inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

François Blondel (Kitozyme) dope ses ventes avec le chitosane végétal

Date de publication
17 novembre 2016
facebook twitter LinkedIn Google Mail Santé/Portraits Print

Les applications santé du chitosane végétal affichent un taux de croissance des ventes de 354% au cours de ces cinq dernières années.

KitoZyme est active dans le secteur de la bio-chimie et de la santé. L’entreprise, basée à Liège, est aujourd’hui leader mondial dans la production de chitosane végétal. Les propriétés uniques du chitosane végétal ont permis de développer des produits dans les domaines de la gestion du poids, de la santé digestive et cardiovasculaire. Au départ de ses bio-polymères brevetés, KitoZyme conçoit, fabrique et commercialise des dispositifs médicaux, des compléments alimentaires et des ingrédients aujourd’hui distribués dans plus de 20 pays à travers le monde.

Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix

Pourriez-vous nous décrire votre parcours?

« En réalité, j’ai déjà trois vies derrière moi », résume François Blondel, le CEO de KitoZyme. La première, je l’ai vécue dans ce qui était alors le plus grand groupe industriel belge, actif dans le pétrole et la pétrochimie, l’ ex-Petrofina, devenu Fina, avant d’être repris par Total. J’y ai principalement travaillé aux USA (durant 4 ans) mais aussi en Europe ».

Une expérience très riche et formatante dans ce groupe multinational qui occupait plus de 20.000 personnes à travers le monde. « En termes de formation, ce fut une remarquable école car des groupes de cette envergure ont les avantages de leurs inconvénients. On apprend notamment à y être extrêmement organisé et à s’adapter à un niveau d’exigence très élevé ».Chitosanr Végétal

Pourtant, il va quitter le confort de ce grand groupe international pour lui préférer les risques de l’entrepreneuriat. Et entamer sa seconde vie professionnelle. « C’était le moment idéal. J’étais jeune trentenaire et je voulais absolument devenir entrepreneur. J’ai fait le grand saut et j’ai rejoint en 1999 une start-up basée à Seneffe, IBt – International Brachytherapy s.a., active dans la R&D et le domaine de l’oncologie ».

A l’époque, cette entreprise ne vendait encore rien. Elle s’activait à développer ses produits, des implants thérapeutiques radioactifs au palladium 103 et à l’iode 125. Ces implants sont aujourd’hui utilisés en brachythérapie dans le traitement à un stade précoce d’une série de cancers.

« J’ai eu la chance d’y rencontrer le Dr John Carden, alors professeur à l’université de Georgia Tech et patron de cette jeune entreprise. Entré comme CFO (Chief Financial Officer), les choses se sont ensuite mises en place pour moi et j’en suis devenu le CEO ». Il deviendra un jeune patron emblématique de cette nouvelle Wallonie, active notamment dans les nouvelles technologies au service du secteur de la santé.

« Et pourtant, s’amuse François Blondel, je ne suis pas un scientifique ». A la surprise de sa famille où on est plutôt ingénieur. Ingénieur comme l’est le (petit) frère de François, Vincent, qui n’est autre que l’actuel recteur de l’ UCL, Professeur de mathématique appliquée. François Blondel, lui, mènera des études de droit et de sciences économiques… de front. « C’était sportif » reconnait-il.

IBt : une expérience fantastique

« IBt fut pour moi une expérience parfaitement fantastique. Tout y était à construire. L’entreprise est passée par toutes les étapes: de la R&D à la conception, du laboratoire à la production industrielle, de la recherche et la définition des canaux de distribution de nos produits, à l’exportation et la création de filiales jusqu’aux opérations de fusions/acquisitions. En 10 ans, nous étions passés par toutes les étapes. Et en 2010, nous avions gravi tous les échelons. Si bien qu’en 2010, l’entreprise était devenue une très belle « success story » proposant le traitement d’une série de cancers (prostate, cou, gorge, cerveau, œil, etc.) par une technique permettant à la fois un traitement très efficace et la préservation d’une qualité de vie du patient. La start-up s’était métamorphosée en une belle PME de près de 200 personnes, avec des filiales dans 7 pays, … et très rentable. Un beau parcours »!

Malheureusement, les choses ont mal tourné lorsqu’un actionnaire a voulu, sans en payer le prix, prendre le contrôle de cette pépite wallonne cotée en Bourse, sans actionnaire de référence.  « Cela a été une bagarre homérique afin d’obtenir un prix « juste » pour tous les actionnaires ». La Cour d’appel de Bruxelles donnera finalement gain de cause à François Blondel en imposant à cet actionnaire une OPA dont il ne voulait pas… et à un prix correct. M. Blondel annoncera publiquement, avant le lancement de l’opération, qu’il quitterait l’entreprise et pourquoi il recommandait à chacun d’apporter ses actions à l’OPA. Le conseil était avisé. Aujourd’hui, IBt est en effet toujours cotée sur Euronext sous un autre nom… mais elle ne vaut plus que le 5e de la valeur qu’elle présentait au moment de l’opération.

Dès lors, comment va évoluer votre métier ?

Comme il l’avait déjà fait au sortir de ses études – un tour du monde d’un an avant son service militaire – François Blondel s’est à ce moment donné un peu de champs. « J’ai pris le temps de me reconstruire ». Il va réfléchir à sa 3e vie. Dans un premier temps, il acceptera une série de mandats comme administrateur indépendant dans des entreprises cotées (Evadix, Recticel, Compagnie du Bois Sauvage) ou non, privées ou publiques (CERTECH, AWEX, Biowin, etc), grosses ou petites. Il investira le produit de la valeur créée chez IBt dans les start-up de sa région. Pour l’essentiel, dans des entreprises liées au secteur de la santé: Cardio 3 Biosciences (aujourd’hui Celyad) avant son introduction en Bourse (IPO), Delphi Genetics, Bone Therapeutics (également avant son IPO), KiOmed Pharma, OncoDNA, Ovizio ou encore Nanocyl.

