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José Zurstrassen : de Skynet à Keytrade, de MyMicroInvest à Lean Square

Date de publication
16 mars 2018
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José Zurstrassen

Aux jeunes entrepreneurs, il répète ses mantras : « créez de la valeur, créez l’expérience qui amène de la valeur et prenez une partie de cette valeur.

Créez de la valeur, créez l’expérience qui amène de la valeur et prenez une partie de cette valeur. L’erreur est souvent de vendre trop bon marché

A 13 ans, José Zurstrassen vendait déjà ses premiers programmes informatiques. Et pourtant, au début des années ’80, rares sont ceux qui disposent déjà du matériel nécessaire. Et plus encore ceux qui, intuitivement, comprennent que l’informatique jouera un rôle-clé dans le développement des affaires. A Verviers, il doit être le seul et l’un des premiers en Belgique.

Les années 80, il est vrai, ont connu la naissance de la micro-informatique familiale. Elle est apparue opportunément au moment où l’informatique a commencé à bénéficier de la miniaturisation des circuits électroniques (entamée dans les années 70) avec le développement des micro-processeurs.

« J’avais gagné des heures de cours en remportant un concours du magazine Spirou, se souvient-il. Un an plus tard, je proposais mes services à un magasin d’informatique. C’est là que j’ai compris que, si je ne savais faire que très peu de choses, il y en avait deux tout de même qui m’allaient bien : coder et vendre ».

37 ans plus tard, le « petit » Verviétois aura tenu toutes ses promesses. Fondateur de Skynet, de Keytrade Bank, de MyMicroinvest (devenu Spreds, depuis peu) José Zurstrassen dirige aujourd’hui l’accélérateur de start-up Lean Square avec Ben Piquard et Dominique Mangiatordi, notamment. Et continue à (s’) investir dans plusieurs dizaines de start-up à haut potentiel.

Avec une philosophie : il crée, il lance, il revend. Skynet à Belgacom, Keytrade au Crédit Agricole…

José Zurstrassen: « s’occuper des clients »

Très vite, il avait compris que pour passer des « early adopters » à une vague plus massive de clients, l’une des clés était de ne pas ménager ses efforts d’empathie auprès des premiers utilisateurs. C’est un peu d’ailleurs ce qui lui coûtera un redoublement en 5e secondaire. « A force de prendre du temps avec mes clients, j’avais lâché un peu les études. Le résultat a été… inattendu ». Finalement, ce n’était que partie remise : quelques années plus tard, il est diplômé ingénieur commercial (Solvay). Il aurait pu aussi être ingénieur civil en informatique (VUB) mais n’a jamais remis son mémoire. Il ne le sera donc jamais. Mais il sait faire l’essentiel: coder et vendre.

Créer des connexions stables avec Skynet

« A l’université, on avait un ordinateur. Et une connexion stable. Pour rester en contact avec un ami, docteur en informatique aux États-Unis, on avait convenu qu’Internet serait le meilleur moyen d’échange. Mais au début des années ’90, les connexions stables étaient rares. On s’est dit qu’il y avait un business à créer. En Belgique, la place de fournisseur d’accès était à saisir ».

José ZurstrassenEn 1995, il crée Skynet, avec son frère Jean-Guillaume et un ami, Grégoire de Streel, aujourd’hui Business Angels. Avec ce dernier, il va aussi créer Keytrade ou encore Tunz, une start-up active dans le paiement mobile. A leurs côtés, des figures comme le pionnier du Web, Brice Le Blévennec, d’Emakina, E-Merge, le fonds de Laurent Drion (qui participe entre autres aussi dans Ogone, BlueBackup et Internet Vista), et la Compagnie Centrale 1909, une société d’investissement du Groupe Josi et Cobepa.

« Pour les 50, 100 premiers clients de Skynet, on s’est beaucoup investit, en allant physiquement chez eux pour les aider à se connecter. Les connexions étaient encore loin d’être robustes. On y a beaucoup travaillé. Laurent Drion, un investisseur potentiel nous a challengé. Il a fini par rester connecté 36h d’affilée. Convaincu de la robustesse du modèle, il a investi 1,5 million de francs belges dans notre start-up. On a alors pu se donner les moyens techniques pour développer une solution encore plus robuste ».

