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Frédéric Vassort, l’homme qui a « électrisé » Ampacimon

Date de publication
1 février 2019
facebook twitter LinkedIn Google Mail Environnement/Industrie/Informatique/Portraits Print
Ampacimon

La PME liégeoise, qui dope les réseaux électriques dans le monde entier grâce à ses capteurs sophistiqués, ne cesse de grandir.

Avec Creos et Elia, on garde les yeux et les oreilles grands ouverts sur ce qu’attend le marché.

 

Ampacimon, spin-off de l’université de Liège, a eu des débuts hésitants. A l’arrivée de Frédéric Vassort à sa direction, en 2013, elle employait 5 ingénieurs et ne faisait pas encore de cash. Aujourd’hui, elle occupe 25 personnes, vise un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros en 2019 et développe capteurs et softwares pour tous les gestionnaires de réseaux électriques, notamment en Inde et aux Etats-Unis.

Un parcours industriel à l’international

AmpacimonCe citoyen français, belge d’adoption depuis 13 ans, ingénieur en électronique, a complété sa formation par un MBA en France et à Singapour.

Au sortir de ses études, Frédéric Vassort, qui ne désirait rien tant que de « voir du pays », va rejoindre Schlumberger industrie, un groupe international spécialisé dans la fourniture de services et d’équipements pour entreprises pétrolières et électriques. « J’y ferai mes premiers pas dans le secteur de l’énergie, explique-t-il. D’abord en Allemagne, dans une activité particulière, celle de la fabrication de compteurs intelligents, les ancêtres des actuels «smart meters» (ou compteurs communicants) puis en Asie« .

Il rejoint ensuite le bureau thaïlandais de Tractebel (Bangkok) pour gérer les acquisitions de centrales électriques. Il y restera 4 ans avant d’être rappelé à Bruxelles au siège administratif. Il n’y restera pas très longtemps, préférant retourner dans l’industrie manufacturière technologique.

Après avoir encore travaillé durant 7 ans chez Danaher, une entreprise américaine active notamment dans les «tests et mesures» et l’environnement (conception de capteurs), puis brièvement chez BEA, Frédéric Vassort va réaliser le second de ses rêves : diriger sa propre entreprise.

« Cela me trottait dans la tête depuis la sortie de mes études, explique-t-il. Avec l’aide de la Sowaccess et d’autres intervenants actifs dans la transmission d’entreprises, je recherchais une PME à reprendre en Belgique et dans le quart nord-est de la France. Une démarche pas évidente ».

Diriger Ampacimon

«En même temps, poursuit Frédéric Vassort, j’avais été approché par l’actionnariat d’une spin-off de l’université de Liège, Ampacimon, qui avait développé une technologie capable de doper les réseaux électriques mais qui n’avait pas encore décollé».

Créée en 2010, dans le prolongement des recherches menées par les professeurs Lilien et Destiné, cette jeune entreprise employait déjà 5 chercheurs mais ne faisait pas encore de cash 3 ans après sa constitution.

Diriger cette entreprise correspondait assez bien au savoir-faire de Frédéric Vassort. « Le métier de la spin-off Ampacimon me correspondait assez bien : je connaissais bien le monde de l’électricité et celui des capteurs de mesure. Durant un an, j’ai appris à connaître l’entreprise. Et finalement, elle m’a bien plu. Les potentiels étaient énormes. En 2015, à l’occasion d’une levée de fonds, j’ai donc décidé d’investir dans l’entreprise ».

Il a ainsi rejoint l’université de Liège et les professeurs Jean-Louis Lilien et Jacques Destiné. Mais il ne venait pas seul : les gestionnaires de réseau Elia et Creos (Luxembourg) ont rejoint le capital de la jeune entreprise.

Comment a évolué Ampacimon ?

AmpacimonAinsi recapitalisée, dotée d’un vrai plan d’affaires et d’une direction bien au fait des réalités industrielles des gestionnaires de réseau de transport d’électricité, Ampacimon pouvait accélérer son développement. « L’activité a réellement été lancée et, pour la 1ere fois de ma vie, j’étais le patron d’une entreprise autonome ».

Parallèlement, les équipes de l’entreprise Ampacimon ont grandi tandis que le produit développé gagnait en robustesse. Les premiers pilotes avaient été testés en Belgique et ailleurs en Europe. Notamment via sa participation au projet européen Twenties (finalisé en 2013), aux côtés des gestionnaires de réseau RTE (France), REE (Espagne) et Elia (Belgique). La spin-off avait pu démontrer que son système de DLR (Dynamic Line Rating) était non seulement techniquement mature, mais aussi le plus performant sur le terrain.

Doper les réseaux électriques dans le monde

AmpacimonAmpacimon développe des systèmes de surveillance d’ampacité (du mot-valise ampère et capacité de transport d’énergie électrique) sur des lignes à haute tension. Ces systèmes permettent aux opérateurs de transport d’électricité d’accroître l’efficacité de leurs réseaux tout en conservant un maximum de sécurité. La spin-off développe des capteurs pour ces opérateurs publics et privés. Ceux-ci sont installés sur les portions critiques des lignes électriques à haute tension et mesurent, par des analyses vibratoires, la ‘flèche’ de la ligne (sa valeur maximale de déplacement) ainsi que le vent, qui même à faible vitesse, refroidit la ligne et permet d’augmenter significativement sa capacité (jusqu’à la doubler).

