inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

Manager ses projets d’innovations avec des bénévoles: le crowdtiming

Date de publication
23 mars 2017
facebook twitter LinkedIn Google Mail Stratégie Print
crowdtiming

Thomas Lambot, un ingénieur belge qui travaille pour la NASA, a piloté la plateforme rLoop pour développer le design d’un « pod » pour le projet Hyperloop d’Elon Musk.

Vous connaissez bien sûr le crowdfunding. Découvrez maintenant le crowdtiming. La différence entre les deux ? Si pour le crowdfunding, on vous demande de contribuer financièrement à l’élaboration d’un projet, avec le crowdtiming, on vous demande simplement un peu de temps. Et un peu de vos compétences. (La revue Athéna y a consacré un dossier (de la page 34 à la page 36) dans son numéro de février 2017. Téléchargez le dossier).

Plus j’investissais du temps et plus j’avais envie d’en investir : c’était passionnant.

crowdtimingDu crowdtiming, Thomas Lambot, un ingénieur Namurois installé avec sa compagne à Mountain View (Californie), aux États-Unis, en a fait durant plusieurs années. Mountain View, cette municipalité qui se trouve au cœur de la Silicon Valley accueille notamment le siège de Google et son Googleplex, la Mozilla Foundation, Creative Commons, les divisions MSN, Hotmail, Xbox et MSNBC de Microsoft, Silicon Graphics, LinkedIn et un centre de recherche de la NASA.

Un environnement qu’il a rejoint après ses études. Diplômé ingénieur mécanicien, spécialisé en aéronautique (UCL, 2011), il a fait sa thèse au Von Karman Institute avant de faire un Master supplémentaire en propulsion à l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (Toulouse). « C’est là-bas que, grâce à un ami louvaniste, j’ai décroché un stage à la NASA Ames Research Center, un centre de recherche actif dans le développement des voilures d’avions, de systèmes de rentrée atmosphérique, de vols hypersoniques, de protections thermiques et de simulateurs de vol ».

« A la fin de mon stage, poursuit Thomas Lambot, ils m’ont proposé de continuer à travailler dans ce centre de recherche, en tant qu’ingénieur en propulsion. J’ai notamment eu l’opportunité de travailler sur un projet DARPA (département de recherche de la défense américaine) complètement fou. Il consistait à développer et à tester une fusée propulsée grâce à un faisceau d’énergies micro-ondes venant du sol ». Après un vol réussi en 2015, le projet s’est arrêté. Cet ingénieur a alors rejoint un autre département de la NASA, appelé « Flight Opportunities ». Il y travaille avec des compagnies aériennes, des chercheurs et des opérateurs de fusées. Objectif ? Donner des ailes à de nouvelles technologies.

RLoop : du crowdtiming pour créer un pod dans le projet Hyperloop

En 2013, l’industriel américain Elon Musk (Tesla, SpaceX, Solar City, OpenAl) imagine le projet Hyperloop. « Il s’agira du cinquième mode de transport, en plus des bateaux, des avions, des voitures et des trains » explique-t-il.

crowdtimingLe principe ? L’Hyperloop consiste en un double tube surélevé dans lequel se déplacent des capsules transportant des voyageurs et/ou des marchandises. L’intérieur du tube est sous basse pression pour limiter les frictions de l’air. Les capsules se déplacent sur un coussin d’air généré à travers de multiples ouvertures sur la base de celles-ci, ce qui réduit encore les frottements. Les capsules sont propulsées par un champ magnétique généré par des moteurs à induction placés à intervalles réguliers à l’intérieur des tubes.

 

En théorie, un tel système installé entre le centre de Los Angeles et le centre de San Francisco permettrait de relier les deux villes en moins de 30 minutes, soit le parcours de 551 kilomètres à plus de 1 102 km/h, plus rapide qu’un avion qui parcourt cette même distance en 35 minutes à la vitesse de 885 km/h.

crowdtimingDeux ans plus tard, au cours de l’été 2015, SpaceX annonce qu’elle va construire une piste d’essai Hyperloop, à son siège de Hawthorne (Californie) et que, dans la foulée, elle organise un « pod design competition » – une compétition autour du design du véhicule qui empruntera l’Hyperloop – ouvert aux étudiants universitaires. Objectif : encourager la recherche sur la faisabilité de la technologie.

