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Michel Hauzeur: de la sidérurgie au contrôle de qualité automatisé

Date de publication
27 avril 2018
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Michel Hauzeur

En rachetant une technologie à l’ex Dassault Électronique, il a été l’un des pionniers à lancer une technique évoluée de contrôle de qualité par vision.

Il fallait rendre les ordinateurs plus intelligents, donc leur donner des yeux pour voir.

Michel HauzeurIngénieur civil (Louvain, 1964), Michel Hauzeur (au centre, entouré par ses deux fils) aura participé activement aux développements technologiques de la sidérurgie wallonne, de 1964 à 1989 et au maintien de sa compétitivité pendant de nombreuses années.

Il a démarré sa carrière chez Hainaut-Sambre (qui fusionna par la suite avec l’entreprise liégeoise Cockerill-Providence en 1981, pour former Cockerill-Sambre). Il débute au département métallurgique de Hainaut-Sambre: c’est là qu’il mit au point une technique de soudage de fers à béton. Une technologie qui se concrétisera par la conception et la réalisation d’une ligne de production de treillis soudés lourds (16 mm x 14 mm) avec pieds supports soudés. Cette innovation a largement contribué à faciliter la réalisation de notre réseau d’autoroutes belges de l’époque qui était moitié asphalte et moitié béton continu.

Première coulée continue

En tant que chef de projet, Michel Hauzeur a également pris en charge la réalisation de la première coulée continue à Montignies-sur-Sambre, une coulée destinée à alimenter le train à bandes de Carlam. Il fut par la suite, entre autres, chargé par la direction d’étudier l’extension de la sidérurgie de Charleroi vers le laminage à froid. La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) n’a toutefois jamais donné son feu vert à cette évolution vers l’aval de l’acier.

La ligne de décaperie de la Praye Sud

Une carrière de 20 ans dans la technique en sidérurgie qui se clôturera par un dernier projet : la construction en site neuf ainsi que la mise en service d’une toute nouvelle entité de production, la ligne de décaperie de la Praye Sud.

Inaugurée en 1982, cette ligne de production ultra moderne pour l’époque était destinée à fournir des bobines de tôles à chaud décapées de qualité. Très automatisée, elle disposait notamment d’un stockage de bobines. Dans cet espace de 7 étages desservis par ascenseurs,  des bobines de 35T circulaient sur chariots robotisés porteurs. Une ligne qui sera démontée par ArcelorMittal fin 2014.

Diplômé également en management (Saint-Louis, 1982), Michel Hauzeur va clôturer sa carrière de sidérurgiste après avoir pris,  pendant 5 ans, des responsabilités dans le secteur commercial de la sidérurgie.

ILB-25: « donner aux ordinateurs des yeux pour voir »

Michel HauzeurCe « profil de bâtisseur« , qui avait anticipé le déclin de la sidérurgie et qui refusait de se voir contraint un jour d’être prépensionné, a alors décidé de franchir le pas et de devenir indépendant. Épaulé par son épouse, ils ont ensemble lancé plusieurs actions dans le trading et dans les activités de service.

Parallèlement, Michel Hauzeur, fort de son expérience industrielle, a très tôt identifié l’importance croissante de la vision dans l’industrie. Son objectif va rapidement être celui-ci: atteindre un niveau de performance qualité optimisé. Il fallait, dit-il, « rendre les ordinateurs plus intelligents, donc leur donner des yeux pour voir ». Dans ce challenge, il va être rejoint par ses deux fils, tous deux ingénieurs industriels.

En avril 1994, il créera Rovi-Tech (Aiseau-Presles). L’entreprise avait pour ambition d’automatiser les contrôles de qualité grâce à la vision. C’est au hasard d’une rencontre avec un directeur de Dassault-Electronique sur un salon qu’il a pu découvrir une technologie vision d’avant-garde pour l’époque, l’ILB 25 (Image learning box). Et c’est sur base de ce produit qu’il va démarrer sa seconde vie professionnelle. Cette fois dans un domaine encore peu connu du monde industriel du début des années 90 : la vision industrielle.

