inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

Geneviève Levivier: quand l’innovation allie art créatif et technologies

Date de publication
29 septembre 2017
facebook twitter LinkedIn Google Mail Environnement/Objets du quotidien Print
Geneviève Levivier

Des grandes maisons de la haute couture parisienne au design textile, Geneviève Levivier crée des matériaux très innovants pour l’industrie créative.

Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile !

Des matériaux féériques créés par des magiciens de génie, c’est en Brabant wallon que cela se passe. « Eggshell », par exemple, est un matériau textile éco-friendly qui allie poésie et innovation technologique. Un objet qui s’inscrit en outre dans une démarche d’économie circulaire et de recyclage de déchets de l’agro-alimentaire (coquilles d’œufs). Une matière qui servit de base à la création d’une robe de haute couture expérimentale pour le pavillon français de l’Exposition Universelle de Milan. Créée par Geneviève Levivier et son mari, Pierre-Yves Herzé, un ingénieur chimiste passionné de peinture, cette matière innovante offre d’incroyables qualités isolantes et ignifuges et se laisse coudre facilement sans se déchirer. Tout en proposant de superbes variations de couleurs et d’effets esthétiques uniques. Saluée par la presse, Geneviève Levivier vient de faire le buzz au salon Maison & Objet (Paris) et elle sera ce jeudi à notre évènement « A la découverte des innovations wallonnes« .

Passionnée d’art plastique

Geneviève LevivierAprès un master en Philo (ULB), Geneviève Levivier complètera son cursus par l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre (ENSAV), à Bruxelles, l’une des principales écoles d’art et de design de Belgique, pour y parfaire ses techniques d’art, notamment en sérigraphie. Et n’hésitera pas, à 40 ans, à rejoindre les bancs de la Haute École Francisco Ferrer , option art textile, pour se doter de compétences en textile.  «J’ai commencé à faire, à jouer avec les techniques. J’ai appris à mêler tout ce que j’apprenais en textile, tout ce que je savais en peinture, toutes les technique que je maîtrisais par ailleurs».

Pigiste pour divers médias durant une douzaine d’années – Pourquoi Pas?, Radio 3, Victor, Elle Déco, Elle Mode, Marie-Claire Maison, Déco Idées – elle continuera à parfaire ses apprentissages, notamment à l’académie d’Uccle, rue Rouge. Diplômée en peinture et en céramique, elle y rencontrera son mari, Pierre-Yves Herzé, un ingénieur chimiste passionné de peinture.

Un chimiste en renfort de sa créativité

«Il a découvert mon travail pictural sur textile et m’a aidée à découvrir un nouveau champ des possibles dans les matières. Il m’a présenté quelques produits et de nouvelles méthodes issues de son métier et, ensemble, on a développé de nouvelles idées. Des idées qui me permettaient de développer une niche dans le design textile : celle de l’innovation textile, mêlant des polymères à un canevas de matières nobles. Des tulles de soie, des dentelles ultra légères, vaporeuses, fragiles qui s’accommodaient mal du poids des matières industrielles».

Dès sa première collection de dentelles polymères, elle a envoyé par mail des photos des prototypes à quelques grandes maisons de Haute Couture de la place de Paris.

Du jamais vu…

Geneviève LevivierLa plus grande maison sera aussi la première à réagir. « Du jamais vu » admirent les collaborateurs du couturier. Qui insistent : «on voudrait voir cela rapidement à Paris». Quand ? «Demain». Et voilà Geneviève Levivier, ses échantillons sous le bras, qui débarque à Paris en début matinée. «On m’avait prédit que la discussion durerait bien une heure. A 17h30, on n’avait toujours pas fini. La maison m’a acheté un nouveau ticket de train et j’ai finalement quitté les ateliers vers 19h30».

Ce que Geneviève Levivier ne savait pas encore, c’est que la « grande maison » était en pleine création de collection printemps-été pour le défilé de septembre 2009. « J’étais sur un nuage. Les collaborateurs n’avaient cessé de m’interroger : ce serait possible de faire cela, comme cela et comme cela ? Et de travailler sur nos matières ?».

Avec sa valise bourrée de tissus prestigieux, elle va se mettre au travail dans son premier atelier, une pièce spacieuse et lumineuse de la maison familiale. «Je ne comprenais rien, je ne connaissais rien au fonctionnement des grandes maisons. J’ai travaillé jour et nuit dans un espace qui est vite devenu trop petit.»

