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Partenariat technologique : défi et recours face au Covid-19

Date de publication
14 avril 2020
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Partenariat technologique : défi et recours face au Covid-19

Les partenariats en temps de crise se multiplient: l’urgence a permis de lever certains des freins habituels à ce type de collaboration.

Il est temps de s’engager dans une réflexion en vue d’accroitre le nombre de PMEs wallonnes s’engageant dans une démarche d’innovation technologie en partenariat ou non.

Aubin de PerthuisLes PMEs wallonnes ont parfois du mal avec la notion de partenariat technologique, explique notre juriste, Aubin de Perthuis.

Trop long à mettre en place, trop compliqué à gérer, il implique avant tout une collaboration avec un tiers externe à l’entreprise. Ce tiers peut être un industriel du même secteur ou d’un secteur différent mais aussi un centre de recherche, une université ou un autre acteur local ou étranger.

Si on y ajoute les différences culturelles, les questions juridiques (notamment de confidentialité et de propriété intellectuelle) et les enjeux financiers (exploitation exclusive, séparée ou commune des résultats, accord de licence), un entrepreneur peut légitimement penser n’avoir ni le temps ni les moyens pour s’engager dans une telle démarche.

La crise sanitaire provoquée par le Covid-19 nous a rappelé l’objectif premier d’un tel partenariat : répondre à un besoin technique.

L’urgence y joue évidemment un rôle fondamental et a permis de lever certains des freins habituels à ce type de collaboration.

Tout savoir sur la partenariat technologique: les points d’attention

Au-delà de cet élément d’urgence, il y a peut-être quelques leçons à tirer au profit des PMEs des coopérations mises en place et révélées par la presse ces dernières semaines.

Le nouvel usage du masque Easybreath de Decathlon

Partenariat technologique : défi et recours face au Covid-19Il s’agit d’un exemple particulièrement emblématique, celui d’une alliance entre un designer industriel, le corps médical et une grande enseigne de distribution.

Comme le raconte elle-même la société italienne de design industriel Isinnova sur son site internet, celle-ci fabriquait déjà des valves d’urgence à l’aide d’un processus d’impression 3D lorsqu’elle a été contactée par le docteur Renato Favero, ancien médecin chef à l’hôpital Gardone Valtrompia.

Celui-ci avait eu l’idée de transformer un masque de plongée, le masque Easybreath de Decathlon, en masque de ventilation en pression positive continue afin de répondre à la pénurie de tels masques.

Contactée, l’enseigne française de distribution a immédiatement accepté de coopérer avec Isinnova en fournissant les fichiers CAO (de conception assistée par ordinateur) de son masque.

Le produit a ensuite été démonté et étudié afin de déterminer les modifications à y apporter. Un nouveau composant a été conçu par le designer industriel italien pour permettre la connexion au respirateur. Le prototype a été testé avec succès en à peine une semaine au sein d’un établissement hospitalier. Ni le masque ni la pièce obtenue par impression 3D ne sont certifiés et, comme le précise Isinnova, leur usage doit être réservé à une situation d’urgence et de nécessité absolue.

Modèle d’innovation frugale

innovation frugaleModèle d’innovation frugale, la réponse à un besoin technique a été ici apportée par l’adaptation d’un produit grand public et disponible à un prix économique.

Cela souligne l’importance de commencer par un bon état de la technique existante. Trop souvent, l’entrepreneur, a fortiori s’il est lui-même ingénieur de formation, se concentre sur sa solution technique, issue de sa propre réflexion, sans s’interroger véritablement sur l’existence d’alternatives à celle-ci, déjà présentes sur le marché et améliorables.

Or, de très nombreux outils de recherche, à la fois dans les bases de données de brevets et dans la littérature technique et scientifique, permettent aujourd’hui d’obtenir rapidement un premier état de l’art.

On complétera cette première démarche par l’utilisation de plateformes technologiques où des entreprises et des acteurs de la recherche émettent des besoins ou proposent des solutions. L’une des plus importantes et d’un accès gratuit pour les PMEs wallonnes est la plateforme technologique du réseau Entreprise Europe Network .

Mis en place et financé par la Commission européenne, ce réseau regroupe 600 organisations de plus de 60 pays, principalement européens. Intégrés dans des organisations locales ou régionales, les points de contact wallons du réseau fournissent une large gamme de services aux PMEs dont la possibilité d’émettre des offres ou des demandes de technologie ou de business et de mettre en place des veilles technologiques. Des opportunités spécifiques à la crise actuelle sont ainsi répertoriées sur le site .

De nombreuses initiatives wallonnes

Partenariat technologique : défi et recours face au Covid-19La situation d’urgence sanitaire créée par le Covid-19 a également entraîné une série de partenariats technologiques en Wallonie. Ces initiatives sont facilitées par un écosystème fécond en activité de recherche et développement, notamment dans les secteurs couverts par les 6 pôles de compétitivité.

Fédérant les acteurs du secteur des biotechnologies et de la santé, le Pôle Biowin a justement mis en place une plateforme centralisant toutes les initiatives régionales et nationales autour de 6 problématiques :

  • le développement de nouvelles techniques de dépistage,
  • le développement de nouveaux traitements,
  • la production de respirateurs,
  • la production de gel hydroalcoolique,
  • la production de masques et de protections individuelles
  • des nouvelles sources de financement.

