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GesPodo : les technologies numériques au service de la podologie

Date de publication
11 janvier 2019
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GESPODO

Thierry Van Meerhaeghe, David Baudrez et Henri Ruttiens introduisent l’intelligence artificielle dans ce métier très traditionnel. Quel pied !

Nous avons l’ambition de prendre un rôle de leader dans la transformation digitale de la podologie

GesPodo est une PME active dans la fabrication de semelles sur-mesure via un processus intégrant les avantages des technologies numériques, 3D, CFAO (CAD/CAM) pour la prise d’empreintes, le design et l’usinage d’orthèses plantaires. Plus de 20.000 patients ont déjà été traités avec ces solutions très innovantes.

GESPODOThierry Van Meerhaeghe est kinésithérapeute depuis 1996 et podologue depuis 1998. « Depuis toujours, explique-t-il, je veux comprendre les choses, pas seulement les faire ».

Il y a une douzaine d’années, il a compris – avant d’autres – que les technologies numériques allaient s’installer dans les process industriels. Et que son métier, comme d’autres, en serait bouleversé. « On nous a pris pour des fous, poursuit-il. Moi, j’y ai cru et j’ai persévéré ».

GESPODOSa rencontre avec David Baudrez va lui permettre de concrétiser ses rêves, d’appréhender la valeur ajoutée de ces technologies pour le métier du podologue et de les y intégrer pour le plus grand bénéfice de ses clients.

Les deux hommes, membres d’un même club de plongée à Rixensart où Thierry est instructeur et David dive master, ont décidé de collaborer au retour d’un stage en Espagne. « On avait dix heures de voiture et on a commencé à discuter des outils numériques », expliquent les deux hommes. Thierry avait fait l’acquisition d’une fraiseuse numérique avec laquelle il fabriquait des semelles pour ses patients et quelques collègues podologues. « Le numérique dans mon métier, j’y croyais beaucoup, poursuit Thierry. Mais cela me paraissait compliqué ».

Cela tombe bien. L’intégration des technologies numériques dans les métiers, c’est la passion de David Baudrez. Et son métier. Durant 18 ans, chez Cisco, il a déployé les technologies numériques dédicacées aux métiers spécifiques de nombreuses entreprises. Et, en parallèle, pour le plaisir d’aider de futurs entrepreneurs à concrétiser leurs idées, depuis une dizaine d’années il encadre des starters. « J’ai moi-même beaucoup d’idées, explique-t-il, mais je ne parviens pas toujours à les mettre en place ».

Le projet GesPodo

GESPODODe fil en aiguille, la conversation va se transformer en un véritable projet d’activité. « J’ai commencé à en parler aux podologues de mon réseau, explique Thierry. Il y avait beaucoup d’intérêt mais aussi beaucoup de questions : faut-il vraiment changer nos habitudes, combien cela coûte, qu’a-t-on à y gagner ? ».

En juillet 2016, avec l’arrivée d’un troisième associé – Henri Ruttiens, membre lui aussi du club de plongée – l’équipe crée la SPRL GesPodo et développe, avec un capital de 25.000 euros, une petite activité de fabrication basée sur un scanner 3D. « Après 6 mois d’activités, nous étions arrivés à positionner le service auprès d’une vingtaine de podologues (et plusieurs milliers de patients). Le business model était simple : on installait nos scanners chez les podologues, on récupérait les feuilles de prescription et on réalisait des semelles uniques dédiées aux patients qu’on envoyait ensuite aux podologues ».

Une fois ce premier test marché réussi, les trois hommes ont décidé de procéder à une nouvelle levée de fonds pour se professionnaliser un peu plus encore. Au total, en juillet 2017, c’est une somme de 164.000 € qu’ils vont récolter.

Objectif ? Accélérer le business pour atteindre une masse critique permettant notamment et déjà de verser un salaire à Thierry.

Pour y arriver, le trio s’équipe d’outils professionnels de communication (nouveau site web, mise en place d’un système d’e-commerce, brochures) et se dote de nouvelles compétences pour structurer les finances de la PME. Gespodo va également faire développer de nouvelles solutions IT destinées à lever un frein important à la croissance de l’entreprise : le coût du scanner.