Timing : la proposition de pod devait être achevée en février 2016, date à laquelle les équipes présenteraient leurs travaux lors d’un week-end organisé à la Texas A&M University.

« Plus de 1000 personnes ont rejoint notre plateforme à un moment ou à un autre »

crowdtimingC’est via la plateforme Reddit que Thomas va prendre connaissance d’un appel à la collaboration né autour de ce projet. Il découvre le crowdtiming. Plus de 180 équipes s’étaient formées autour de cette compétition. La plupart était composée d’étudiants issus d’universités américaines. Mais l’une ou l’autre s’était formée autour de professionnels. C’était le cas de rLoop.

« Quand j’ai rejoint le groupe rLoop au tout début du projet, se souvient Thomas, c’était vraiment parce que j’avais du temps libre et que je cherchais quelque chose de constructif à faire. Au final, je n’imaginais pas l’ampleur que tout cela allait prendre ». D’autant que Thomas va rapidement prendre le « lead ». « L’organisation était vraiment médiocre et il n’y avait pas de direction technique. Cela allait un peu dans tous les sens, les gens lançaient des idées chacun de leur côté ».

Avec un binôme canadien, Brent Lessard, ingénieur de Toronto, Thomas va piloter l’équipe rLoop. « Brent s’est occupé de la partie non-technique (relation publiques, partenariats, levées de fonds). J’ai pris sur moi d’organiser toute la partie technique. Ce qui supposait: prendre les décisions pour le design, manager les équipes et être sûrs que l’on obtienne un bon produit fini à l’arrivée ».

crowdtimingL’équipe de rLoop, c’était en permanence entre 100 et 200 personnes disponibles sur Slack dont une quarantaine intervenant quotidiennement via internet et les plateformes collaboratives (Google Docs, Trello). Des gens venant de tous les horizons. Ils ont tous les âges : de 13 à 70 ans. Ils viennent des USA, de Suède, d’Inde, d’Italie, d’Allemagne, du Canada, de Hollande, d’Espagne, d’Angleterre, de Suisse, d’Australie, du Brésil, de Chine, des Philippines, de Nouvelle-Zélande, du Niger, … et de Belgique ».

Niveau profils, l’équipe avait de tout : des actifs, des étudiants, des retraités. Mais aussi des artistes, des CEO et des gens sans boulot. On a, par exemple :

  • un vendeur de voitures qui est très bon dans la fabrication et la logistique;
  • un manager qui fait de la paperasse à longueur de journée et qui est excellent en conception technique et usinage de pièce depuis son garage;
  • un écrivain technique qui fait du code embarqué et qui fabrique des pièces en fibre de verre;
  • un technicien qui enregistre des messes et qui est excellent en software et électronique,…

 

Tous ces gens ont du temps libre et/ou des talents inexploités. On essaie vraiment de leur donner un environnement où ils peuvent s’épanouir ».

« RLoop : c’est devenu ma seconde vie »

« Tout mon temps libre y était consacré, poursuit Thomas Lambot. Le matin avant d’aller au boulot, je passais 1h à lire les messages qui avaient été échangés la nuit dans les autres « time zone ». Après le boulot, jusque minuit, je passais mon temps à bosser, soit depuis mon ordinateur, soit (lorsque notre sponsor nous a trouvé un endroit où construire le prototype) sur le site où l’on construisait notre pod. Mes weekends, à l’exception du samedi matin (jour de lessive et de repos), étaient également entièrement consacrés à rLoop. Je suis sorti beaucoup moins, j’ai fait beaucoup moins d’activités annexes. Mais au final, je suis très content d’avoir fait ces sacrifices. Plus j’investissais du temps et plus j’avais envie d’en investir : c’était passionnant. Bien sûr à la fin c’était dur, je pense avoir fait plus de nuits blanches dans les 2 derniers mois que durant tout le reste de ma vie. Mais il fallait que l’on finisse ce que l’on avait commencé. C’était une superbe aventure ».

