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Dominique Mangiatordi: il booste vos équipes en les faisant jouer

Date de publication
2 février 2018
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Dominique Mangiatordi

Entre Liège et Aix-en-Provence, le créateur de Peak me Up s’est créé un nouvel espace de jeu avec l’agence ØPP, spécialiste en gamification B2B

On tente de croire qu’on est naturellement quelque chose. Alors qu’en réalité, on est ce qu’on fait, à un instant « T »

Dominique MangiatordiOn n’ira pas jusqu’à dire que Dominique Mangiatordi n’a fait que s’amuser en travaillant mais le jeu a très tôt occupé une bonne partie de son temps de travail.

Sorti en 1999 d’HEC, il aurait dû démarrer sa carrière chez Belgacom qui, parmi les premiers opérateurs mondiaux, venait de lancer l’ADSL. « Mais quand je me suis présenté, le poste n’était plus disponible. « On va t’envoyer dans notre petite spin-off, Skynet », m’ont-ils alors proposé. Quand je suis arrivé, on était 60. A mon départ on était plus de 500. Je travaillais au marketing development avec de très grandes marques. Dès le début de ma carrière, je me suis créé un super carnet d’adresses avec des clients comme Renault, Kellogg’s, KBC. On offrait de l’ADSL en échange de co branding avec des titres comme la Libre Belgique, Le Soir, RTL. Chaque semaine on avait de nouveaux projets.»

 

Kidcity, la révolution des internautes de 7 à 14 ans

Il reste un an au marketing chez Skynet avant de reprendre la direction des ventes et du marketing d’Eduline, une «start-up» de l’opérateur qui, avec la maison d’édition Averbode, veut investir le créneau « Teens & Kid ». Eduline occupe 40 collaborateurs et déjà crée des jeux éducatifs, en ligne sur Kidcity.be et des CD rom.

A l’époque, « Kidcity » est une vraie révolution dans le petit monde des internautes de 7 à 14 ans. Cette « cybercité » regroupe toutes les infrastructures indispensables à une vraie ville : bibliothèque, cinéma, salle de sport, restaurant, mairie, gare… Surtout, il est possible d’y jouer, de participer à des forums et à des débats, de créer un blog, de trouver des recettes de cuisine et des coloriages, de regarder des films animaliers ou d’avoir des infos toujours fraîches sur la musique, le cinéma, les livres… Il y a même une poste pour envoyer ses mails et une maison dans laquelle on peut construire sa chambre et adopter un « cyberchat ».

Une vraie success story. Déjà. « 120.000 gamins y allaient par jour. Par exemple, KBC leur apprenait à gérer correctement leur argent de poche. Des sites d’auto-école les initiaient à la conduite. C’était déjà la gamification ». Mais lorsque Skynet rachète la totalité des parts d’Eduline, Dominique Mangiatordi est déjà parti.

Création de Globule Bleu

 

Dominique MangiatordiEn 2001, Dominique Mangiatordi crée Globule Bleu, avec Johann Scheurs, une agence web qui va rapidement devenir la première agence digitale de Wallonie. « En 4 ou 5 ans, explique Dominique Mangiatordi, nous avons réussi à attirer de grandes sociétés wallonnes : EVS, IBA, I.r.i.s, Nomacorc, mais aussi des clients plus internationaux comme Robert Half, Procter&Gamble, Universal Pictures… ». Active dans la création de site web, d’advertisement, de campagnes radio et de branding, elle sera revendue, en 2007, à Proximedia (entreprise de l’année en 2009 et rachetée par Publicis) et occupera jusqu’à 50 collaborateurs. Une entreprise dont Dominique Mangiatordi devient le directeur marketing. «Le groupe est très efficace, a une vraie culture de croissance et très rentable. J’y ai appris plein de choses ».

Diriger la filiale française d’un géant américain

Cinq ans plus tard, en 2012, Dominique Mangiatordi devient le directeur d’123devis.com, la filiale française du géant HomeAdvisor, spécialisée dans la mise en relation entre particuliers et artisans. « C’était une opportunité qui ne se refuse pas, s’exclame-t-il ». Diriger la filiale française d’un géant américain, voilà en effet un beau challenge. Le groupe propriétaire d’HomeAdvisor n’est autre que IAC, un groupe new-yorkais de sociétés de médias en ligne : Vimeo, Dictionary.com, Dotdash, The Daily Beast et Investopedia, les titres de ANGI-Homeservices qui gère HomeAdvisor et Angie’s List et ceux de Match Group qui développent des sites de rencontre Match, Tinder, PlentyOfFish et OkCupid.

