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Jean-Nicolas D’Hondt, patron de la + ancienne PME familiale de Belgique

Date de publication
29 juin 2018
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Pollet

Innovation de rupture et incrémentale, orientation « client », respect de l’environnement et de l’être humain : Pollet (Tournai) pense déjà à l’avenir.

« Bien connaître son passé, c’est préparer le futur »

Jean-Nicolas D’Hondt est le digne héritier de Léonard-Gilles Pollet, le fondateur, en 1763, de la dynastie du même nom. Une entreprise qui, en trois siècles et huit générations, a durablement installé en Wallonie et ailleurs un savoir-faire exceptionnel dans le domaine des produits de nettoyage et d’hygiène pour professionnels.

Fils de Francine Pollet et d’Antoine D’Hondt, cet ingénieur commercial sorti de l’ICHEC a d’abord travaillé chez Delhaize durant 7 ans, dont deux ans en Grèce. Son métier ? Process et organisation. Avant de rejoindre, à 31 ans, la plus ancienne entreprise familiale de Belgique. « Un beau challenge qui donne du sens à la vie ». Pas question pourtant de faire table rase des acquis. Pour cet heureux papa de deux enfants âgés de 3 et 5 ans, « bien connaître son passé, c’est préparer son futur ».

Et le passé de Pollet, comme son futur, c’est l’innovation. « Dans l’arrondissement de Tournai, on a été les premiers à avoir un numéro de téléphone ». Le 1, bien sûr. « On a aussi été les premiers à disposer d’un camion de livraison, en Belgique. Et les premiers, encore, à mettre un savon liquide sur le marché ».

Pour faire honneur à l’ADN familial, l’entreprise pilotée par Jean-Nicolas D’Hondt a donc continué à innover, déposant notamment un brevet en 2016 et un autre en 2017.  Spécialisé en biotechnologie depuis une vingtaine d’années, le département R&D de Pollet (4 personnes dont un docteur en microbiologie et un ingénieur chimiste) a découvert dans des sédiments de savon présents sur l’ancien site, des bactéries qui « mangent » la saleté contrairement à la chimie traditionnelle qui l’écarte.

Cette découverte a créé une nouvelle manière d’aborder le marché. Elle ouvre de multiples portes pour innover dans notre secteur. « Nous avons donc créé une nouvelle gamme « Polbio » qui regroupe tous les produits à base d’enzymes et de bactéries bénéfiques. Cette gamme a pour vocation de résoudre des problèmes de nettoyage que les produits issus de la chimie traditionnelle ne peuvent résoudre » ajoute Jean-Nicolas D’Hondt.

Une gamme qui s’insère parmi l’EchoClean (premiers prix), le PolTech (chimie traditionnelle) et le PolGreen (chimie écocertifiée). Plus de 254 ans après sa fondation, Pollet, c’est plus de 45 équivalents temps plein (ETP), une production de plus de 4.000 tonnes de produits de nettoyage par an et une gamme résolument durable.

PolletAujourd’hui, 56% des produits Pollet sont écologiques (des PolGreen et des PolBio), avec l’ambition, en 2020, de représenter 70% du volume.

Une véritable alternative « verte » à la chimie traditionnelle : 30% des matières premières utilisées par Pollet sont d’origine renouvelable. Et la totalité de ces matières sont achetées dans un rayon de 300 km autour de l’usine, tous les emballages sont recyclés et recyclables.

Depuis 12 ans, l’électricité « verte » est la seule énergie qui fait tourner les machines tandis que Pollet participe à un projet de reforestation en Ouganda qui compense ses émissions en dioxyde de carbone.

Les produits Pollet pour la statue de la Liberté

Ses clients – des entreprises de nettoyage, des collectivités, des grandes surfaces – « l’une des plus grandes gares du monde, Grand Central, à New-York, utilise nos produits, tout comme la statue de la liberté, le Madison Square Garden et l’Université d’Harvard – mais aussi l’industrie non alimentaire ne sont évidemment pas tous installés en Belgique.