« Mais je me suis assez vite rendu compte que la gestion opérationnelle d’entreprise me manquait. J’aime fédérer les gens autour d’un projet. J’ai donc abandonné un certain nombre de mandats et j’ai resserré mon champ d’action en identifiant des entreprises où je pensais pouvoir apporter le plus de valeur ajoutée ».

KitoZyme : les bienfaits santé du chitosane végétal

Sa 3e vie, il la vit aujourd’hui. C’est celle d’un « serial entrepreneur » et investisseur. Dans cette vie-là, il consacre son énergie à plusieurs PME de la région (lire plus haut), soit comme fondateur président du Conseil ou comme administrateur et actionnaire.

Mais une entreprise en particulier requiert toute son attention, et ce à partir de 2013: KitoZyme. Une entreprise créée en 2000, spin-off de l’ ULg, dont le cœur de métier s’articule autour des bienfaits du chitosane végétal, une fibre synthétisée à partir de champignons. Entre autres propriétés, le chitosane est un formidable « capteur de gras ». Il a la capacité d’interagir avec les graisses du système digestif et donc de limiter leur absorption. Ainsi, le chitosane peut être, notamment, un complément efficace pour aider à la perte de poids durant les périodes de régime ou pour le stabiliser. Les principales applications de ce chitosane vert ont trait aujourd’hui à la santé humaine (contrôle du poids, santé digestive, cardiovasculaire).chitosane végétal

« C’est une entreprise qui s’est cherchée longtemps, explique François Blondel, tant les applications paraissaient nombreuses. Durant tout ce processus, KitoZyme a eu beaucoup de chance : elle a pu bénéficier de l’immense patience de ses actionnaires de référence, le holding « Valois » des familles Mestdagh-Montulet, qui représente toujours 70% de l’actionnariat et du soutien sans faille de la SRIW ainsi que de Meusinvest« .

Car lorsque François Blondel prend les commandes de l’entreprise d’ Herstal, sa situation financière en aurait découragé plus d’un. L’entreprise accumulait en effet les pertes: en 2009, 4 millions d’euros, 5 millions en 2010, 6 millions en 2011 et plus de 7 millions en 2012 !

« Pour m’aider à remettre l’entreprise sur le droit chemin, j’ai pu compter sur une management team remarquable. Nous avons travaillé sur les plans stratégiques et opérationnels. Définir le cœur de métier, développer une stratégie commerciale, travailler sur le prix de revient… Rien de fondamentalement original mais il était urgent de centrer les énergies de tous ».Chitosane végétal

Résultat? En 2015, KitoZyme – qui emploie aujourd’hui 50 personnes sur base consolidée (en intégrant sa spin-out, KiOmed Pharma, lancée en mars 2014, couvrant les applications bio-médicales du chitosane) – a atteint l’équilibre financier opérationnel. Et ceci grâce, notamment, à une très forte croissance du chiffre d’affaires. Une croissance saluée à juste titre par les milieux d’affaires puisque KitoZyme a remporté en début d’année le Technology Fast 50 de Deloitte. Avec une augmentation des ventes de 354% au cours de ces cinq dernières années ! Excusez du peu !

Le chitosane végétal au service de l’œnologie

Et l’avenir du chitosane végétal n’est pas prêt de s’arrêter là. La preuve en est l’application œnologique qui, au départ, paraissait anecdotique, et qui dépasse les espérances de la direction. « Cette application représente désormais une part intéressante de notre chiffre d’affaires ».

La société liégeoise est en effet parvenue à percer dans les vignobles, en fournissant, d’une part, un produit unique pour lutter contre une bactérie (« brettanomyces bruxellensis », qui altère fortement le nez et le goût du vin rouge) et, d’autre part, des alternatives naturelles et végétales aux ingrédients traditionnellement utilisés en œnologie. « Les produits de KitoZyme ont ainsi permis de traiter l’équivalent de 80 millions de bouteilles, ce qui représente une augmentation de plus de 30 % par rapport à l’an dernier ».

Bref, la troisième vie de François Blondel semble en bonne voie pour être aussi passionnante que les deux premières.

Quelle est votre meilleure décision professionnelle?

Celle d’avoir fait le grand saut dans le monde de entrepreneuriat et d’avoir quitté le confort de la multinationale qui m’employait. Même si, je le répète, j’y ai beaucoup appris.

A contrario, quel est votre regret?

De manière générale, j’ai tendance à penser que les plus belles années sont encore devant moi. Je regarde surtout devant moi, cela m’évite d’avoir des regrets.

Comment favorisez-vous l’innovation dans votre entreprise?

D’abord, en créant de manière structurée des moments qui sont déstructurés.

Ensuite, en appliquant strictement le principe selon lequel il n’y a aucune mauvaise idée. Certaines sont prématurées, d’autres sont compliquées à mettre en œuvre. Mais aucune n’est mauvaise a priori.

Quel est le dernier problème technique que vous avez eu à résoudre?

On a connu des difficultés au niveau de la gestion des effluents, c’est-à-dire de toutes les eaux de nature à contaminer les milieux dans lesquels elles sont déversées. Un problème que nous avons résolu en combinant des ressources internes et des expertises externes dans ce domaine.

Votre phrase préférée?

Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix. (Eric-Emmanuel Schmitt)

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

Management

Management de l’innovation

Technologie

Technologie