GesPodo: une solution déployée sur mobile

GESPODO« Et si on parvenait à déployer notre solution sur un téléphone mobile ? ». Voilà qui réduirait à néant l’une des principales barrières à l’entrée de ce service innovant. Aussitôt dit…

« On a eu le culot d’aller voir l’une des spin-off les plus prometteuses de la Polytech de Zurich, explique David. Une seule question nous taraudait : des développeurs qui travaillent déjà avec Microsoft, Apple ou encore Google trouveraient-ils de l’intérêt à réaliser un proof of concept (POC) pour une TPE wallonne ?

Finalement ils ont répondu par l’affirmative. Parce qu’on est venu avec un « user case » simple, déjà opérationnel, tout en étant une référence concrète sur un tout petit segment de marché. « Votre projet nous intéresse, nous ont-ils dit, parce qu’il est peu risqué et suffisamment simple à mettre en œuvre ». On s’est fait confiance mutuellement et on a eu raison ».

 

Lorsqu’InnovaTech intervient

C’est en novembre 2017 que le trio rencontre l’un des conseillers technologiques d’InnovaTech à l’occasion d’un évènement Boost4Health. « On s’était rencontrés un jeudi, se souviennent Thierry et David, et le lundi suivant deux conseillers débarquaient dans nos bureaux. Très vite, on a compris qu’ils étaient là pour nous aider à booster nos projets de développement. Les conseillers ont tout de suite mis le doigt sur une série de solutions aux problèmes évoqués, notamment un outil de la Région wallonne, l’avance récupérable, qui arrivait à point nommé pour nous aider à financer le passage du POC à l’outil professionnel ».

« L’avance récupérable, poursuit David, est un outil incroyable mis à disposition des PME innovantes en Wallonie par le gouvernement régional et son administration de la recherche.

Gespodo« Heureusement qu’InnovaTech était là : on ne savait pas qu’on y avait droit, on pensait que c’était réservé aux grandes entreprises et, surtout, on n’était pas sûrs que ce que l’on faisait était bien de la recherche et développement. Votre conseiller nous a non seulement rassuré sur le fait qu’on avait sans doute droit à cette aide – ce que la DGO6 nous a confirmé – mais nous a substantiellement aidé à construire notre dossier ».

Car monter et structurer un dossier de 40 pages n’est pas une mince affaire. « Au-delà du financement – 55% du total des coûts de développement – et de la diminution des risques inhérents à un projet de R&D, construire ce dossier a aussi été une étape importante dans la structuration de notre projet. En nous posant les bonnes questions, votre conseiller nous a vraiment guidés dans la rédaction de la demande d’aide ».

Restait à trouver les 45% restants – la part privée. Le coup de pouce décisif est venu d’un directeur d’ING qui a cru en notre projet et qui a organisé un montage financier avec Wapinvest. « En un mois, on avait clôturé le montage avec l’accord des comités de crédit d’ING. Et l’engagement d’ING et de la DGO6 a achevé de convaincre Wapinvest.

Je n’en reviens toujours pas. C’est juste incroyable : on a eu tous les accords en mars 2018. Sur nos fonds propres et avec les premiers versements d’ING et de Wapinvest, courant mars-avril, on a pu avancer dans le développement du scanner 3D, l’applicatif et le process interne pour mobile et pour la plateforme web. La première tranche de financement de la DGO6 est arrivée en novembre afin de nous permettre d’accélérer les développements algorithmiques et l’intégration web-mobile ».

Next step : de l’intelligence artificielle au service du podologue

gespodoOn a également testé le développement d’algorithmes destinés à la phase suivante : injecter de l’intelligence artificielle dans le scan afin d’obtenir de l’information décisionnelle pour l’utilisateur. Pour y arriver, l’équipe de Gespodo s’est adjoint les services de l’équipe de Vincent Boucher et Michel Herquet, B12 Consulting, à Louvain-la-Neuve. « Ce que j’aime bien chez eux, c’est leur passion pour s’attaquer, grâce aux data sciences, à des problèmes qui n’ont pas encore trouvés de solutions. De plus, et c’était crucial pour GesPodo, les développements sont réalisés sur des algorithmes open source et le code développé par B12 nous appartient. On peut le licencier ».

