inspirations innovatech

Inspirations,
news et dossiers

Piloter et réussir son transfert de technologie: un exemple wallon

Date de publication
27 octobre 2017
facebook twitter LinkedIn Google Mail Industrie/Technologie Print
Transfert de technologie

CRIBC a développé un procédé d’usinage laser en cru des céramiques, hybridé avec une technologie de micro-fraisage: il a été transféré à une PME de Frameries.

transfert de technologieNous sommes fin 2010. Un chercheur du CRIBC , le centre de recherche agréé spécialisé dans la céramique, le réfractaire ou encore le verre, alerte Xavier Buttol, aujourd’hui responsable du service aux entreprises.

« Il vient me montrer quelque chose d’interpellant : une céramique bien particulière qui s’usine facilement au laser. On fait des essais, deux ou trois petits démonstrateurs et on va voir le directeur du centre. Question : est-ce qu’on ne ferait pas une demande de brevet ? ».

Très enthousiaste, le chercheur et son équipe étaient en effet déjà prêts à proposer la publication de leur découverte dans une revue scientifique. Et, ils étaient même prêts à participer, six mois plus tard, à une conférence pour présenter les résultats de recherche à leurs pairs.

C’est naturel. Mais rendre une découverte publique avant d’avoir déposé une demande de brevet, c’est plutôt une mauvaise idée. Une divulgation prématurée rend impossible la protection par brevet : toute forme de divulgation est destructrice du caractère de nouveauté, essentiel pour obtenir un titre de propriété de l’invention. Le juriste d’InnovaTech, Aubin de Perthuis, met régulièrement en garde nos clients à ce propos. Et notamment les centres de recherche wallons.

« On avait bien retenu la consigne d’Aubin de Perthuis, explique Xavier Buttol. On a donc mis les bouchées doubles pour tenir le délai. Il nous restait 6 mois pour déposer l’invention. Avec l’aide d’un mandataire spécialisé, on est parvenu à la déposer début juin 2011. La conférence avait lieu deux semaines plus tard ».

A la suite de cette conférence, « on a eu beaucoup de contacts avec des entreprises issues essentiellement de deux secteurs : les prothèses dentaires céramiques et le luxe, poursuit Xavier Buttol. Sous couvert d’un accord de non-divulgation (NDA – non-disclosure agreement), et, assisté de votre juriste, on a reçu les représentants de plusieurs multinationales intéressées par cette technologie. Il faut toujours faire attention à ce que l’on divulgue ».

C’est la première bonne pratique : pour réussir son transfert de technologie, faites d’abord le choix d’un mode de protection solide.

Voir si on peut aller plus loin et réaliser un benchmark

transfert de technologieCommuniquer sur sa découverte, en restant bien « dans les clous » – c’est-à-dire en n’allant pas au-delà de ce qui est couvert par le brevet – permet d’identifier rapidement les secteurs intéressés.

Mais il était encore trop tôt pour commencer les négociations : « tant que vous n’avez pas une idée précise des coûts – quel que soit le secteur, le coût n’est jamais secondaire – il est inutile de s’avancer, complète Xavier Buttol. Encore moins, tant que les brevets n’ont pas été validés dans les pays concernés ».

Par contre, le CRIBC a commencé à réaliser des démonstrateurs, voire de petites pièces fonctionnelles.

« Et dès qu’on a commencé à les montrer, il a fallu réaliser un benchmark de cette nouvelle technologie en regard des technologies concurrentes (l’usinage, la technologie laser sur une céramique dense, la fabrication additive, etc…) tant du point de vue du coût que des performances du matériau ».

Entre-temps, l’examen du brevet a suivi son cours et a été peu à peu validé dans plusieurs pays. A l’heure actuelle, il est accepté en Suisse (où se trouvent plus de 90% de la production de montres de luxe) mais aussi aux États-Unis, au Japon, en Chine et à Singapour. La validation pour le territoire européen est toujours en cours.

Deux technologies couplées : l’hybridation

transfert de technologieLes recherches se poursuivant, le CRIBC a complété sa technologie brevetée par une autre, histoire d’encore accélérer l’efficience industrielle de la technologie.

Usiner de la céramique au laser n’est pas nouveau : de prestigieuses marques helvétiques y ont recours. Pour plusieurs raisons : le laser n’entraîne pas de contact physique avec la pièce – il y a donc moins de risque de l’abîmer -, il permet de graver des détails très fins, même dans des matériaux très durs.

