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Eric Vanhamme : des accessoires « auto » aux poubelles intelligentes

Date de publication
17 novembre 2017
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Eric Vanhamme

Le patron d’ EcoPlast a développé une procédure d’injection polyuréthane innovante et beaucoup moins couteuse en investissements dans les outillages.

Durant toutes ces années, on avait eu le souci de développer un process magnifique. On avait juste oublié de le vendre à d’autres clients que Renault.

EcoPlastC’est l’histoire d’une crise. Lors d’une grand-messe, en 2014, le patron de Renault, Carlos Ghosn, annonce une réorganisation interne du pôle des accessoires, désormais dispatché dans des magasins décentralisés. « Il ne nous dit pas qu’il va arrêter les accessoires mais précise que l’entreprise y perd de l’argent.

La « petite PME » de Gosselies aussi : avec les embargos sur l’Iran, l’embargo russe, elle perd 70% de son chiffre d’affaires en deux ans. « Conséquences : le 28 février 2015, mon associé, Bernard Gonsette, m’annonce qu’il démissionne et qu’il revend ses parts ». Du danger d’être « monoclient ».

Avec Anne Prignon, administrateur directeur général chez Sambrinvest SA,  partenaire financier historique d’EcoPlast, Eric Vanhamme va voir la Sogepa. Qui décide d’investir dans l’entreprise à hauteur de 46%, le solde étant assuré par un actionnariat privé.

Une fois refinancée, l’entreprise carolo s’est réorganisée. Et s’est lancée dans la recherche de nouveaux clients. Avec un certain succès grâce notamment à une équipe de commerciaux très complémentaires : le premier « notre fermier, laboure », cherche les clients ; le second «notre snipper», fait l’offre et suit le client; le troisième, un technico-commercial, établit le suivi technique du projet et le suivi de la commande.

Comment a évolué votre métier ? De Car Styling à EcoPlast

Créée en 1985 par deux amis qui ont usé ensemble leurs fonds de culotte à l’institut Saint-Berthuin, à Malonne, EcoPlast (qui s’appelait encore Car Styling) s’est d’abord spécialisée dans la fabrication de pièces en fibre de verre.  « On aimait tous les deux les voitures. On a été voir tous les concessionnaires de Belgique. Et on a commencé à produire des petites séries pour la Renault 19, tout en résolvant des problèmes techniques récurrents ».

C’est pour répondre à ces demandes qu’Éric Vanhamme et Bernard Gonsette vont développer une technologie particulièrement innovante (et brevetée) qui va attirer l’attention des grands constructeurs automobiles. « EcoPlast System est une procédure d’injection polyuréthane basse pression qui permet de faire des moules en époxy et non plus en aluminium, explique Éric Vanhamme. Grâce à cette technologie, le produit présente les mêmes qualités qu’une injection haute pression mais son coût est nettement moindre ». Une technologie parfaitement adaptée aux petites et moyennes séries.

Chez Sambrinvest, on ne s’y trompe pas. Lorsque le duo va voir cet acteur régional de capital à risque, Roger Baisir, un des administrateurs de l’époque, n’y va pas par quatre chemins : « vos import-export ne m’intéressent pas. Par contre, EcoPlast… ».

EcoPlastAvec ce solide soutien financier, l’entreprise va décoller. En 2004, elle s’installe sur l’Aéropole de Gosselies, prend le nom d’EcoPlast Technology, monte en puissance et passe d’une production artisanale à une vraie usine industrielle. Et décroche la timbale : Renault la choisit comme sous-traitant stratégique pour un marché de niche, celui de la conception d’accessoires (ailerons, spoilers, contours d’enjoliveurs et autres supports de phares) permettant au fabricant de créer des séries spéciales. Et Renault lui ouvre toutes les portes : alors que les produits « made in Asia » déferlent en Europe, une partie de plus en plus importante des pièces fabriquées par la société carolorégienne met le cap sur les pays émergents comme l’Iran, la Russie, la Turquie, le Brésil…

La crise ? Quelle crise ?