Un nouvel atelier à Genappe

Geneviève LevivierTrès vite, le couple s’est donné un objectif : «si les commandes arrivent, il faudra trouver un atelier plus grand». Les demandes, elles, se succédaient. Les prototypes prenaient formes. «On a loué sans plus tarder un premier atelier près de Waterloo avant d’acheter ensuite celui de Genappe. Et heureusement qu’on l’a fait. Deux semaines plus tard, alors qu’on terminait de s’installer, les équipes parisiennes sont revenues vers nous. «Non seulement vos tissus sont choisis en collection mais on les veut pour le défilé. Cette fois, on va venir voir vos installations et on va vous expliquer la commande». Si j’avais attendu, j’aurais été obligée de les recevoir dans un espace insuffisant… ».

Les premiers prototypes avaient nécessité la création de quelques dizaines de mètres de matière. La seconde commande, destinée uniquement au défilé, représentait déjà une cinquantaine de mètres. Et puis les choses se sont encore accélérées. «Ils n’ont pas fait un modèle mais… plusieurs dizaines. Ils ont vraiment flashé sur cette matière. Et ont décidé d’en faire un énorme buzz.»

«Au final, j’ai livré au bas mot plusieurs centaines de mètres. J’avais engagé du personnel mais il y avait tellement à faire que j’ai travaillé quasi jour et nuit durant cinq mois pour fournir toute la matière commandée. Heureusement qu’ils ont accepté que je livre les matières au fur et à mesure. Ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre de marché».

Le fil conducteur de la collection

Pendant que son mari prenait en charge la logistique et l’optimisation des procédés, Geneviève Levivier continuait à produire sa dentelle polymère sous diverses déclinaisons. «Elle était devenue le fil conducteur de la collection : ma matière était présente quasi partout dans les créations printemps-été. Et c’était tout à fait exceptionnel. Dans les deux ou trois grandes maisons de la capitale française, on n’avait jamais donné à un seul atelier l’essentiel du fil d’Ariane d’un défilé ».

Le défilé est un triomphe. Et cette matière industrielle anoblie inspire d’autres créateurs, d’autres maisons qui feront appel à Geneviève Levivier ! Elle innovera encore, créera de nouveaux prototypes avec des matières encore inconnues. Elle travaillera au profit des plus grands : Dior, Balenciaga, Alaïa ou Gaultier…

Comment a évolué votre métier?

Mais les années s’accumulent et Geneviève s’exaspèrent d’être aussi peu reconnue, en-dehors d’un cerclé d’initiés. Les contrats de confidentialité exigés par Paris la confinent à l’ombre des créateurs, alors que ses matières font souvent le modèle en vue. « Je n’avais plus envie d’être une sous-traitante anonyme. Je voulais devenir une vraie partenaire, avec une vraie reconnaissance, avec mes propres gammes créées en nom propre.»

Geneviève LevivierCes dernières années, elle réalisera d’autres prototypes, des accessoires de mode, des textiles hautes coutures, des dentelles réalisées au laser, des dentelles et des tapisseries polymères, des marbres textiles…

« En fait, c’est plutôt un « virage » dans mon business model, un repositionnement stratégique, explique-t-elle. Mon core business de création de matière innovantes, artisanales, techniques et luxueuses, ne change pas. Ni le fait d’être perpétuellement en développement de nouvelles idées… et matières. Ce qui change, c’est notre segment d’application. De 2008, date de la création de notre entreprise A+Z Design, à 2015, nous avons inventé et produit ces matières exceptionnelles pour les plus prestigieuses Maisons de Couture parisiennes qui en on fait le show off de leurs défilés et de leurs collections capsules.

En parallèle, j’ai exposé régulièrement à l’international, avec WBDI, de grandes tapisseries dans diverses matières innovantes. Et j’ai toujours eu beaucoup de retours positifs de la part de décorateurs, architectes d’intérieur et collectionneurs qui en ont fait l’acquisition. Ce segment me plait particulièrement par la liberté artistique que je peux insuffler à mes recherches et à mes œuvres. Je suis d’ailleurs persuadée que mes matières très texturées sont particulièrement adaptées à des panneaux décoratifs et objets de design d’art… En outre, le marché de la décoration et du design, bien que friand de nouveautés, est bien moins versatile que celui de la mode qui consomme puis jette la saison d’après ce qu’il avait aimé !

Autant de bonnes raisons de privilégier ce secteur, et de surcroit, de lancer mes collections en noms propres afin de pérenniser mes créations et innovations conçues depuis toujours comme durables. Ce business model a été alors affiné, et confirmé, avec un coaching dans la durée, fort utile et bienvenu, de la Fondation pour la Jeune Entreprise (FJE).

A+Z Design by Geneviève Levivier

Geneviève LevivierPeu à peu, Geneviève s’est donc recentrée sur ses propres créations – signées A+Z Design by Geneviève Levivier – d’abord dans la décoration intérieure, la décoration murale puis, peu à peu, dans le design d’objets.

