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Michel Detheux va faire grandir iTeos à Boston

Date de publication
14 septembre 2018
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Michel Detheux

Le patron de la biotech de Gosselies, spécialisée en immuno-oncologie, a levé 64 millions d’€ pour développer ses activités en Belgique et aux USA.

Ce qui est important, c’est qu’il y ait plus de Marc Coucke, d’Ablynx, de Galapagos, d’Argenx, plus d’Ogeda, de Celyad et de Mithra en Wallonie, en Belgique, en Europe.

Michel DetheuxAprès une thèse en biochimie, un premier post-doc à Glasgow, un second durant son service militaire, quinze années d’expérience chez Euroscreen (Ogeda) et la création d’une entreprise active en immuno-oncologie, Michel Detheux, bioingénieur d’origine liégeoise (UCL, 1989), s’apprête à démarrer une seconde vie, à Boston.

A 52 ans, il a rejoint la capitale mondiale des biotechs, avec son épouse et trois de ses six enfants.

C’est que le patron d’iTeos Therapeutics (Gosselies), une spin-off de l’UCL (Institut de Duve) et du Ludwig Institute for Cancer Research (LICR)  vient de collecter 64 millions d’euros, signant l’une des levées de fonds les plus importantes jamais réalisées pour une société biotech au stade préclinique en Europe.

Le consortium d’investisseurs, mené par MPM Capital (Etats-Unis) avec HBM Partners (Suisse) et 6 Dimensions Capital (Chine) – pesant chacun 1,5 milliard de dollars – permet à Michel Detheux et ses équipes de développer une filiale d’iTeos aux USA. « Nos actionnaires historiques belges nous ont suivi dans cette nouvelle levée de capitaux ».

Michel Detheux: « Il faut être à Boston »

« Dans le domaine de l’immuno-oncologie, c’est à Boston qu’il faut être, poursuit Michel Detheux. Pour une raison simple : en Europe, on comptabilise à peu près 2000 sociétés de biotech. Elles sont 1500 dans Boston et son agglomération. Si vous voulez vous développer et devenir un acteur de classe mondiale, vous devez être présent là-bas ».

Car Boston et son agglomération, c’est le MIT et Harvard ainsi que les plus gros investisseurs spécialisés dans les biotechs, les banques expertes dans ce domaine et des sociétés pharmaceutiques localisées sur un rayon de 200 km. Un écosystème qui va donner une nouvelle dimension à l’entreprise carolo même si son siège social et ses 40 employés resteront à Gosselies. Et qu’il n’y aura pas d’overlap entre les deux structures.

L’équipe aux Etats-Unis – pilotée par Michel Detheux, un nouveau CSO (Chief Scientific Officer) et une équipe clinique pilotée par un nouveau CMO (Chief Medical Officer) – va être chargée d’assurer la gestion des essais cliniques aux USA et la visibilité de l’entreprise pour la préparation d’un futur tour de financement. Un financement qui pourrait se faire sous forme d’une IPO (introduction en bourse) ou d’une collaboration stratégique avec une ou des entreprises pharmaceutiques.

Objectif : financer les tests cliniques du programme phare d’iTeos qui cible un récepteur appelé adénosine A2A (tumeurs du poumon, de la vessie, du rein, de la peau), et poursuivre les développements du second programme qui travaille autour d’un anticorps dirigé contre un régulateur de la réponse immunitaire appelé TIGIT (cancers du sang).

Comment a évolué votre métier ?

Michel DetheuxAprès mon départ d’Euroscreen, j’ai cofondé iTeos Therapeutics avec le professeur Benoit Van Den Eynde, de l’Institut de Duve. Objectif ? Sauver des vies.

Aujourd’hui, un homme sur trois et une femme sur quatre souffrent ou souffriront d’un cancer. Dans 10 ans, ces proportions évolueront à un homme sur deux et à une femme sur trois. Les progrès de la recherche en oncologie sont importants mais nous n’en sommes toujours pas au stade de la guérison. On transforme aujourd’hui le cancer en maladie chronique qu’on gère le plus longtemps possible.

Michel DetheuxAprès la chimiothérapie, la radiothérapie, les thérapies ciblées dans les années ‘90, l’immunothérapie a nourri énormément d’espoirs dans la communauté scientifique. En 2012, les oncologues espéraient soigner tout le monde grâce à l’immuno-oncologie, une thérapie qui vise à rééduquer le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et puisse attaquer la tumeur.

La vérité, c’est que les mécanismes mis en œuvre par les tumeurs sont bien plus complexes qu’on ne le croyait et qu’actuellement, cette approche thérapeutique donne des réponses positive chez 20 à 50% « seulement » des patients. Certains cancers – celui de la prostate et celui du sein notamment – répondent beaucoup moins bien au traitement que le cancer de la peau ou des poumons.

Si les applications thérapeutiques de ces traitements restent encore limitées, c’est notamment parce que les tumeurs mettent en place des mécanismes qui leur permettent d’échapper au système immunitaire.

Michel Detheux veut vaincre l’immunosuppression

La mission d’iTeos est précisément de développer des traitements immunomodulateurs pour vaincre l’immunosuppression.

Avec le soutien financier d’actionnaires historiques – la Région wallonne, le LICR, VIVES Louvain Technology Fund, Fund+, la SRIW ou encore des investisseurs privés comme Pierre Drion – l’entreprise a été créée en 2012.

