inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

Philippe Montironi, un entrepreneur séduit par la force du vent.

Date de publication
5 octobre 2018
facebook twitter LinkedIn Google Mail Environnement/Industrie/Portraits Print
Philippe Montironi

Il a créé sa société de bourse, géré une PME active dans la mécanique de précision et est devenu avec Fairwind l’un des leaders européens des éoliennes à axe vertical.

Je trouve l’industrie plus humaine que la finance, plus facile à gérer. Et, surtout, vous êtes vraiment responsable de votre futur

« On ne m’attendait plus ». Philippe Montironi (à gauche sur la photo, avec Renaud Croughs), le cadet d’une fratrie de 5 enfants, fils de mineur, est très fier de sa jeunesse passée dans un quartier ouvrier de Ressaix (Binche). « J’ai eu la chance de vivre avec des gens extraordinaires : ils aimaient leur travail et vivaient pour leurs familles ».

Au sortir des humanités, loin d’être un élève exemplaire mais plutôt bon en sciences et en mathématiques, il n’a pas 20 ans quand commence sa première vie. L’un de ses beaux-frères lui a permis d’entrer, d’abord par la petite porte, dans une société de bourse à Bruxelles. « Ils cherchaient un jeune. Ce boulot me passionnait ».

De la criée aux achats-ventes à la microseconde

A l’époque, on était loin des achats-ventes à la « microseconde » gérés aujourd’hui par de puissants algorithmes. Au début des années 80, au rez-de-chaussée du Palais de la Bourse, les agents de change et délégués de sociétés se réunissaient autours de la corbeille. Les cours étaient inscrits à la craie sur des tableaux. Chaque jour était organisé un marché animé: les agents transmettaient leurs ordres de bourse à voix haute, d’où le terme « cotation à la criée ». Le commissaire de la bourse fixait le premier cours. Ensuite, le huissier se chargeait d’inscrire au tableau les cours successifs des titres négociés.

« C’est là que j’ai appris mon métier de liquidateur, poursuit Philippe Montironi. Il consistait, périodiquement, à livrer des titres contre espèces à mes acheteurs. Suite à ce stage en liquidation, je suis devenu délégué d’agent de change et ai pu aller faire mes première criées. »

Et à 27 ans, en 1987,  Philippe Montironi décide de créer sa première entreprise, Monti-Invest, à Binche, une société en commandite simple agréée par la commission de la Bourse, dédiée à la gestion de fortune. « A Binche, se souvient-il, j’étais vu comme une personne d’exception car rares étaient ceux qui avaient le privilège d’aller en Bourse. Nous étions les golden boys de l’époque! »

Par la suite, il reprendra également la gestion d’une société de bourse belgo-américaine.

Modernisation de la bourse de Bruxelles

En 1989, les autorités de la bourse de Bruxelles choisissent de s’inscrire dans le mouvement de modernisation des marchés financiers qui avait déjà touché les bourses de Londres et de Paris. Elles mettent en place un système décentralisé permettant aux courtiers de transmettre leurs ordres depuis leurs ordinateurs de bureau, le Computer Assisted Traded System (CATS), premier système électronique de négociation organisant la rencontre électronique des ordres d’achat et de vente.

Le CATS a progressivement intégré toutes les actions cotées sur le marché à terme, puis le marché au comptant (en 1996). Dès ce moment, la Bourse perdait son rôle de lieu de rencontre de l’ensemble des agents de change. Le “parquet” où des centaines d’agents de change, de délégués et de commissaires se réunissaient dans une ambiance survoltée, appartenait désormais au passé.

Philippe Montironi: « de Cockerill, je ne connaissais que les cours de Bourse »

Une évolution qui ne plait qu’à moitié à Philippe Montironi, même si, lorsqu’il reçoit InnovaTech dans ses bureaux de Fleurus, il a l’œil rivé sur deux écrans : l’un lui permet de monitorer les performances de l’une de ses éoliennes installée en France, l’autre affiche en continu l’évolution des cours de bourse.