Et le défi, une nouvelle fois, va être relevé : « de 120 personnes, on est passé à 205 employés. Et, à mon départ, après 3 ans, l’entreprise était devenue la filiale d’HomeAdvisor la plus importante hors USA ».

Comment a évolué votre métier ?

« Cela fait 4 ans que j’ai décidé de faire de la gamification mon métier. Je l’enseigne à l’université : lors de workshops à HEC Liège, qui a été la première business school belge à proposer cette matière, et au Vietnam, pour le compte de Solvay Business School. C’est un domaine vaste et en plein essor, qui trouve progressivement sa place dans le monde du travail, mais aussi et avant tout dans les interfaces utilisateurs, logiciels et applications».

Il y a trois tendances qui expliquent ce phénomène:

Les gens jouent plus souvent, et de manière beaucoup mieux acceptée par la société ;
Les gens jouent plus à plus de jeux, notamment grâce à la profusion de jeux gratuits sur smartphones ;
Les gens jouent plus et désormais sans limite d’âge, les humains nés à partir de 1980 joueront probablement à des jeux vidéo jusqu’à leur mort.

Dominique Mangiatordi« Ce qui explique que la gamification est devenue une technique très utile dans toute une série de départements de l’entreprise, c’est qu’aujourd’hui, le jeu est bien intégré dans nos vies d’adultes. Mes parents, devenus adultes, ne jouaient plus, ou beaucoup moins. Aujourd’hui, les gens de ma génération jouent bien plus tard. Les études situent l’âge moyen d’un joueur régulier de jeux vidéos à 31 ans. En 1999, cette moyenne était de 21 ans, on a gagné 10 ans en 17 ans. Tout cela a un impact sur le monde du travail et sur les implications business. On trouve de moins en moins normal de devoir travailler sur des outils rébarbatifs. Je suis persuadé qu’un jour, on va « gamifier » des tableurs Excel par exemple. En motivant les usagers avec des points, des défis à relever, des classements. Les éditeurs de CRM l’ont bien compris et certains le font déjà ».

A chaque « mécanique » de la gamification – les plus connues étant les indicateurs de progression, le score, les niveaux, les challenges, les badges, les classements – sont associées des dynamiques : la gratification, le statut, la réalisation, l’expression personnelle, la compétition, la créativité, l’utilité… Des dynamiques très présentes dans le milieu professionnel.

« Et on est au tout début du phénomène, prophétise Dominique Mangiatordi. Cela va exploser. Renault a été chercher Ubisoft pour s’occuper de l’interface de sa nouvelle voiture autonome, Symbioz. Pas un grand groupe informatique classique, Ubisoft. Parce qu’il faudra bien s’occuper dans une voiture qu’on ne pilote pas. Dans le même ordre d’idée, c’est à nouveau Ubisoft que Broadway contacte pour rendre ses spectacles plus captivants et plus interactifs. Bureau Veritas pourrait prochainement gamifier ses check-lists de contrôle des ascenseurs. Les opérateurs disposeront de Google Glass pour libérer leurs mains des tablettes : la check list se projette sur les écrans des lunettes. Et le process peut être facilement gamifié en y ajoutant des objectifs : le meilleur ascenseur (sans panne)… donnant accès à un cockpit de performances.

Dominique Mangiatordi  crée Royal App Force et ØPP

Dominique Mangiatordi« Fondamentalement, si j’ai quitté IAC, le confort et le côté captivant d’un poste de direction pour un géant américain, c’est parce que j’étais obsédé par une crainte : si à 39 ans, je ne recréais pas une société, il était probable que je ne le fasse plus jamais ». Aussitôt dit…

En 2014, avec Christophe Gossiaux et Catherine Baltus, il lance Royal App Force, une société spécialisée dans le développement d’applications B2B avec une touche de gamification.

Grâce à son parcours professionnel, Dominique Mangiatordi, a compris, très vite et bien avant d’autres, que « la gamification est la nouvelle tendance importante dans les ventes ». Alors CEO de Royal App Force, il explique : «nous voyons chez certains clients 25 % d’activités de vente supplémentaires grâce au gaming. Le retour sur investissement est impressionnant ».

L’équipe, composée de 5 collaborateurs installés à Paris et à Aix-en-Provence, se donne les moyens de réussir dans ce segment innovant.  Son application mobile phare, Peak Me Up, cartonne: il s’agit d’un logiciel destiné à motiver les équipes de vente et permettant de maintenir leur attention sur les activités qui engendrent du chiffre d’affaires pour leur employeur, grâce à la gamification. Les commerciaux voient, via leur smartphone, leur position dans l’équipe mais aussi leurs défis personnels et des animations. Les directeurs commerciaux ont un tableau de bord accessible en temps réel et utilisent l’application pour faire du coaching mobile via un système de messagerie.

