inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

MaSTherCell : la voie royale vers l’industrialisation des thérapies cellulaires

Date de publication
10 octobre 2018
facebook twitter LinkedIn Google Mail Santé/Portraits Print
masthercell

MaSTherCell compte aujourd’hui une dizaine de clients, leaders mondiaux dans leur domaine thérapeutique aux Etats-Unis et en Europe.

Son patron, Denis Bedoret, a un parcours atypique. A l’origine, cet étudiant en médecine vétérinaire se destinait à la médecine sportive des chevaux. Après son diplôme, il s’est dirigé vers la recherche, d’abord en médecine sportive équine, puis en réalisant une thèse de doctorat qui visait à mieux comprendre les mécanismes impliqués dans le déclenchement de l’asthme.

En 2009, une fois sa thèse en poche, il a compris, pourtant, qu’il ne poursuivrait pas sa carrière dans le monde académique mais l’opportunité d’un post-doc en immunologie humaine à l’hôpital pédiatrique de la faculté d’Harvard va le conduire à émigrer à Boston, terre de biotech.

Et c’est sur le campus de Boston qu’il va découvrir un monde qu’il ne connaissait pas, celui des sociétés de conseil et de management. En 2011, il rejoint McKinsey où durant trois ans il va suivre les entreprises issues du pharma et du biopharma. « J’ai adoré ce boulot hyper challengeant qui me permettait de découvrir plein de nouveaux projets, de nouveaux défis, de nouvelles complexités. Mais en même temps, je voulais avoir plus de contrôle sur l’implémentation des idées que j’émettais ».

Il va alors rejoindre le staff de Quality Assistance comme Chief Operations Officer  (COO) durant près de trois ans. « Mais j’ai eu envie de piloter un projet où je sentais que nous avions un impact plus concret sur la santé du patient ».

MaSTherCell : la voie royale vers l’industrialisation des thérapies cellulaires

innoflash imagesLes biothérapies innovantes, dont les thérapies cellulaires (qui visent à soigner un organe ou un organisme par l’apport de cellules pour remplacer ou suppléer des cellules défaillantes) sont en plein essor tant pour les maladies rares que pour les maladies fréquentes.

Les besoins à venir vont concerner des dizaines de milliers de patients par an. Or, la production de ces médicaments demeure aujourd’hui complexe et les capacités largement insuffisantes. Industrialiser les procédés de fabrication et de production de ces médicaments et accroitre les capacités de production sont donc des enjeux majeurs à double titre : pour des patients très souvent sans solution thérapeutique alternative mais également pour prendre position sur un marché émergent à fort potentiel et haute valeur ajoutée.

C’est le travail de MaSTherCell, une biotech en pleine croissance depuis sa création et installée dans le Biopark de Gosselies.

C’est Hugues Bultot, un des fondateurs, qui a convaincu Denis Bedoret de rejoindre l’équipe pour l’y remplacer. Hugues Bultot, avec José Castillo, avait déjà fondé Kitozyme et Artelis. Il crée MaSTherCell (« Manufacturing Synergies for Therapeutic Cells ») avec d’autres partenaires en novembre 2011 et Univercells en 2013.

Denis Bedoret se voit proposer le poste de Chief Business and Administration Officer pour la période de transition. Il rejoint donc l’entreprise en octobre 2016 et, en mars 2017, devient en outre le managing director de l’entreprise.

Une entreprise qui a alors connu une croissance très importante. « J’ai repris la succession de Hugues. En moins de 2 années, le personnel est passé de 70 à 130 employés. Et on devrait être 150 à la fin de l’année. Juste pour la Belgique. Nous employons également via la groupe CDMO environ 40 personnes en Corée, 10 personnes en Israël qui s’occupent surtout des développements de solutions technologiques et 3 personnes aux Etats-Unis où nous venons de créer une filiale amenée à connaître un développement très important. En 2017, le chiffre d’affaires de l’entreprise atteignait près de 11 millions d’euros (contre 6 millions en 2016) et présentait déjà des marges satisfaisantes.

Denis Bedoret, general manager de l’entité globale

Denis Bedoret - masthercell

Aujourd’hui, Denis Bedoret est le CEO de l’entreprise pour l’Europe et le General  Manager de l’entité globale qui réunit les différents sites dans le reste du monde, MaSTherCell Global.

MaSTherCell est une société de services (CDMO ou « contract development and manufacturing organization »), une société qui fabrique du matériel pour le compte de clients, dédiée ici à l’industrialisation de thérapies cellulaires.

Son métier ? Produire  des « cellules médicaments » pour la thérapie cellulaire, en particulier en immunothérapie mais également en médecine régénérative.

Sa mission ? Accélérer l’arrivée de leur thérapie sur le marché tout en fournissant un produit répondant à toutes les exigences de qualité de l’industrie et à prix abordable pour les patients et les autorités.