Les années glorieuses se succèdent. 2004, 2005, 2006, 2007, 2008. Pourtant la crise de 2008 secoue le monde. Pas Gosselies. « On passe au travers, l’industrie automobile continue à produire des voitures même si les ventes diminuent ». Les parkings des constructeurs sont pleins ? Pour les vider, les constructeurs développent des séries spéciales. Des séries pour lesquelles les accessoires d’EcoPlast sont toujours très demandés. « 2009, 2010 sont encore de très bonnes années ». La crise n’atteindra EcoPlast qu’en 2013. Le choc sera rude.

Le plan Go for five

EcoPlastUne fois l’entreprise refinancée par la Sogepa, plus légère (on passe de 48 à 35 équivalents temps plein), dotée de designers et de vrais commerciaux, entourée de partenaires industriels (JDC Innovation, Plasturgie Lazzerini, une entreprise portugaise, un acteur chinois), certifiée ISO 9001-2015 et appuyée par des prescripteurs (Plastiwin, Wallonie Design), la direction va lancer le plan « Go for five ». Objectif ? Le nouvel EcoPlast est désormais calibré pour s’assurer un revenu potentiel de 5 millions d’euros. « Aujourd’hui, on en est à 3,5 millions et on se bat tous les jours pour atteindre notre objectif. On a plein de nouveaux clients mais, en même temps, il nous manque de la trésorerie. Car chaque nouveau client en grignote un peu. C’est cela l’effet de la crise : « ce n’est pas qu’on n’a plus de boulot, on n’a plus de moyens financiers. La crise de 2008 a « bouffé » les réserves des indépendants« .

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

La première aura été de mettre en avant EcoPlast et de l’industrialiser. La seconde, de rester dans la région et d’investir sur le zoning de l’Aéropole. La troisième et la meilleure des trois : ne pas avoir mis mon usine en faillite.

Et la pire ?

Choisir de sauver un maximum d’emploi, de conserver les machines et une technologie incroyable, c’est parfois dur à porter tout seul. Je suis assez impatient de nature. Je n’atteindrai mon break even que lorsque l’usine produira des revenus de l’ordre de 4 millions. L’état de ma trésorerie m’oblige à faire lanterner mes fournisseurs. Je déteste cela. Et puis, la Région et les actionnaires privés ont investi du bon argent dans EcoPlast. Il est logique que je leur rende du bon argent. Si cela marche, ce sera ma meilleure décision. Sinon, ce sera la pire.

Votre dernier défi technologique ?

EcoPlastTous les jours nous en relevons. C’est vrai surtout parce que nous sommes sortis de notre zone de confort. Le secteur automobile ne représente plus que 50% du chiffre d’affaires. Renault ne représente plus que 6% de notre chiffre d’affaires. Il a été remplacé par de très nombreuses succursales nationales. Et en Ukraine, on n’a pas les mêmes voitures qu’en Iran, en Roumanie, en Belgique ou en Grande-Bretagne. On travaille pour le groupe PSA, Honda, Hyundai, Fiat, Mercedes. Le solde est composé de « poubelles intelligentes » pour une startup parisienne, de mobilhomes, de bateaux, de machines, de pièces de meubles, de supports de piscines.

Des industriels de la plasturgieEcoPlast

« On est vraiment devenu des industriels de la plasturgie. On peut tout fabriquer avec nos résines et on s’adapte aux demandes des clients ». Y compris des renforts pour les porte-classeurs de Yaka. « On vient nous voir pour trouver des solutions rapides à des problèmes urgents. Parce que si notre plastique est plus cher que celui des chinois, nos moules sont beaucoup moins chers« .

Comment conservez-vous un état d’esprit innovant ?

En se diversifiant, en trouvant de nouveaux clients, on est obligé de trouver des solutions nouvelles. Tous les jours. Parce que les problèmes s’accumulent. Tous les vendredis, on réunit les équipes après avoir inventorié les « to do » et les « not to do ». Pourquoi n’y sommes-nous pas arrivés, qu’est-ce qui nous empêche d’aller plus loin ? On trouve des solutions et on redémarre.

Votre mot d’ordre préféré ?

Si vous avez plein de problèmes, commencez par le premier. Résolvez-le sinon il risque de grossir. Passez au deuxième. Et ainsi de suite. Et surtout : faites simple !

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