Rapidement, l’application qu’utilisent aujourd’hui près de 5000 commerciaux en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en Australie (pour le compte de Bacardi, Continental Foods, Niko, Imperial Tobacco, Royco, Allianz, Saint-Gobain et Publicis) fait le buzz. Royal App Force/Peak Me Up était une des « 10 start-up belges où investir en ce moment » selon le magazine français Challenges.

En avril 2016, Royal App Force est revendue à Efficy SA qui, de ce fait, devint la première solution européenne de CRM intégrant la gamification. «On avait la partie fun et un CRM ne demande que cela, explique Dominique Mangiatordi. Le CRM est une contrainte pour les commerciaux. Peak Me Up apportait du fun et accroissait la motivation des commerciaux ».

Nouveau business model : très vite s’adosser à un industriel et revendre

« Peak Me Up a été revendue après 11 mois d’activité, sans même avoir vraiment fait notre marché parmi les acquéreurs potentiels. On aurait pu mieux la revendre. Personne n’a compris ce que je voulais faire. En fait, je voulais prouver – vite – que mon modèle tenait la route ».

Son modèle est très différent de ce qu’il avait connu auparavant dans sa (déjà) longue carrière. « Avant Royal App Force, je vendais des solutions en package, on vendait des heures. Maintenant, je fais des produits récurrents et je les revends. La valorisation est plus facile. On crée un produit innovant, générateur de premiers contrats. Et on revend ce produit à un acteur industriel qui a raté le train de la gamification ».

Innovation : du gaming dans le recrutement

Dominique MangiatordiEn 2017, il crée ØPP, une nouvelle agence spécialisée dans la gamification BtoB, avec Emma Bauden.
Objectif : développer des applications phares, les intégrer dans de mini-entreprises, les lancer et les revendre.

Pour une de ces applications, le duo va ainsi s’associer à Vincent De Meerleer, pionnier du recrutement par cooptation et patron de la société Xpertize et développer Hunterz. L’application, présentée en octobre 2017, à notre salon A la Découverte des Innovations Wallonnes, connait un début très prometteur et a déjà été vendue à une dizaine de clients, dont PWC. « Ici, avec Hunterz, nous avons plus de fonds et plus de temps. Nous prendrons le temps de mieux la développer, de rencontrer des investisseurs et de valoriser nos résultats ».

D’autres projets innovants ?

Dominique Mangiatordi« Avec Laurence Vanhée (Happyformance), on développe la gestion d’objectifs en RH via un outil de gamification, et sa version spécifique pour l’accueil des nouveaux collaborateurs : Happyboarding. On est en phase d’essais, dans de grands groupes, comme Engie ».

L’application Seeya, utilisée par exemple par la Chambre de Commerce de Liège, est une application de rencontre avant un event. L’idée est de « matcher » vos rencontres d’affaires avant même que l’évènement n’ait lieu. On discute avant, on peut plus rapidement concrétiser après ». Dominique qui a travaillé pour IAC, propriétaire de Tinder, sait ce que « matcher » veut dire…

Dans sa nouvelle société, Dominique Mangiatordi compte notamment comme actionnaire Christophe Chatillon, le patron et fondateur de Tapptic, une entreprise d’une centaine de personnes (Belgique, France, Pologne), spécialisée dans la création d’applications mobiles mais aussi dans des solutions IoT (Internet des Objets). Il conseille et accompagne régulièrement Tapptic sur des projets qui touchent à la gamification.

Le nouveau projet en cours : une « boîte à idées » gamifiée. Objectif : via le jeu, stimuler les idées et les initiatives dans les grandes sociétés mais de manière anonyme. « Plus vous avez de likes sur l’idée, plus vous donnez d’indices sur votre identité. Votre identité complète n’apparaît qu’après un nombre de like suffisants. Cela vous évite le ridicule. Deuxième partie du jeu: dès qu’on a plus de 30 à 40 likes, chacun peut s’associer à cette idée et la porter en équipe vers la direction ».

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

A chaque fois que je suis sorti de ma zone de confort, j’ai toujours eu de la chance. Lancer Royal App Force a été ma meilleure décision : elle m’a permis de relever le challenge de faire de ma passion (la Gamification) mon métier, celui dans lequel je m’éclate le plus.

Et la pire ?

J’ai dû licencier pas mal de monde dans ma vie. Ce n’est pas agréable. Je préfère le faire vite plutôt que de laisser pourrir les situations.

Votre phrase préférée ?

L’existence précède l’essence (Sartre). On tente de croire qu’on est naturellement quelque chose. Alors qu’en réalité, on est ce qu’on fait, à un instant « T ». On est d’abord. On se définit ensuite. Et non le contraire.

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