Et l’avenir ? « On va travailler en mode AGILE / DevOps, par itérations, pour améliorer le produit sur plein d’aspects. Comme il est impossible de breveter des algorithmes, on doit rester les premiers, conserver notre petite longueur d’avance, être les premiers à sortir les next step. Car dans trois ans, tous les mobiles auront des scanners 3D de base. C’est sûr ! Nous, on est déjà un pas plus loin : nous sommes spécialisés dans le scan du pied. La prochaine étape, c’est proposer l’analyse qui aidera le praticien à prendre les meilleures décisions. En récupérant des milliers de données, on va pouvoir analyser le processus métier des podologues de A à Z et, grâce à nos algorithmes, affiner les solutions proposées. »

GesPodo: innover dans le domaine de la prévention

GespodoLe marché, très fragmenté, est réceptif et bouge même s’il ne le fait pas aussi vite qu’espéré: « on est en croissance même si la masse critique n’est pas encore très facile à atteindre compte tenu de nos investissements R&D importants. Mais l’intérêt est là : on est contactés par des orthopédistes, des groupes pharmas, des entrepreneurs qui nous demandent de les aider à concevoir des semelles préventives, des chaussures sur mesure ou des orthèses. Pas mal de portes s’ouvrent à nous. Mais on est bien conscients qu’il faudra faire des choix : si on s’attaque à toutes en même temps, on va exploser en vol. Nous avons décidé d’étudier nos futures cibles avec soin en faisant appel au coaching d’experts des différents secteurs».

« Pour choisir nos cibles, poursuit Thierry Van Meerhaeghe, on balancera toujours entre de la technologie pure et des avancées pratico-pratiques au profit du patient. Au final, cette technologie, c’est au patient qu’elle doit servir. Sinon, cela n’apporte rien à personne ».

De manière plus générale, ajoute David Baudrez, nous sommes les acteurs de la transformation numérique d’une industrie qui, sur ce plan, est restée très longtemps à la traine. Il y va bien sûr de l’intérêt des clients et des patients. Une technologie innovante qui pourrait notamment aider l’industrie à s’intéresser au domaine de la prévention, un domaine que les podologues, faute d’outils, ou d’un cadre législatif trop restrictif n’abordent jamais ».

Comment faire pour conserver un état d’esprit innovant ?

« En restant curieux et à l’affut permanent des développements industriels dans les marchés adjacents» lance David Baudrez. « En restant au contact de nos patients, de nos clients, de notre marché, via internet, les réseaux sociaux, mais pas seulement…, ajoute Thierry Van Meerhaeghe. Dans les forums de podologues, on est sans cesse challengés. Et là, il y a des idées à retirer. En outre, au moins une fois par an depuis que je suis diplômé, je participe à un congrès international. Histoire de voir comment les choses bougent dans le monde anglo-saxon ».

Nous avons l’ambition de prendre un rôle de leader dans la transformation digitale de ce métier. Dès lors, nous investissons dans la dissémination de nos idées novatrices, en participant à des conférences en tant qu’experts dans les différents pays que nous couvrons mais aussi en collaborant avec les instituts de formation. Dernièrement, nous avons initié un Think Tank sur l’avenir de la podologie, regroupant des praticiens et des scientifiques de différents pays.

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir quitté une grosse entreprise pour m’investir à fond dans un projet de start-up, répond David Baudrez. J’ai eu la chance de faire une belle carrière à l’international dans une des meilleures boites technologiques du monde (Cisco), d’être exposé et d’avoir personnellement contribué à la transformation numérique de plusieurs industries et de de grands groupes. Cependant, après 18 ans de loyaux services, j’avais envie de quitter ma zone de confort et de vivre à 100% et au plus près l’expérience de l’entreprenariat, de la création de valeur, et d’emploi. Avec émotionnellement ses hauts et ses bas… »

M’être associé à David, poursuit Thierry Van Meerhaeghe. Cela fait quinze ans que je suis convaincu de la pertinence des outils numériques pour faire avancer le métier. Mais tout seul, c’est juste impossible ».

Et la pire ?

Thierry : « En 2008 déjà, je présentais des solutions numériques lors d’un salon. Je me suis presque fait lyncher. J’étais là trop tôt, avec des technologies pas encore vraiment matures ».

David : « Avoir attendu aussi longtemps avant de franchir le pas et quitter ma cage dorée pour voler de mes propres ailes. »

Votre phrase préférée ?

Thierry : « Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils auraient répondu des chevaux plus rapides ». Henry Ford.

David: « Vision without action is just a dream, action without vision just passes the time, but vision with action can change the world« .  Nelson Mandela.

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