MaSTherCell propose ainsi des services complets allant du développement de procédés à la logistique, en passant par la production GMP et la gestion de la qualité (contrôle qualité et assurance qualité). « Nos activités reposent également sur une infrastructure adaptée, extrêmement flexible et consacrée uniquement à la thérapie cellulaire et génique. Nous occupons 1200m² de salles blanches et de zones de production qui répondent aux exigences GMP (Good Manufacturing Practice) » explique Denis Bedoret.

Finaliser le financement des travaux d’extension de MaSTherCell

Reprise en 2015 par Orgenesis Inc., une biotech d’origine israélienne cotée aux USA sur un marché OTC, dans un premier temps, puis au Nasdaq en mars 2018, MaSTherCell a parallèlement enregistré l’arrivée de la SFPI, la société fédérale de participations et d’investissements, une holding publique fédérale, dans son capital.

Une opération qui s’est réalisée via la conversion d’un prêt en cours d’un million d’euros et l’apport de 4 millions, ce qui permet à la holding publique fédérale de prendre 16,67% de la biotech établie dans le Biopark de Gosselies. « Cet apport nous a permis de finaliser le financement de nos travaux d’extension et en particulier de la nouvelle aile de production, qui nous permet de plus que doubler notre capacité actuelle, passant de 600m² au double. Et même un peu plus.  » explique le CEO Denis Bedoret.

Cet investissement « va renforcer l’ancrage belge de la société et permettre à MaSTherCell, au sein du réseau de CDMO qui est en train d’être créé, de maintenir et de continuer à étendre son centre d’excellence que représente le site de Gosselies », poursuit Denis Bedoret. « L’arrivée de la SFPI est un gage de qualité et de potentiel plus important pour la société. Pour les clients, qui ne peuvent envisager de changer de sous-traitant chaque année, c’est aussi un gage de viabilité et de fiabilité à long terme. »

 

Avec Orgenesis, la biotech carolo participe à la construction d’un réseau global de CDMO, avec des partenaires en Asie (Corée du Sud), au Moyen-Orient (Israël) et bientôt aux USA (en 2018). Pour des raisons de logistique, une société comme MaSTherCell doit être proche de l’endroit où l’on prélève et où l’on injecte les cellules. Le but est d’offrir un service simplifié au client – qui ne doit pas travailler avec des partenaires multiples – et d’assurer à long terme le développement de chaque entité du groupe.

Objectif : doubler l’emploi chez MaSTherCell

Mais le développement de MaSTherCell va bien au-delà de la seule croissance de la société, qui ambitionne de doubler le nombre d’emplois dans les prochaines années. Plusieurs sociétés intéressées par la thérapie cellulaire souhaitent s’installer sur l’Aéropole de Gosselies. Pour que ces sociétés puissent se développer, il faut qu’elles aient accès à un site de production qui leur permette de faire des économies. Car la production en interne est extrêmement chère en processus de certification et en lots.

MaSTherCell compte aujourd’hui une dizaine de clients, leaders mondiaux dans leur domaine thérapeutique (dont son actionnaire), pour moitié aux Etats-Unis, l’autre moitié pour l’Europe (France, Grande-Bretagne, pays nordiques notamment) mais paradoxalement il n’y a pas d’entreprises belges dans la liste. Une situation qui pourrait donc changer.

Comment a évolué votre métier ?

Il y a énormément d’évolutions en cours et de challenges à rapidement relever pour contribuer à faire mûrir cette industrie extrêmement prometteuse. On a vu l’immunothérapie littéralement exploser. En raison notamment de son efficacité clinique incroyable. On enregistre des taux de rémission de l’ordre de 80% pour des cas de cancers considérés comme incurables, comme certaines leucémies.

L’immunothérapie a un coût – on parle de sommes de l’ordre de 500 à 700.000 € – mais dans le domaine du cancer, notamment, le prix doit être relativisé. Et les autorités publiques sont prêtes à intervenir. A terme, il est crucial que l’industrialisation de ces thérapies innovantes permette d’en diminuer les coûts. Et pour cela, il faut des procédés de fabrication qui soient stables et reproductibles en grande série. Une entreprise comme MaSTherCell joue évidemment un rôle direct dans cette diminution des coûts de fabrication. Dans les process de fabrication, on peut voir notamment apparaître l’automatisation complète des lignes de fabrication.

Les progrès de la recherche sont évidemment très importants : certaines thérapies, qui ont démontré une efficacité importante sur des tumeurs liquides (c’est-à-dire du sang), doivent encore démontrer leur efficacité sur des tumeurs solides ou plus difficiles à traiter. Cela permettra d’amener le marché à un niveau de maturité encore plus important mais surtout d’offrir des solutions thérapeutiques révolutionnaires à des cas aujourd’hui considérés incurables.