ILB-25 : un système de vision révolutionnaire pour l’époque

ILB-25 avait été développé par Dassault-Electronique (aujourd’hui Thales) sur base d’un corrélateur neuronal développé par la société américaine NESTOR Inc. Gros avantage: la possibilité de fonctionner sur base d’un apprentissage.

Dassault-Electronique avait mis beaucoup de moyens dans le développement de ce produit et fondait beaucoup d’espoir sur celui-ci. Mais n’est pas intégrateur qui veut: Dassault-Electronique l’a d’ailleurs vite compris. Pour néanmoins donner à cette technologie une seconde vie dans le monde industriel, le groupe français a alors choisi de la vendre à Rovi-Tech. L’entreprise d’Aiseau-Presles paraissait seule en mesure de la mettre en oeuvre.

C’est en 1996 qu’une proposition de rachat de la technologie fut faite à Michel Hauzeur, avec un transfert associé de la licence neuronale intégrée d’origine américaine, brevet pris par NESTOR Inc. Des négociations qui ont abouti un an plus tard: Michel Hauzeur a pu acquérir ILB-25 grâce à l’aide financière de la Région wallonne dans le cadre d’Aquitech, une aide au transfert de technologie qui n’existe plus aujourd’hui.

ILB-25 transféré sur PC

Fin 2002, après une année de développement, Rovi-Tech a transféré sur une base PC toute la technologie de l’ILB-25 qui fonctionnait jusque-là sur une base d’un microprocesseur Motorola. Ce passage au PC fut un évènement majeur. Il a permis à l’entreprise carolo de pouvoir plus facilement faire évoluer le produit. Débarrassé des contraintes du hardware, Michel Hauzeur a pu faire évoluer la technologie vision de l’ILB-25 en restant sur le concept de traitement vectoriel bien adapté au neuronal. Fini le temps des développements basés sur un mode classique de traitement binaire d’informations fonctionnant sur seuil et tolérances.

Un système de traitement d’image haut de gamme.

Michel HauzeurLe passage au PC fut un tournant significatif dans l’évolution de l’ILB-25, évolution qui s’est poursuivie par la suite d’année en année. Ce produit ILB-25 est conçu en plateforme ouverte pour permettre de s’enrichir de fonctionnalités nouvelles tout en s’efforçant de rester simple et de permettre au client de pouvoir lui-même adapter son fonctionnement en retravaillant les images sur son PC de bureau.

Du contrôle de capsules à la lecture de caractères sur des carcasses de porcs, de la traçabilité de produits cosmétiques au tri de bouteilles plastiques recyclées (par spectrophotométrie), cette technologie est en mesure d’apporter des solutions dans tous les secteurs industriels.

Tout client se présentant avec une requête spécifique se voit donc proposer une étude de faisabilité, question d’éviter tout risque d’erreur de choix technique. L’entreprise se charge ensuite de dégager la meilleure solution de contrôle de qualité, soit en son propre laboratoire optique, soit directement par des tests sur la ligne de production. Un service encore renforcé par des compétences étendues en matière de prototypage, d’analyses spectrales, de lecture de caractères et d’éclairage spécifique.

Construction de machines en partenariat

Michel HauzeurCes dernières années, Rovi-Tech a même élargi son champ d’activité à la construction de machines ‘’stand alone’’ en contrôles et tris divers à base vision. Dans ce créneau de machines spéciales, Rovi-Tech travaille plus particulièrement en tant que maître d’œuvre avec son partenaire sous-traitant, la société De Simone.

Cette extension d’activités avec De Simone pour la partie mécanique a permis de développer des machines spéciales dans des produits de marchés de niches tels que :

– le contrôle qualité de galets de roulement pour réacteurs et turbines chez SKF,
– les ébrèches sur lames de couteaux à bois chez CERATIZIT au Luxembourg,
– les ébrèches sur outils de coupe chez CERATIZIT,
– l’inspection à haute cadence (600/sec) de billes semi-transparentes de 3.5 mm de diamètre remplies d’un sirop (28 machines fournies à ce jour).