Le jeu en valait la chandelle. RLoop a été l’une des 22 équipes invitées à la compétition finale. Et c’est la seule équipe non universitaire à avoir réussi à impressionner les ingénieurs de SpaceX, avec un dossier lourd de 200 pages. Tout cela, sans jamais s’être rencontrés avant le week-end organisé à la Texas A&M University. « On a fait la fête dans notre Airbnb lorsqu’on s’est vus pour la première fois ».

Que retenir de cette aventure ?  Je pense qu’il y a deux aspects que l’on a vraiment développés :

« Le premier, c’est la décentralisation totale du travail. RLoop, ce sont des gens qui travaillent partout dans le monde, qui ont des profils complétement différents et que l’on est arrivé à faire bosser ensemble via internet. Cela demande les bons outils, une bonne structure et une bonne manière de manager. Cela demande beaucoup de travail. Cela demande aussi énormément de volonté de la part des bénévoles, car pour beaucoup, c’est un nouveau monde. Énormément d’entreprises sont intéressées par ce système. Mais pour des entreprises très traditionnelles, cela peut être compliqué. Certaines d’entre elles ont du mal à concevoir les relations professionnelles au travers des seules visioconférences.

Mais au final, c’est seulement une nouvelle philosophie à adopter. Elle permet des interactions très efficaces et des résultats très rapides. Pour l’avoir vu en action et en la comparant aux méthodes de travail de compagnies « anciennes » comme la NASA, je pense vraiment que c’est le futur du travail en commun « .

« Le second aspect concerne le « crowdsourced engineering » ou crowdsourcing, c’est-à-dire un management qui consiste à faire appel au public, sur internet, pour résoudre un problème. Technique ou autre. C’est quelque chose de très puissant car même si une entreprise met un point d’honneur à engager des personnes très innovantes, il y a toujours la possibilité qu’il y ait une personne quelque part dans le monde qui ait une très bonne solution à un problème particulier. Une solution à laquelle nos experts n’avaient peut-être pas pensé. Là, tout le jeu est de savoir comment atteindre ces personnes et comment faire pour les attirer à vos côtés, pour vous aider.

On peut les attirer:

  • parce que c’est quelque chose auquel ces personnes croient;
  • parce que c’est un défi qu’elles veulent relever;
  • parce qu’il y a un prix à la clef.

 

L’autre avantage du « crowdsourced engineering » est que l’on peut « bruteforcer » un problème (le résoudre en multipliant les intervenants et en cumulant le travail de chacun). Souvent, les entreprises souhaitent disposer d’employés qui sont capables de faire le travail de deux ou trois personnes à eux seuls, afin de réduire les coûts et d’augmenter l’efficacité personnelle de chacun. Avec le crowdsourcing, il n’y a pas forcément besoin de trouver une personne de ce genre. Vu que l’on a accès à une grande quantité de personnes et de profils différents, même si l’on n’a pas cet expert, il est possible d’activer 10 personnes à la place pour tenter de trouver la solution au problème. C’est une dynamique collaborative très intéressante ».

Quel avenir pour la plateforme rLoop ?

« Je compte poursuivre l’aventure, sur mon temps libre de nouveau. Je crois vraiment au crowdsourced engineering et je pense que cette méthode aura un gros impact sur le futur de l’ingénierie. Notre technologie est en « license creative » : nous possédons la propriété intellectuelle des développements réalisés mais d’autres personnes peuvent construire dessus tant qu’elles ne prétendent pas en être les inventeurs ».

Pour l’instant, Thomas réfléchit à l’avenir de la plateforme, notamment en Europe. Pourquoi ne pas travailler avec des entreprises intéressées ou des universités ? Un étudiant américain qui avait développé des solutions sur la plateforme rLoop a pu se le voir créditer comme s’il avait effectué un stage. « Je trouve cela très malin ».

Envie de participer aux travaux de cette plateforme ? Thomas Lambot recrute d’autres bénévoles. Et, il est aussi à la recherche de grands challenges pour rLoop. « Comme celui sur lequel nous avons travaillé, des choses futuristes et qui aident un peu l’humanité».  N’hésitez pas à le contacter.

Vous désirez vous lancer dans le même genre d’aventures? Les conseillers d’InnovaTech peuvent vous orienter vers des structures ou des personnalités atypiques qui sont prêtes à jouer le jeu.

 

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

Management

Management de l’innovation