« En 2011, explique Michel Detheux, il existait peu de sociétés actives en immuno-oncologie. Aujourd’hui, Il en existe des centaines, dont certains acteurs belges comme Celyad.

Pour nous différencier, à partir du savoir-faire de l’institut De Duve et de l’Institut Ludwig pour la recherche sur le cancer, nous avons développé une expertise qui nous permet d’identifier des mécanismes mis en place par les tumeurs pour échapper au système immunitaire. On cible ce qu’on appelle le micro-environnement tumoral.

Nous avons ciblé ces mécanismes avec des approches et une stratégie qui nous permettent de développer des médicaments supérieurs à ceux développés par nos compétiteurs. C’est plus un savoir-faire qu’une technologie.

Comment faites-vous pour maintenir un état d’esprit innovant ?

Michel DetheuxC’est d’abord le fait de l’équipe. Sur une quarantaine d’équivalent temps-plein, elle est constituée de 35 scientifiques dont 24 docteurs. Ils ont la responsabilité de conserver et de mettre à jours leurs connaissances. L’idée, c’est d’attirer des talents : notre vice-président corporate, Mohamed Ragab, vient de chez BMS.

Le nouveau CSO qui nous a rejoint dans nos nouveaux locaux de Boston a lui-même plus de 30 ans d’expertise dans ce domaine et est très connecté à l’écosystème biotech du Massachusetts. Et je bouge là-bas car l’information stratégique y circule bien plus vite.

Il y a un véritable effet d’entrainement. C’est un microcosme : on y retrouve de plus en plus d’experts et d’expertises. La masse critique s’amplifie et entraine l’apparition récurrente de nouveaux acteurs. C’est très stimulant.

En même temps, on continue bien sûr à travailler avec des acteurs belges et européens. Notre QG reste ici, on continue à investir massivement dans notre portefeuille préclinique, le design des molécules continuera à être réalisé à Gosselies. Je suis très fier d’être Belge mais, à un moment, il faut avoir les moyens de devenir un acteur de classe mondiale.

Car, à Boston, je n’ai pas seulement trouvé un investisseur de référence. J’y trouve aussi de la « smart money ». Ainsi très rapidement, mon conseil d’administration américain a pu m’aider à mettre en place un comité clinique de tout premier plan. Cela permet d’y arriver plus vite et d’être plus compétitif.

Quel a été votre dernier défi technologique ?

Michel DetheuxTechniquement, A2A présentait un problème de solubilité. On a dû travailler sur la formulation adéquate pour que la molécule soit la plus efficace possible. L’autre défi, c’est de préparer toute la documentation pour les essais cliniques qui devraient avoir lieu en fin d’année, en Belgique.

Un 3e challenge qui m’a occupé ces douze derniers mois: l’arrêt de notre collaboration stratégique avec Pfizer démarrée en décembre 2014. iTeos avait donné en licence ses premiers candidats précliniques, ciblant notamment IDO1, pour une somme de 24 millions d’euros et des paiements supplémentaires.

Pfizer prenait en charge le développement et la commercialisation de ce candidat médicament. En parallèle, nous avons collaboré à la découverte et la validation de nouvelles cibles qui jouent un rôle clé dans la capacité des tumeurs à supprimer la réponse immunitaire. Ces nouvelles cibles devaient être partagées par iTeos et Pfizer pour être développées individuellement ou en collaboration.

Tout se passait bien jusqu’en décembre 2017 lorsque Pfizer a choisi de réviser totalement sa stratégie et d’abandonner notre programme IDO1 arrivé en phase 1. De plus, l’un de nos compétiteurs a mis un terme à 8 essais cliniques en phase 3 pour IDO1 à cause de résultats négatifs. Dans le monde des pharmas, l’annonce a fait l’effet d’une bombe.

Tout cela au moment où on négociait notre nouvelle levée de fonds de 64 millions. J’ai dû convaincre nos investisseurs qu’iTeos avait un portefeuille suffisamment attractif et varié pour continuer à développer des programmes prometteurs au-delà d’IDO1.

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

Me lancer dans la création d’une entreprise alors que c’était confortable de travailler chez Ogeda. De 2006 à 2010, j’y ai fondé et géré Euroscreen Fast, un business unit de l’entreprise avant de devenir partenaire à l’Institut Ludwig pour la Recherche contre le Cancer.

Beaucoup pensaient que c’était une folie, que j’allais le regretter. Pour moi, ce qui compte, c’est de créer de la valeur dans sa région. Ce qui est important, c’est qu’il y ait plus de Marc Coucke, d’Ablynx, de Galapagos, d’Argenx, plus d’Ogeda, de Celyad et de Mithra en Wallonie, en Belgique, en Europe.

Et la pire ?

Le deal avec Pfizer. Cette collaboration nous a apporté énormément mais on l’a faite trop tôt. Cela m’a servi de leçon. Lorsque l’un des tops 5 mondiaux parmi les groupes pharma est venu nous faire une offre faramineuse pour A2A, j’ai recommandé au CA de décliner et de plutôt choisir l’augmentation de capital .

Votre phrase préférée ?

J’en ai deux. « L’union fait la force » et « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (Le Cid, Pierre Corneille). Il est important d’avoir un réalisme ambitieux.

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