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Frédéric Sente : il a mis en place le concept de « coworking industriel »

Date de publication
1 décembre 2017
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Frédéric Sente

Ce fabricant de machines spéciales multiplie les partenariats « win-win », additionne les compétences et s’ouvre à tous les secteurs en croissance.

Ce n’est pas changer qui est dangereux. N’ayez peur que de ce qui ne bouge pas.

Ingénieur industriel mécanicien (candidatures à l’Université du Travail (UT) et études d’ingénieur à l’ISIB), option aéronautique, Frédéric Sente (à gauche sur la photo, à côté d’Axel Soyez) a vraiment « appris son métier » aux Ateliers Graux de Marc Chanteux, le constructeur et assembleur de machines ou sous machines spéciales pour l’industrie, installé à Momignies.

Il y restera 8 ans. Chef d’atelier, il poursuit son chemin professionnel chez AGC (alors Glaverbel) où, durant 3 ans, il rejoint la cinquantaine de techniciens et d’ingénieurs qui composent l’équipe de l’engineering central, installée à Moustier. Ses compétences en conception de machines spéciales pour le groupe sont particulièrement appréciées dans un bureau « capable de construire une usine de A à Z ». L’équipe sera d’ailleurs, par la suite, intégrée au sein de l’AGC Technovation Center du groupe verrier, à Gosselies.

Mais le goût des petites structures va amener Frédéric Sente à rapidement créer son propre bureau d’études, spécialisé en électromécanique. C’est dans le cadre d’une étude réalisée pour le compte d’AGC qu’il va rencontrer les frères De Simone, Joseph et Antoine.

Les deux frères avaient créé une entreprise, De Simone, disposant d’une équipe de mécaniciens capables de réaliser des machines « clé sur porte » à ses clients. « L’entreprise travaillait sur plans et réalisait la maintenance de ces outils pour le compte de ses clients, issus pour la plupart du secteur verrier, explique Frédéric Sente. Ils travaillaient pour les différentes implantations de Glaverbel, pour Saint-Gobain et notamment le site de Saint-Gobain Sekurit d’Auvelais ».

Un bureau d’études et des automaticiens

Une société qui se portait plutôt bien même si Frédéric Sente avait rapidement vu et compris que pour que ses activités perdurent, il fallait y intégrer un bureau d’études et, déjà, une équipe d’automaticiens !

En 2002, c’est une vision encore assez neuve. Le groupe De Simone va pourtant être rapidement convaincu par les arguments de Frédéric Sente qui, avec l’aide d’un partenaire financier, va reprendre la direction de la société. Choses promises… « J’y ai intégré mes 4 employés du bureau d’études et j’y ai construit progressivement une équipe d’électriciens automaticiens ».

Le défi était plutôt bien vu. « Directement, le business model s’est avéré porteur, raconte Frédéric Sente. Depuis lors, la société connait une croissance régulière et une rentabilité soutenue. Grâce notamment au dynamisme du secteur verrier local ». Mais en 2008, la crise financière impacte sévèrement tous les secteurs industriels, en ce compris les verriers.

L’innovation pour traverser la crise.

Frédéric SenteLe secteur verrier diminue ses investissements de l’ordre de 70% et c’est une période de vache maigre qui démarre. Heureusement, l’équipe de Frédéric Sente avait quelques années plus tôt développé une innovation dans le domaine photovoltaïque, une gamme de « trackers » solaires destinée à accentuer la production tout en supportant les panneaux solaires des installations photovoltaïques voire hybrides (photovoltaïque et éolienne). Grâce à cet équipement, les panneaux photovoltaïques suivent le soleil. Et va faire la renommée de l’entreprise De Simone.

Il faut dire qu’à l’époque, le photovoltaïque wallon avait encore du mal à décoller. Début 2009, on comptait à peine 3.500 installations en Wallonie (contre 120.000 en 2014). Alors que la politique wallonne de « promotion du renouvelable » datait elle de 2001, année de création du mécanisme des certificats verts.

 

Diversification permanente

Une innovation qui s’inscrit dans une recherche de diversification permanente et grâce à laquelle De Simone passe la crise et se maintient à flot.

Dès le début de l’aventure, Frédéric Sente a un objectif : faire de son entreprise une boite à outils et une boîte à compétences. « Pour qui ? Cela n’a aucune importance. Je voulais simplement – et je veux toujours – faire de ma boîte un « anti-fournisseur de Caterpillar », ce sous-traitant monoclient qui s’effondre dès que son donneur d’ordre retire la prise. Ceci dit sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit. C’est en misant tout sur la qualité de l’équipe interne et en faisant de gros sacrifices en période de basse conjoncture pour conserver cette équipe à tout prix que j’ai pu construire les bases de la croissance actuelle » Une politique de diversification qui va porter ses fruits. A partir de 2013, l’entreprise va renouer avec la croissance.

Des partenariats technologiques très forts.

Dès 2010, par exemple,  De Simone et Rovi-Tech, développeur et intégrateur de vision industrielle (Presles), vont former une alliance stratégique. « On est tout à fait complémentaires, explique Frédéric Sente. Ils disposent d’un très bel outil de contrôle qualité grâce à la vision neuronale. Nous, nous créons les machines qui supportent cet outil au bénéfice d’un client industriel. On se comprend, on se fait confiance et on démarche ensemble des clients, pour la plupart étrangers et multi-sectoriels (aéronautique, automobile, agroalimentaire), pour leur proposer des solutions de contrôle qualité par vision automatisée. On imagine la solution ensemble et on gagne (ou on perd) le dossier ensemble ». Et depuis la première commande, en 2010, le chiffre d’affaires commun n’a cessé de croître.