De notre côté, nous avons aussi connu une évolution importante des mentalités vis-à-vis de l’outsourcing dans le secteur de la thérapie cellulaire. La plupart des acteurs était assez réticents au départ, craignant une perte contrôle sur leur procédés et la confidentialité de celui-ci. Ils ont maintenant compris la valeur ajoutée qu’un partenaire expert pouvait apporter au développement de leurs thérapies. La qualité du service est un élément déterminant et MaSTherCell a pu se différencier de ses concurrents grâce à son niveau d’expertise, l’excellence des dispositifs GMP mis en place et sa vision de l’industrialisation.  De plus, nos investissement récents ont permis et vont continuer à permettre de convaincre les laboratoires de faire appel à nos services lorsqu’ils seront en phase 3 d’essais cliniques et en phase commerciale.

Comment parvenez-vous à motiver vos équipes à conserver un état d’esprit innovant ?

équipe masthercellPar nature, ils ont cet état d’esprit innovant et créatif. Ce sont des scientifiques. Mais bien entendu c’est aussi de ma responsabilité qu’ils le conservent. La culture d’entreprise chez MaSTherCell est très participative et collaborative. On stimule l’idée d’où qu’elle vienne. Je suis vraiment opposé à l’idée que les innovations ne proviennent que des équipes R&D ou n’est centralisée que chez quelques personnes. Ce qui équivaudrait à dire que les autres n’ont plus le droit de réfléchir. J’encourage au contraire la créativité au sein de l’ensemble du personnel. Une idée peut donc évidemment venir de tout le monde. C’est ensuite au leadership à les évaluer, les structurer, les prioriser et allouer les ressources pour les faire aboutir

De plus, les gestionnaires de projets et les responsables techniques ont l’occasion de participer aux conférences organisées autour de notre métier, mais ils ont, ainsi que les différents experts impliqués sur les projets l’occasion d’entretenir un maximum de relations clients. Il est également très utile lorsqu’un projet client démarre de réunir l’équipe et lui présenter le projet dans son ensemble : quels sont les objectifs du client, qui est-il, quels sont les principaux challenges à relever pour l’aider, quel est l’impact clinique attendu ?

Idéalement, nous proposons aux clients de venir participer à ce lancement et nous essayons de garder le personnel impliqué dans cette relation tout au long du process. C’est important pour nous que tout le monde se sente partie intégrante de l’équipe avec le client. Cela stimule l’engagement. Nous cherchons toujours à établir un partenariat collaboratif et à long terme avec nos clients pour qui nous devenons de vrais partenaires de confiance.

Quel a été votre dernier défi technologique ?

Il y en a beaucoup. Celui qui nous occupe aujourd’hui, c’est par exemple le défi du remplissage final de nombreuses doses pour les produits allogéniques (lorsque le donneur et le receveur de cellules sont des personnes distinctes). Les process ont très bien évolué passant de quelques dizaines de doses sur certains produits à plusieurs centaines aujourd’hui qui doivent être préparées dans un délai très court.

A l’heure actuelle, nous parvenons à gérer cet aspect en travaillant une plateforme de remplissage semi-automatique développée par Aseptic Technologies (Les Isnes) . En parallèle, nous continuons à améliorer les procédés de fabrication, ce qui nous permettra d’atteindre plusieurs milliers de doses produites par lot. Le défi sera alors de passer à l’automatisation complète et ce challenge est particulièrement délicat dans notre cas puisque cette plateforme devra être suffisamment flexible que pour pouvoir s’adapter à des produits et des procédés différents. Ce défi-là exige une hyper agilité, une très grande flexibilité dans un univers soumis à plein de contraintes y compris réglementaires. Nous nous y préparons en réfléchissant avec différents partenaires et nous examinerons différents scénarios pour les prochains mois.

Votre meilleure décision professionnelle ?

Professionnellement, d’avoir rejoint McKinsey : sur le plan des compétences, cela m’a enrichi. Et cela m’a ouvert les yeux sur les innombrables opportunités qui jalonnent un parcours professionnel. Et j’essaie de tirer profit de cette expérience intense et enrichissante pour continuer à évoluer.

Sur le plan de Masthercell, de manière générale, j’essaie de travailler en faisant confiance à mes équipes, en créant un consensus autour des décisions que l’on prend. Ce ne sera pas forcément la décision dernier carat mais ce sera une décision rapide et efficace en laquelle tout le monde croit. Pour moi, cela en fait une solution optimale

Et la pire ?

Je ne regarde jamais le passé, en tous cas pas de cette manière-là. J’essaie d’apprendre de mes erreurs et j’aime bien ce qu’ a dit Nelson Mandela à ce propos.

Votre phrase préférée ?

« Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends » (Nelson Mandela)  que j’adapte souvent en « je n’échoue jamais, soit je réussis, soit j’apprends »

Pour ne rater aucune opportunité, inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire : vous y trouverez l’agenda des évènements technologiques, des opportunités de financements, des portraits d’entrepreneurs, des news ou encore des innovations wallonnes.

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

Management

Management de l’innovation