De 217 clients à 60.000!

Peu à peu, les clients débarquent. A l’époque, 217 clients qui acceptent de prépayer une connexion internet qui coûte tout de même encore fort cher, c’est déjà une jolie réussite. Qui tape dans l’œil de Belgacom. « Ils nous ont choisis parce que notre technologie fonctionnait bien (la connexion aboutissait chaque fois), et que notre système de facturation reposait sur une bonne petite base de données bien faite ». L’entreprise publique prend une participation de 25 % dans le capital. Et distribue la solution dans ses 150 téléboutiques. La start-up passe de 217 clients… à 60.000 !

En 1998, Belgacom franchit le pas et sort un chèque pour acquérir Skynet : « avec un montant qui nous paraissait dingue à l’époque ».

Créer Keytrade pour accéder au Nasdaq

Que faire de tout cet argent ? « On voulait l’investir sur le Nasdaq, deuxième plus important marché d’actions des États-Unis. Mais on s’est vite rendu compte qu’avec les banques traditionnelles, cela ne serait pas facile. Et pourquoi pas une banque sur Internet ? Objectif ? Ils s’expliquent dans le livre de Christine de Bray paru chez EdiPro en mars 2007, “Déclics – Inspirez-vous de l’expérience de 15 créateurs d’entreprises belges!”.

« Keytrade, c’était offrir à nos clients un accès facile au marché. C’est facile de devenir client chez nous, c’est facile de transférer ou de reprendre son argent, c’est facile d’acheter ou vendre des titres. Nous avons tout de suite mis au point un compte multidevises, ce qui évitait d’avoir des comptes différents pour chaque devise. Chez nous, le client avait une vue globale sur ses avoirs. Il pouvait investir instantanément sur les bourses américaines ou européennes, sans aucune intervention humaine, et ce dans différentes langues. Nos prix étaient fixes. En fait, nous offrions tout simplement le service que nous-mêmes souhaitions avoir».

Un business plan sur un carton de bière

José Zurstrassen« Notre business plan, ajoute José Zurstrassen, comme souvent, on l’avait rédigé sur un carton de bière. Mais on a dû se lancer plus vite que prévu. Un journaliste de l’Écho avait eu vent de notre projet et l’a annoncé. A l’époque, notre projet, c’était vraiment un produit minimum viable (MVP). Et même pas encore vraiment viable. Mais bon. Le premier jour, on avait déjà 17 clients qui nous « essayaient pour voir ». Et au bout de 2 mois, on en avait 200. On a encore raffiné le modèle informatique. Durant les allers-retours Bruxelles-Londres en Eurostar, on modifiait sa structure informatique pour la rendre beaucoup plus robuste. Après un an, on en était à 3500 clients ».

Après une entrée en bourse réussie, la jeune société fait l’acquisition de la Banque Commerciale de Bruxelles pour devenir, en 2003, Keytrade Bank. « Mais notre rêve n’était pas de devenir banquier, raconte José Zurstrassen. Quand j’étais petit, je voulais devenir cosmonaute… En 2007, on a revendu nos parts au Crédit Agricole ». Avec, à la clé et à nouveau, un joli pactole. Qu’il réinvestira en partie dans une centaine de start-up.

Les premiers à parler de lean start-up

Des start-up qui retiennent toute son attention. « C’est devenu des classiques mais, à l’époque, on était parmi les premiers à parler de lean start-up, d’agilité, d’adaptation produit-marché, de robustesse… Et d’argent. Les start-up en manquent ? Il co-crée MyMicroInvest en juillet 2011, une plateforme de financement participatif qui va devenir l’une des premières d’Europe. Aux manettes : trois financiers et José Zurstrassen, l’entrepreneur de l’étape.

Une structure qu’il quitte en janvier 2017, pour renforcer sa présence au sein de l’accélérateur de start-ups LeanSquare, créé avec Meusinvest, dont il est président.