Un nouveau concept : le coworking industriel

Frédéric SenteDiversification toujours. En 2014, Frédéric Sente intègre un nouveau secteur, celui de la sidérurgie, par le biais du gunitage, une technologie de projection de bétons réfractaires dans des équipements soumis à très haute température. Un secteur et une technologie que connait parfaitement bien Pascal Nicolas, grâce une expérience de près de 30 ans dans le secteur des techniques de projection de bétons réfractaires. Pour assurer la rentabilité de son business, il va rejoindre l’équipe De Simone.

Même démarche en 2015 avec Thomas Janquart, le patron de MH-Automation (Spy), une entreprise active elle aussi dans l’automatisation « simple, robuste et abordable » destinée principalement au secteur de l’usinage. Afin de disposer à tout moment d’une équipe solide, il rejoindra celle de De Simone, dans les installations de Farciennes, tout en gardant son indépendance. Notamment pour y développer un nouvel outil, Armin, des robots de chargement automatisés de machine-outil.

« J’ai inventé le concept de coworking industriel. Je suis intimement convaincu de ce concept même s’il demande énormément de confiance et d’honnêteté entre partenaires. Un concept qui génère du chiffre mais aussi l’addition de compétences, de connaissance. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe dans les espaces de coworking « classiques ».

Un projet plan Marshall : Accutherm

Même si, De Simone a peu à peu mis sur le côté son produit « tracker solaire » – vu la baisse drastique du coût des panneaux photovoltaïques – il reste aussi bien présent dans le domaine de l’énergie avec le projet pôle Greenwin (Plan Marshall) baptisé Accutherm.

Il s’agit du développement d’une application de stockage combiné de chaud et froid pour certaines utilisations industrielles. Le projet s’appuie sur une utilisation innovante des matériaux à changement de phase en vue de concevoir un système efficace de stockage et de restitution de l’énergie thermique. Un projet qui part de ce constat : 25% de l’énergie vendue en Europe sert à faire du froid. Conserver le froid n’est pas très compliqué, le restituer efficacement, c’est une autre paire de manches. Le système développé par De Simone et ses partenaires, le CSL, le CRM et le groupe Lebrun (Nimy) – « on en est dans la 3e année de recherche » – permet de se recharger en froid quand l’énergie est disponible et de le restituer sur une période plus longue.

Pour industrialiser le projet, Frederic Sente est à la recherche de partenaires pour mener un projet qui « potentiellement nous dépasse complétement. Après le design de l’échangeur de chaleur et la mise au point du produit, soit deux ans de R&D, on peut encore optimiser le rendement. Ce pourrait être fait au début 2018, l’industrialisation étant prévue pour la mi-2018 ».

Une direction bicéphale

Comme souvent, une entreprise en phase de croissance – c’est le cas de De Simone, forte d’une équipe de 40 équivalents temps plein (ETP), qui présentait en 2016, un chiffre d’affaires de 5,3 millions d’euros (en croissance) et un chiffre d’affaires prévisionnel de 5,7 millions d’euros en 2017 – a besoin d’un double profil à sa tête pour la diriger.

« J’ai fait rentrer dans mon organisation un ami qui est devenu un associé. Axel Soyez, un ancien membre du comité de direction de D’Ieteren où il a œuvré durant quinze ans, est désormais le responsable des finances, du marketing, de l’administratif, de la communication et du pôle informatique de l’entreprise. Ses compétences n’étaient pas les miennes et son arrivée dans l’équipe m’a permis de me concentrer sur ma valeur ajoutée, la technologie, la recherche et le développement. Il m’a apporté une couche supplémentaire de professionnalisme : on est vraiment complémentaires.

Comment maintenez-vous un état d’esprit innovant au sein de votre entreprise ?

C’est tout simple. On ne ferme jamais une porte définitivement. On commence toujours par dire : « oui… peut-être. On va réfléchir ».

Quel est votre dernier défi technologique ?

On a été contacté par le centre d’expertise et d’innovation pour l’industrie textile Centexbel, spécialisé dans la conception de textiles technologiques. Ils cherchaient un développeur de machine spéciale, capable de développer avec eux une « brodeuse de capteurs », une machine capable de placer des capteurs de toute sorte dans les tissus.

Avec une entreprise flamande, on a développé un projet BEL-SME visant à créer des synergies entre entreprises francophones et néerlandophones et à promouvoir la collaboration intra-belge. Il a été accepté sans aucune remarque et démarrera au 1er janvier prochain. Un beau challenge!

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir mis en place une équipe très qualifiée de techniciens issus de toutes les branches de la mécatronique et m’être associé avec Axel Soyez. Parce qu’il est mon complément.

Et la pire ?

Ne pas avoir pris assez vite la décision de quitter le secteur historique de l’entreprise pour devenir multisectoriel. J’aurais pu connaître le sort des sous-traitants de Caterpillar… On n’en est pas passé loin en 2009.

Votre phrase préférée ?

Ce n’est pas changer qui est dangereux. N’ayez peur que de ce qui ne bouge pas. L’erreur n’est pas un problème, c’est normal. Il faut juste en limiter les conséquences. Ne pas innover par crainte de l’erreur, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. En R&D, la prise de risques est permanente, le niveau de risques doit être maitrisé.

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