Pâtisseries et fromages

 

Michel HauzeurCe sont aussi des réalisations de Rovi-Tech qui assurent le tri de caisses en plastique chez une grande enseigne belge, qui contrôlent la conformité de gâteaux chez un grand producteur européen et qui contrôlent les défauts de forme et les défauts cosmétiques chez un grand fromager français pour ne citer que ceux-là.

Rovi-Tech a d’autre part conclu un accord de partenariat avec la société INDUSYS, leader mondial pour ce qui est de la fabrication de machines à produire des cartouches de chasse. Rovi-Tech y incorpore la vision pour les contrôles dimensionnels, les contrôles d’aspect et de conformité et cela à une cadence de 420 coups/minute.

Comment évolue votre métier ?

Michel Hauzeur et son épouse ont décidé de mettre en place, avec leurs deux fils, un mode de direction collégiale à quatre administrateurs.

« Mes deux fils qui ont, sur plus de vingt ans, accumulé un savoir-faire important en vision, assurent de leur côté et en partage la gestion journalière de la société. Pour ma part, je m’occupe plus particulièrement désormais de tout ce qui touche à la stratégie, aux développements techniques et aux innovations ciblées. Je reste attentif au suivi des projets en tant qu’observateur et conseiller, bref je me cantonne davantage dans le rôle de ma fonction de président de société ».

Michel Hauzeur insiste sur le fait que dans une société technologique comme Rovi-Tech, il est important de garder au moins 30 % d’activités en R &D pour conserver son avance technologique.  « Cela permet d’ouvrir des portes dans nombre de secteurs et de ne pas se réveiller un jour en constatant être totalement dépassé ».

L’entreprise qui emploie 13 personnes affiche un chiffre d’affaires de l’ordre de 4 millions d’euros.

Rovi-Tech s’interroge bien entendu sur la stratégie à tenir à long terme dans un monde qui évolue techniquement presque trop vite. « Il faut donc trouver de jour en jour des solutions pour d’une part valoriser ses acquis et d’autre part faire les bons choix dans la sélection des développements techniques demandés par les clients en ayant conscience que nos concurrents évoluent aussi ».

Comment conserver un état d’esprit innovant ?

Chaque problème, pour être résolu, demande une forte dose de créativité et de savoir-faire. Avec leurs expériences respectives, les dirigeants de Rovi-Tech sont en mesure de se positionner comme des experts. Des experts capables de conseiller des industriels sur la conception des lignes de production afin de ne pas négliger l’aspect qualité et les aider en ce qui concerne les aménagements à apporter aux lignes existantes pour tout ce qui touche à la qualité. Il y a à ce jour trop d’échecs en vision suite à des solutions mal pensées, confiées à des sociétés non expérimentées mais au message commercial percutant.

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir racheté l’IBL-25 à Dassault-Electronique.

Et la pire ?

Nous n’avons pas connu d’échecs en tant que tel. Mais je me souviens d’un client qui, de bonne foi, avait omis de nous faire part d’une donnée essentielle. Ce qui nous a conduit à nous rendre compte, lors de la mise en service, que la vision ne pouvait fonctionner. Elle était en effet alimentée par des produits venant de plusieurs machines dont les paramètres de fonctionnement étaient différents et de plus évoluant selon l’usure des outils.

Vos phrases préférées ?

Il faut être capable de rester souple, de pouvoir s’adapter. Les choses vont tellement vite. Je suis comme un chien qui renifle une piste pour savoir vers où il faut aller. Si vous êtes trop rigide et si vous vous êtes confiné dans une voie sans sortie latérale, cela peut vous conduire à l’impasse.

La réussite d’une installation de contrôle de qualité, c’est le résultat d’un travail en esprit de partenariat avec le client. Ce n’est pas toujours simple car productivité et qualité sont deux notions différentes dont la cohabitation est difficile mais incontournable. Mes voyages au Japon m’ont permis de découvrir le concept du TAIJI appliqué à l’industrie.

La réussite est dans la complémentarité bien comprise : l’eau et le feu ont leurs propriétés et avantages propres. Mais mélangés, il ne reste rien d’exploitable, vous avez alors tout perdu.

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