Comment a évolué votre métier ?

José ZurstrassenPlace aujourd’hui à de nouvelles start-up et à un métier qu’il a affiné. « Avec Ben Piquard et toute l’équipe, on a réussi, par exemple, à imposer sur la carte européenne le Wallifornia Music Tech et son cortège de start-up musicales européennes. Dès qu’elles se constituent, quelque part en Europe ou même en Nouvelle-Zélande, elles nous appellent. Il est vrai qu’on a eu la chance de se lancer au bon moment, avec les Ardentes et l’opportunité de conclure un deal avec Universal. On est désormais bien installé sur la scène européenne de la Music Tech et on a un fort pouvoir d’attraction. On crée du business et de l’emploi ici».

Il a aussi pris le temps de s’occuper de ses « petits gars », ses deux jeunes garçons – il est également le papa de deux jeunes femmes – encore sous le choc de la disparition de leur maman. Le combat de sa femme contre la maladie l’a rapproché du monde médical – des « gens remarquables » – et des nouvelles approches thérapeutiques (immunothérapie, médecine personnalisée) dans lesquelles il réfléchit à investir.

Aujourd’hui, il relance ses activités économiques. « Je sais toujours coder mais aujourd’hui, je suis surtout un vendeur. Je suis le business developer pour l’Europe d’un groupe indien installé à Singapour, spécialisé dans l’Internet des Objets (IoT) ».

Ils ont développé une montre connectée qui dispose de trois applications :

1. Elle contrôle votre sommeil. Le sommeil, troisième élément déterminant de votre santé après l’activité physique et l’alimentation.
2. Un bouton de sécurité alerte 5 de vos proches en cas de danger.
3. En live, elle identifie les quartiers les plus sûrs pour vous promener.

 

Autre client : cette start-up belge, installée aux USA, collecte auprès de sponsors d’évènements sportifs des invitations à des évènements. Elle les redistribue à ses clients qui auront préalablement remplis une liste d’envie (j’aime le foot, le tennis, la natation). Tout bénéfice pour les passionnés… et pour les sponsors qui ainsi diversifient la qualité et le nombre de leurs prospects.

Gamification et big data font aussi partie de ses sujets de prédilection. « Je suis resté proche des statistiques et du big data. Histoire d’aller chercher la réalité au-delà de l’émotion. Y-a-t-il vraiment de l’appétence pour ce projet ? Existe-t-il un vrai intérêt ? Regardez comment travaille Coca-Cola. Si cela marche, c’est parce que le public a envie de ces boissons sucrées. Sinon, vous pouvez faire toute la publicité que vous voudrez, vous n’en vendrez pas un seul. Bien connaître son public, ses envies, c’est la clé. Pour les start-up, cela veut dire notamment d’avoir de l’empathie pour ses premiers clients, de bien les comprendre et de solutionner vraiment leurs problèmes ».

Aux jeunes entrepreneurs, José Zurstrassen répète ses mantras : « créez de la valeur, créez l’expérience qui amène de la valeur et prenez une partie de cette valeur. L’erreur est souvent de vendre trop bon marché : il faut payer les salaires ».

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

« Se lancer tout de suite comme indépendant. Mais ce n’est pas facile. Comme tout le monde, je ne suis pas bon en administratif. On a déjà obtenu une certaine dose de simplification administrative mais pour les start-up, on pourrait faire beaucoup plus. Dans ces jeunes entreprises à haut potentiel – 90% des emplois sont créés dans les PME en phase de croissance – un tiers du temps est consacré à l’administratif, soit 30h par semaine. Si on pouvait passer à 10 ou 15h, ce serait formidable. Chaque heure libérée pour créer du business, c’est de la valeur ajoutée pour la Wallonie.

La pire ?

On a toujours tort de revendre nos boites. Les entreprises belges doivent rester ancrées sur notre territoire.

Votre phrase préférée ?

« Lancez-vous, faites-le. Et si cela ne marche pas la première fois, ce sera pour la seconde ».

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