« Quand la ligne chauffe, elle s’allonge et se rapproche dangereusement du sol, explique Frédéric Vassort, à l’Echo. Jusqu’ici, les gestionnaires de réseau ne pouvaient pas mesurer cette flèche, et utilisaient donc le ‘worst-case scenario’ (le scénario le plus pessimiste) pour dimensionner leurs lignes, ce qui conduit à les sous-exploiter considérablement. En procédant à des mesures en conditions réelles, couplées à un software qui permet de faire des prévisions jusqu’à deux jours, nous leur permettons d’augmenter la capacité de 10 à 50%. De quoi éviter de coûteux investissements dans de nouvelles lignes. »

Elia, qui avait participé dès 2008 à une expérimentation à grande échelle de cette technologie, fut le premier gestionnaire de réseau à s’équiper largement de ces capteurs pour ses interconnexions internationales mais aussi pour son réseau domestique. Bien obligé : privée de plusieurs de ses centrales nucléaires, en 2014, la Belgique était menacée par des pénuries d’électricité. D’autres nations suivent l’exemple d’Elia et se dotent de la technologie DLR.

Depuis, Ampacimon a commercialisé la gamme ADR comprenant des produits de quantification/modélisation de capacité thermique de réseau, de monitoring temps réel, jusqu’à des produits de prévisions « day ahead » intégrés dans le SCADA des gestionnaires de réseau.

Intégration d’une production massive d’énergies renouvelables

AmpacimonAmpacimon contribue aussi à la mise sur pied du « Smart Grid » de l’avenir avec, comme défi, l’intégration d’une production massive d’énergies renouvelables.

A l’initiative du pôle Mecatech, l’entreprise a ainsi participé au projet OPTIGRID qui visait à miniaturiser d’un capteur intelligent pour lignes haute et moyenne tension, doté de fonctionnalités de maintenance prédictive et de détection de défauts.

Le projet OPTIGRID se plaçait dans la mouvance du Smart Grid, qui vise, par le placement d’une série de capteurs, à rendre intelligents les réseaux électriques (haute et moyenne tension) afin d’optimiser leur gestion.

Objectifs du projet ? Une augmentation rapide et économique de la capacité des lignes aériennes électriques, une meilleure intégration des énergies renouvelables, une meilleure connaissance en temps réel de l’état physique du réseau, un contrôle des distances verticales de sécurité entre câbles et obstacles ainsi que la maintenance prédictive et la détection de défaut des lignes électriques aériennes.

Des recherches qui lui ont aussi permis de développer un nouveau capteur, plus petit et dédié aux lignes de moyenne tension pour la distribution. « Du coup, on augmentait de manière exponentielle le nombre potentiel de clients possibles. En général, il existe un seul opérateur « haute tension » par pays mais de très nombreux opérateurs régionaux. En Allemagne, on en compte plus de 1000.

Lauréat du prix Tremplin

« Ampacimon, poursuit Frédéric Vassort, a commencé à ne plus être seulement un développeur de produits. On a démarré la vente de nos technologies en-dehors de la Belgique grâce à une équipe de commerciaux et d’experts projets. Depuis 2017, ils sont 4 aux Etats-Unis, 4 en home-office (Allemagne et France) et on a monté un réseau d’agents et de distributeurs présents dans le monde entier (Amérique du sud, Inde, Asie du Sud-Est). De plus petits distributeurs sont également présents en Europe de l’Est eu Moyen Orient. L’an passé, Ampacimon a été lauréat d’un prix tremplin de Grand Prix Wallonie à l’Exportation (Awex)

Ampacimon nominée au Top 50 Deloitte

Plusieurs vecteurs de croissance expliquent le formidable succès de l’entreprise, nominée en 2018 et pour la 3e fois consécutive, dans le Top 50 Deloitte des sociétés technologiques à croissance rapide.

« Le premier, explique Frédéric Vassort, c’est bien sûr l’intégration du renouvelable. Le second, c’est notre présence dans des pays émergents comme l’Inde où la demande en électricité est croissante et où le challenge de l’intégration du renouvelable est plus prégnante encore qu’ailleurs. Le troisième, c’est la R&D avec le développement de nouveaux produits ».

Enfin, l’entreprise, installée dans des locaux récemment agrandis à Grâce-Hollogne (après avoir été incubée chez WSL) souhaite grandir aussi par acquisition : «nous sommes en phase d’identification d’une cible», précise Frédéric Vassort.

Comment faites-vous pour conserver un état d’esprit innovant ?

Nos équipes d’ingénieurs restent évidemment très attentives à tout ce qui est neuf dans le domaine. On vient aussi d’embaucher un CTO qui vient d’un autre univers que celui de l’énergie : il travaillait pour une filiale de Philips à Eindhoven. Nous sommes membres également d’associations de chercheurs dans le domaine de l’énergie. Et, avec Creos et Elia, on garde les yeux et les oreilles grands ouverts sur ce qu’attend le marché.

Vos défis technologiques ?

Chez Ampacimon, l’autre grand axe de R&D, c’est le développement de softwares permettant d’analyser en temps réel les données générées par nos capteurs (big data et internet des objets).

Le premier pas a consisté à développer un logiciel de machine learning qui nous permet de prédire un peu mieux encore la capacité de transport électrique qu’on peut attendre à plusieurs jours, en y intégrant les données météo. Le client peut ainsi ajuster son plan de charge du réseau.

D’autres outils permettront aussi de faire de la maintenance prédictive, de savoir pourquoi les lignes vieillissent. Et donc à terme de fournir de l’information intelligente à l’ensemble de nos clients.

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir rejoint Ampacimon.

Et la pire ?

Ne pas l’avoir fait plus tôt. J’aurais dû me décider cinq ans plus tôt.

Votre phrase préférée ?

Croire dans le futur ! On sait que nos solutions contribuent à résoudre certains problèmes climatiques. Elles permettent de mieux intégrer le renouvelable, d’en intégrer plus qu’à l’heure actuelle, sans construire de nouvelles lignes. Et cela, c’est enthousiasmant et prometteur. On ne fait pas seulement des capteurs et des softwares.

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