur dénonciation d’un ancien salarié, il fera l’objet d’une perquisition menée par la PJ de Mons et de plusieurs heures d’audition. Il sera inculpé notamment d’exercice illégal de la médecine, d’infractions à la loi sur les stupéfiants et sur la publicité médicale. Sept chefs d’inculpations, sept années d’enquête et au final, une suspension du prononcé. Le magistrat du siège, qui l’a trouvé un peu « léger » sur les allégations thérapeutiques n’a vu dans son parcours « aucune mauvaise intention ».

En 2002, il s’apprêtait à inaugurer des bâtiments tout neufs dans le zoning hennuyer . « Mon entourage pensait qu’on ne s’en sortirait jamais. C’était mal me connaître. Je suis d’une rare opiniâtreté. Je ne lâche jamais ».

En 2004, c’est la catastrophe de Ghislenghien. « Vous croyez à nouveau tout perdre », explique Dominique Baudoux. Il en sera quitte avec quelques brûlures et des vitres explosées.

En 2005, deux préparateurs qui devaient réaliser un mélange de 1000 litres (dont 60% d’alcool) causent accidentellement une explosion, se blessent et déposent plainte à l’auditorat du travail. Rebelote : Dominique Baudoux est attrait devant les tribunaux. Heureusement, le commandant des pompiers témoignent en sa faveur. Il est acquitté une première fois et une seconde fois en appel.

« Tout cela, ce sont des souffrances dont je me serais bien passé. Mais cela fait partie de mon école de la vie ».

Comment maintenir cet état d’esprit innovant ?

Ma formation de pharmacien m’a conduit à être le formulateur de l’entreprise. Qui mieux que le pharmacien maitrise les concentrations, les doses d’huiles essentielles et les pathologies pour lesquelles elles pourraient être utilisées ? Parfois, cela nous conduit à de remarquables réussites, parfois aussi il s’agit juste de succès. Mais je ne me souviens pas d’avoir enregistré un échec cinglant. Et puis, on se donne les moyens de rester innovants en maintenant un contact permanent avec les pharmaciens. Nous disposons d’informations qui viennent directement du terrain : nous en tirons parti avec une équipe R&D composée de quatre personnes. Et nous multiplions les collaborations avec les universités. Je suis sûr d’une chose : il ne faudra pas dix ans pour que les huiles essentielles soient « nobélisables ».

Votre dernier défi technologique ?

Dominique BaudouxLes études que nous menons nous ont conduits à constater qu’un antibiotique actif contre une bactérie à la dose de 32 microgrammes devient tout aussi actif à seulement 8 microgrammes… pour autant qu’il soit mélangé à une huile essentielle bien précise.

Du coup, la dose d’antibiotique nécessaire à la destruction de la bactérie est quatre fois moindre avec , comme conséquence , une forte réduction attendue des effets secondaires néfastes. Et il y a plus génial encore : il n’y a aucun antagonisme entre l’antibiotique et l’huile essentielle. Une molécule naturelle d’une huile essentielle crée une synergie d’actions avec une molécule de synthèse chimique. Le meilleur des mondes !

Cela ouvre des perspectives, notamment dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques. Une mise en garde récente de l’OMS (octobre 2017) est sans ambiguïté : « la résistance aux antibiotiques atteint désormais des niveaux dangereusement élevés dans toutes les régions du monde. De nouveaux mécanismes de résistance apparaissent et se propagent dans le monde entier, compromettant notre capacité à traiter les maladies infectieuses courantes. Pour un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée et les maladies d’origine alimentaire, le traitement devient plus difficile, voire impossible parfois, du fait de la perte d’efficacité des antibiotiques ».

« Cette combinaison huile essentielle-antibiotique va offrir une 2e vie aux antibiotiques. On y travaille énormément, en coordination avec la faculté de pharmacie de l’ULB et de l’université de Grenoble. On devrait déposer une demande de brevet sous peu ».

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir franchi le pas de la construction d’un tout nouveau bâtiment professionnel sur le zoning de Ghislenghien. On me disait : « casse-cou ». La construction du bâtiment coûtait 2 millions d’euros et on ne faisait un chiffre d’affaires que de 4 millions. Je leur ai dit que c’était un pari sur l’avenir, qu’il fallait être ambitieux, que cela ne pouvait que marcher. Le résultat est là.

Et la pire ?

La pire, ce serait de ne pas décider.

Vos phrases préférées ?

« Derrière tout homme qui a réussi, il y a quelqu’un qui a agi » (Pablo Picasso).
« Go to bed with a dream, wake up with a purpose » (s’endormir avec un rêve, se réveiller avec un but) : sur les jeans Jacob Cohen.

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