 

Le projet Breath4Life

Partenariat technologique : défi et recours face au Covid-19Parmi ces initiatives, on citera le projet « Breath4Life » porté par des ingénieurs de UCLouvain et regroupant un très grand nombre d’acteurs, principalement du monde médical et de l’industrie. A but non lucratif, le projet vise à concevoir et produire à bas prix des respirateurs artificiels permettant de traiter les patients les 48 à 72 premières heures de la ventilation.

Ce projet est né d’une discussion informelle entre chercheurs et médecins à propos du projet de respirateur open source du MIT (E-Vent). C’est l’OpenHub de Louvain qui coordonne la partie R&D et design. C’est la société Coexpair active dans le secteur aéronautique qui coordonne les aspects de production.

A l’heure actuelle, des premiers prototypes ont été réalisés et testés sur un poumon artificiel. Des tests sont planifiés d’abord sur des patients sains. Une procédure de certification pour un tel équipement médical prend normalement 12 à 24 mois.

Une des difficultés auquel ce type de projet fait face est l’absence de procédure de certification accélérée en Belgique. Des discussions sont en cours avec l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé à ce propos.

Une mise en production en petite série pourrait commencer dès la seconde quinzaine du mois d’avril si toutes les conditions sont réunies, notamment en termes de réglementation et de logistique.

Filière de décontamination des masques

Traiter les déchets infectieuxUne autre initiative est celle d’un projet de filière de décontamination de masques chirurgicaux et de protection respiratoire (FFP2/3) usagés.

Avec le CHU de Liège, trois sociétés et deux centres de recherche y participent. Il s’agit de Sterigenics, leader mondial de solutions complètes de stérilisation, d’AMB Ecosteryl, un groupe familial belge qui conçoit et fabrique des équipements pour le traitement des déchets biomédicaux, de Lasea, une entreprise belge produisant des solutions laser pour l’industrie et des centres Materia Nova, spécialiste des matériaux innovants et CentexBel, dédicacé à l’industriel textile.

Ces différents acteurs ont déjà procédé à des essais techniques basés sur cinq types de méthode : l’irradiation gamma, l’irradiation UV, l’oxyde d’éthylène, la chaleur sèche et le plasma.

Ils ont mis au point un protocole soumis à l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS).

L’Université de Gand et le « Molecular Plasma Group » contribuent également à ce projet sur les aspects de virologie et de décontamination au plasma. Soutenu par le gouvernement wallon, cette filière de décontamination pourrait être opérationnelle dans les prochaines semaines si son protocole est validé par l’AFMPS.

Partenariat entre Coris Bioconcept et le laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles

résistance aux antibiotiquesNotre dernier exemple de partenariat technologique est né d’une collaboration entre la société belge Coris Bioconcept, active dans les biotechnologies et en particulier les tests de diagnostic rapides, et le laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles, avec le soutien du Centre national de référence des pathogènes respiratoires et d’autres partenaires belges et européens.

Ils ont développé un test de diagnostic rapide basé sur la présence d’antigènes viraux dans l’échantillon respiratoire du patient. Il permet de diagnostiquer en 15 minutes une infection chez plus de 7 malades sur 10 présentant une charge virale haute. En cas de résultat positif, ce test permet de faire l’économie du test PCR, actuellement en pénurie. Certifié, ce test est actuellement disponible pour les services de santé.

En guise de conclusion

Il ne s’agit évidemment pas d’une liste exhaustive des projets de partenariat technologique entre entreprises et acteurs de la recherche suscités par le Covid-19 en Wallonie. Chaque jour, de nouveaux projets réunissent des entrepreneurs, chercheurs, médecins et ingénieurs.

Au-delà de l’urgence et du caractère souvent désintéressé de ces initiatives, certains éléments peuvent peut-être susciter une réflexion en vue d’accroitre le nombre de PMEs wallonnes s’engageant dans une démarche d’innovation technologie en partenariat ou non.

Ainsi, la procédure de certification d’un nouvel équipement médical ou d’un test de diagnostic est une procédure, à juste titre, très réglementée en raison de ses conséquences sur la santé publique. Comment faciliter et raccourcir cette procédure pour une PME sans en atténuer la rigueur ?

Cette réflexion peut d’ailleurs être généralisée à toute procédure de certification nécessaire à la commercialisation d’un nouveau produit.

Un second élément de réflexion porte sur la phase d’industrialisation. La Wallonie peut compter sur un réseau étendu d’acteurs publics et privés accompagnant les PMEs dans les premières phases de la conception d’un produit jusqu’à la réalisation d’un prototype voire la production d’une petite série.

Les fablabs ont notamment contribué à toute une série de projets impliquant la réalisation d’un prototype ou d’une petite série de pièces par impression 3D. C’est souvent au stade de l’industrialisation que cela devient plus difficile pour une PME de trouver un partenaire local ou européen. La pénurie actuelle de masques, d’équipements respiratoires ou de tests de diagnostic souligne la nécessité de garder des capacités industrielles locales.

Si l’Europe souhaite continuer à jouer un rôle industriel à travers ses petites et moyennes entreprises, espérons qu’elle n’oublie pas cette leçon, une fois la crise passée.

Besoin de plus d’infos pour monter un partenariat technologique? Faites appel à nos conseillers et/ou à notre juriste.

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