En nom propre, elle va ainsi créer une gamme de matériaux souples et innovants, comme les scintillants panneaux Eggshell, dorés ou bleutés. Des matériaux réalisés sans solvants, sans plastifiants, Eco-friendly (très peu de reliquats), de type non allergène. «Les liants sont formulés en interne, sur-mesure chez nous, pour nous».

«La passion nous pousse à aller toujours plus loin, en repoussant les limites de la matière: tulles de soie, dentelles mais aussi bois fins, cuir, feuilles d’or, et matériaux innovants développés par nos soins, sont finement découpés et perforés sans aucun délitement, ni trace de brulure… La finesse de la manipulation technologique alliée à la beauté du geste artisanal, atteint la perfection d’une nouvelle esthétique, variable sur-mesure à l’infini».

Elle multiplie alors les expos, les showcases, les prix : elle expose lors d’un showcase au Musée de la sculpture de Sao-Polo (2013), dans un autre à Paris, au Centre Wallonie-Bruxelles (en 2014). La même année, à l’Institut de France, elle est finaliste d’un procédé d’invention dans le cadre du Prix Théophile Legrand (innovation textile). Elle connait la reconnaissance de ses pairs dans les showcases de « Maisons d’Exceptions » (2014 et 2015).

« Pérenniser mon travail »

Geneviève LevivierLauréate non pas d’une bourse à l’innovation (2015 – pour les Dentelles de bois) de la Région wallonne mais de deux (2016 – pour les Eggshell), elle multiplie les secrets de fabrique, un savoir-faire exceptionnel, une production artisanale et les objets précieux uniques. « Là aussi, je voulais changer, pérenniser mon savoir-faire, privilégier une création plus libre en nom propre, promouvoir des pièces de design d’art à des prix « justes », mais qui tiennent compte évidemment des nombreuses heures de réalisation ».

Elle va se lancer dans la conception d’objet design – comme ce siège en forme d’œuf, recouvert de sa toute nouvelle matière Eggshell. A base de coquilles d’œufs, cette matière innovante été sélectionnée au Pavillon de France à l’Exposition Universelle de Milan 2015. Elle répond au thème du recyclage des reliquats de l’agro-alimentaire, en privilégiant de surcroit l’utilisation de matières recyclables locales, en cycle court. Car la coquille d’œuf, cette petite merveille de la nature, rigide et solide, alliée par Geneviève – selon un process innovant – à de la pure laine, lui a permis de créer des collections textiles uniques, naturellement isolantes et naturellement ignifuges.

Ajourée ou non, opaque, tendue sur cadre, cette matière se situe « à mi-chemin entre panneaux décoratifs et œuvres. Ces riches textures textiles sont particulièrement adaptées devant des fenêtres et en séparation d’espaces où elles jouent, tels des vitraux, avec la lumière » explique Geneviève Levivier.

Comment favorisez-vous l’innovation au sein de votre entreprise?

C’est un état d’esprit, fait de curiosité au monde (nature, culture, société, etc…), de veille technologique et tendances, et d’échanges permanent avec mon mari chimiste et associé, mais aussi avec le staff interne. Finalement, cette manière « naturelle » de faire, est un résumé de ma personnalité et de mon parcours, dont les centres d’intérêt ont toujours été les beaux-arts, les arts appliqués, et la philosophie vue sous un angle sociétal…

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle?

D’une manière générale, je dirais d’être flexible, et de ne pas avoir peur du changement, tout en restant fidèle à soi-même. Ma meilleure décision, fut, donc, de me réorienter à 40 ans vers le design textile et d’oser, enfin, vivre de ma passion pour l’artistique. Plus récemment, d’oser, à nouveau, le changement, en faisant pivoter mon business model vers le segment de la décoration et du design.

Et inversement, quelle décision regrettez-vous?

D’avoir, avec mon tempérament d' »artiste », fait trop confiance à certains partenaires ou clients. Car « business is business » et le fait de travailler dans un secteur créatif ne déroge évidemment pas à la règle… Il faut donc absolument tempérer l’enthousiasme créatif, par des contrats « bétons » ! Maintenant, je peux le dire, et le faire…

Quel est le dernier problème technique/technologique que vous avez rencontré ?

Comme nous diversifions actuellement beaucoup nos produits, et que nous optimisons au maximum pour chacun d’eux leurs qualités spécifiques qui ne sont pas nécessairement les mêmes (résistance, souplesses diverses, touchers variés, colorations, matité ou brillance, etc… ) , notre laboratoire formule actuellement beaucoup de « recettes » et process différents… Ce n’est pas un problème en soi, mais cela occasionne actuellement une importante gestion de produits et de production très variés… Tout mener de front est un vrai challenge…

Votre citation ou maxime favorite ?

Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile !

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

communication presse

Communication presse