On est à la croisée des chemins. C’est le moment que choisit Joseph Strazzante, un homme d’affaires ayant des participations dans des entreprises hennuyères actives dans la mécanique de précision, pour venir à la rencontre de Philippe Montironi. En réalité, Joseph recherchait un nouvel associé.

La première impression fut la bonne. Philippe Montironi voit en Joseph, dit Pepe, un personnage charismatique qui lui plaît. C’est un fonceur, véritable entrepreneur et un incroyable technicien. Ouvrier à 16 ans et par la suite délégué syndical.

Ils transforment une PME en une grande entreprise

 

En 1991, ils reprennent ensemble General Maintenance Service (GMS), une firme de seulement 12 personnes active dans la maintenance et l’outillage. Une société qui, 10 ans plus tard, comptera près de 400 travailleurs et que Philippe Montironi et Pepe gèreront ensemble jusqu’en 2001. GMS est alors revendu à Recticel.

« Au début des années 90, raconte Philippe Montironi, je n’avais jamais visité un atelier de ma vie et de Cockerill, je ne connaissais que le cours de Bourse. » A l’époque, Joseph Strazzante cherchait un nouvel associé pour s’occuper de l’administratif, de la comptabilité. « Lui, il était le génie de la mécanique. Moi qui venais de la finance, j’ai découvert un monde incroyable. Un jour, dans l’atelier, je suis passé devant un usineur qui regardait la pièce qu’il allait travailler. Je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il m’a répondu : « je calcule la tangente de mon outil pour savoir comment je dois usiner la pièce ». Et dire que je me trouvais bon en math… ».

Au fil des ans, Philippe Montironi va apprendre à aimer l’industrie. « Je la trouve plus humaine que la finance, plus facile à gérer. Et, surtout, vous êtes vraiment responsable de votre futur. Vous créez de la valeur tangible grâce à la bonne gestion d’un triangle constitué de vos clients, de vos employés et du travail réalisé. Et si vous travaillez bien – et beaucoup – tout roule ».

Cela durera 10 ans. « On a eu de la chance : beaucoup de travail, une bonne santé, la passion, une famille qui vous suit ».

Comment a évolué votre métier ?

Après avoir géré trois sites de production pour le groupe Recticel, Philippe Montironi entame sa 3e vie en 2007. Il veut investir une partie de ses bénéfices dans le lancement d’une nouvelle entreprise, ne veut plus être un sous-traitant et s’intéresse désormais au secteur des énergies renouvelables.

Il va choisir l’éolien à la suite d’une rencontre. Yves Debleser, ingénieur civil en mécanique (Polytech de l’UMons), travaille chez Areva (Orano). Il ambitionne de construire une éolienne à axe vertical de petite puissance, simple d’utilisation, fiable et 100% recyclable. Leur rencontre, en 2007, constitue l’acte de naissance de Fairwind.

On tâtonne durant deux ans…

«Nous avons tâtonné pendant deux bonnes années sans que les résultats ne nous donnent satisfaction», explique Philippe Montironi, administrateur délégué de la société. Il s’entête pourtant, prend des risques et malgré les premiers résultats, engage deux nouvelles recrues : l’un, Jean-Yves Bottieau, également ingénieur civil en mécanique de la Polytech, stagiaire chez Fairwind et dont le mémoire portait sur l’éolien, et l’autre, Olivier Grammont, ingénieur polytechnicien français expert en électricité et électronique.

Un premier prototype

Philippe MontironiBonne décision : le premier prototype voit le jour et ses concepteurs décident d’aller le tester sur un site expérimental dédié au petit éolien, à Narbonne. Les résultats sont conformes et, sur cette base, Fairwind entame la production de ses premières machines à Fleurus, sur le site de NCCD. Joseph Strazzante est désormais partenaire du projet.

Après 4,5 millions d’euros d’investissement en fonds propres et 5 années de recherche et développement, la première machine labellisée Fairwind sort des ateliers. La société peut passer à l’étape supérieure. Pour ce faire, elle s’étoffe d’un cinquième membre en la personne de Renaud Croughs. Il est licencié en sciences éco de l’UCL, et rejoint Fairwind en 2012 en tant qu’administrateur et directeur commercial. En 2016, c’est Caroline Pech, ingénieure française en électricité et Robin Thomas, ingénieur HELHA, qui rejoignent l’équipe de Fairwind, après y avoir fait leur stage de fin d’année.