La technologie brevetée par le centre de recherche montois – un usinage laser en cru des céramiques – permet de réaliser tout cela beaucoup plus vite. L’usinage se réalise jusqu’à 100 fois plus rapidement qu’un usinage laser classique sur une céramique « dure ». « En gros, on réalise le travail en une demi-heure quand il faut plusieurs jours avec la méthode traditionnelle. Et le « rendu » est vraiment exceptionnel. On peut réaliser des détails de la dimension d’un cheveu ».

Pour encore gagner du temps, le CRIBC a hybridé cette technologie innovante à un procédé de micro-fraisage. Dans un premier temps, le micro-fraisage va permettre de « dégrossir la pièce » bien plus rapidement encore qu’au laser, tandis que le laser va permettre de parachever le travail dans son aspect le plus complexe.

Prototype validé en laboratoire

Comment trouver une entreprise intéressée par cette technologie qui, validée en environnement laboratoire devait encore l’être en environnement pilote ou industriel? Ou autrement dit, passer du TRL4  – technology readiness level, niveau ou échelle de maturité technologique – au TRL7 ? On cherche parfois bien loin une entreprise qui se trouve à deux pas de chez nous.

transfert de technologieOptec SA est une PME wallonne spécialisée dans le micro-usinage par laser. Depuis sa création, l’entreprise a déjà installé plus de 500 systèmes dans le monde. Elle vient de consacrer un million d’euros à l’agrandissement de ses installations, à Frameries, où travaillent 18 personnes. La société affiche 5 millions d’euros de chiffre d’affaires. « On était en interaction avec Optec, explique Xavier Buttol. Ce sont eux qui nous ont fourni la machine hybride, réalisée selon le cahier de charge établi par notre centre. Ce ne sont pas des fabricants de sources laser mais des intégrateurs : ils achètent les composants et assemblent la machine laser dont on a besoin. Cette entreprise avait vu, dès la mi-2016, le potentiel de la technologie d’usinage hybride des céramiques. On leur a donc proposé un partenariat long terme. Un partenariat idéal. Nous sommes tous les deux wallons, proches géographiquement parlant, de même taille et assez complémentaires : nous sommes des spécialistes des matériaux, ils sont des spécialistes des lasers ».

« Finalement, CRIBC a proposé à Optec un contrat de cession de technologie, tout en les invitant à vérifier par eux-mêmes l’intérêt des industriels et le niveau de performance de notre technologie en milieu industriel. Nous nous sommes notamment rendus ensemble au salon EPHJ-EPMT, à Genève, en juin 2017 : c’est « le » salon industriel des micro-technologies, notamment pour la haute horlogerie et la joaillerie. Les retours des industriels de la place ont été particulièrement encourageants ».

Le contrat de cession a donc été établi, un contrat revu par les avocats des deux parties, CRIBC cédant sa technologie hybride à Optec SA contre une somme fixe ainsi que des royalties. « De cette façon, on partage les risques, explique Xavier Buttol : de notre côté, on a confiance dans la maturité de notre innovation et en même temps, on laisse une certaine sécurité à Optec ».

Et pour être tout à fait sereines, les deux entités ont même convenu d’une clause suspensive : le contrat de cession, déjà signé, ne prendrait cours qu’au moment où les performances des matériaux seraient validées à l’issue des tests.

C’est le cas depuis quelques semaines. « On a cédé le brevet à Optec ainsi que le know-how associé à l’hybridation du laser et du micro-fraisage. La collaboration ne s’arrête pas là car outre le transfert de la technologie vers Optec, notre partenariat va se poursuivre pour son upscaling (montée en puissance)« .

Transfert de technologie: comment aller plus loin?

Notre juriste Aubin de Perthuis vous accompagne sur les questions juridiques liées à un transfert de technologie, depuis la négociation d’un contrat de confidentialité jusqu’à un premier avis sur les clauses à intégrer dans un contrat de licence ou de cession.

Notre conseiller Valérie Calbini vous aide à identifier des opportunités de transfert de technologie via son rôle au sein du Réseau EEN.

Nos conseillers peuvent également déployer avec vous un nouveau service, l’audit technologique, qui vous permettra de vérifier si la technologie que vous souhaitez acquérir ou céder est immédiatement transférable et, si ce n’est pas le cas, les efforts qu’il reste à réaliser pour y arriver.

Enfin, une aide spécifique au transfert de technologie existe au niveau de l’administration de la recherche: validez avec nos conseillers si vous y avez droit.

l'équipe de rédaction InnovaTech

Par

L'équipe de rédaction d'InnovaTech est composée d'experts en innovation technologique et en communication.

Website Facebook Twitter LinkedIn

Services associés

coach

Bénéficiez d’un coach

propriété intellectuelle

Propriété intellectuelle