L’entreprise a également reçu le soutien des conseillers d’InnovaTech: montage de dossier pôle, analyse de risques, état de l’art, diagnostic 360°, audit de la propriété intellectuelle.

Aujourd’hui, Fairwind conçoit et fabrique des machines de 10 et 50 kW de puissance pour les exploitations agricoles, les PME, les collectivités et l’industrie. Les services proposés vont de la fourniture de l’éolienne en kit au service complet clé en main.

Un partenariat stratégique avec Engie

Philippe MontironiUne des spécificités – et un des points forts – des éoliennes produites par Fairwind est qu’elles sont à axe vertical. En l’occurrence, leurs pales tournent autour de leur mât, contrairement aux éoliennes dites «classiques» qui tournent à l’horizontal devant un mât. «Les avantages de l’axe vertical sont qu’il n’y a pas de système d’orientation au vent, que les éoliennes sont mieux adaptées aux vents turbulents à plus faible hauteur, qu’elles génèrent beaucoup moins de nuisances sonores et visuelles et peuvent donc prendre place plus facilement dans l’environnement à proximité des habitations», énumère Philippe Montironi.

Fairwind a véritablement soigné son concept et propose des produits de qualité : un mono-mât en acier galvanisé à chaud de 18 ou 32 m figé dans un socle en béton armé pour résister aux vents violents, des pales en aluminium de 9 à 14 m de long 100% recyclables ainsi qu’une structure autoportante sans hauban, etc. «Quasi tous les composants sont fabriqués en Belgique, hormis les alternateurs qui viennent d’Allemagne ou de Finlande.»

A l’heure actuelle, la société développe deux machines: la F100-10 qui produit environ 36.000 kWh/an et la F180-50 qui produit près de 107.000 kWh, moyennant une vitesse moyenne annuelle de vent de 5,5m/s, «ce qui est une moyenne tout à fait raisonnable pour un pays comme le nôtre

Une trentaine d’éoliennes déjà installées, 40 en commande

 

Seul fabricant belge d’éoliennes de petite puissance, Fairwind a déjà installé 28 éoliennes, principalement en Wallonie, et peut tabler sur une quarantaine de commandes fermes pour 2018. Malheureusement, seulement 10 de ces commandes ont obtenu leurs permis en Wallonie…

Et la tendance devrait être de plus en plus forte. Sur base des résultats de deux études commandées par Engie à l’ULB et l’UMons, ce sont les éoliennes Fairwind qui, le 14 juillet 2017, ont été retenues par cet acteur mondial de l’énergie dans le cadre d’un partenariat en vue de la commercialisation et de l’exploitation de petites éoliennes. Un partenariat bien dans l’air du temps. Le vice-ministre président de la Région flamande, Bart Tommelein, vient de libérer 4,5 millions d’euros pour soutenir le « petit » éolien.

Comment faites-vous pour maintenir un état d’esprit innovant au sein de l’entreprise ?

Je les booste, on se réunit régulièrement, on fait le point. Dans une entreprise de la taille de Fairwind, nos ingénieurs rencontrent les clients, voient les problèmes sur site. Ils ont une vision globale produit. Ils le voient vivre. Pour ma part, j’essaie d’être un moteur. Mais je ne suis plus un modèle : c’est eux le futur!

Votre dernier défi technologique ?

Je ne peux pas encore vous le dire. On sait qu’on peut faire mieux encore. On teste l’innovation qui le permettra. On attend les résultats.

Votre phrase préférée ?

Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme (Winston Churchill)

Pour ne rater aucune opportunité, inscrivez-vous à notre lettre d’information hebdomadaire : vous y trouverez l’agenda des évènements technologiques, des opportunités de financements, des portraits d’entrepreneurs, des news ou encore des innovations wallonnes.

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

communication presse

Communication presse