« On dispose de quatre business units toutes pilotées par un responsable spécifique: la Belgique, la France, les Etats-Unis et le reste du monde. On est présent dans 17 pays et on a gagné le prix de l’exportation décerné par l’Awex en mai 2018 » explique Jean-Nicolas D’Hondt.

Comment a évolué le métier de Pollet ?

Pollet« Chez Pollet, on a des valeurs. On est orienté « client », « innovation » et « environnement ». Mais, plus fondamentalement encore, on respecte l’être humain ».

« On a par exemple créé des systèmes de dosage nommés « Caps » qui permettent une parfaite dilution du produit hautement concentré. En moyenne, les produits prêts à l’emploi contiennent 90% d’eau. Nous avons concentré les matières actives présentes dans ces produits pour les mettre dans des capsules de 20 ml. C’est alors à l’utilisateur de les mélanger sur site. Outre une réduction des coûts pour les entreprises de nettoyage, ce système de dosage empêche tout contact entre l’opérateur et le produit. Il permet surtout de ne plus déplacer de l’eau et permet donc de réduire les frais de transport de plus de 80%.

Aujourd’hui, plus de la moitié des produits Pollet ne présentent pas de risques pour leurs utilisateurs. Des utilisateurs qu’on forme au « nettoyage responsable » non seulement grâce à la « Pollet Academy » où on partage notre expérience et nos expertises mais aussi par l’intermédiaire d’innovations d’usage. Pollet a d’ailleurs remporté 2 prix de l’innovation (Paris et Bruxelles) en 2017.

Des formations qui, en présentiel ou de manière virtuelle, permettent de résoudre tous les défis que peuvent rencontrer les opérateurs. Que ce soit le nettoyage réputé impossible de vieilles taches de café sucré sur un tapis jusqu’au décapage de résidus de laitance de ciment, tout le savoir-faire de nos équipes est partagé sur le terrain avec nos clients ».

Comment faites-vous pour maintenir un état d’esprit innovant ?

PolletC’est historique, chez nous. L’innovation, et en particulier l’innovation continue, c’est dans nos gènes. Nous avons un comité d’innovation qui se réunit tous les 3e lundi du mois durant 4 à 5h. On identifie une série de 3 ou 4 projets – sur base de l’évolution des marchés, des demandes clients, de l’analyse brevet – et tout le monde s’y met : tout le labo, mais aussi le marketing, la production, des commerciaux. C’est « cross département ».

Ensuite, on les crible au travers d’une matrice constituée d’une bonne dose de bons sens, de l’efficacité attendue et de l’accessibilité de la technologie. On vient ainsi d’attribuer un budget de 200.000 € à une innovation identifiée il y a un an ou deux. Suite à ce travail, une nouvelle gamme de produit devrait voir le jour début 2019.

Un second comité se réunit le 4e lundi du mois: le « comité de conception » ne travaille, lui, que sur l’amélioration continue de nos gammes existantes. Sur 100 formules, on en amélioré 38 en 2017. Résultats ? Nos 4 derniers produits représentent déjà 15% du chiffre d’affaires (8 millions d’euros), en croissance constante de 8%.

Et puis, on participe à de grands salons internationaux où on rencontre nos pairs et nos clients. L’occasion de bien comprendre comment aborder ces derniers. Car, c’est une caractéristique du secteur : la frilosité des clients à adopter l’innovation.

PolletEn 1993, on a été pionnier lors de l’émergence des enzymes et des bactéries mais pendant 10 ans, on n’a vendu aucun produit. Même chose pour les produits écologiques. C’est normal. Un de nos clients a plus de 100.000 employés : le coût du changement est énorme. Il faut le convaincre. On ne peut le faire qu’en offrant un service parfait et en étant « orienté résultats ».

Et puis les contraintes légales, réglementaires sont très nombreuses. On attend par exemple la réglementation biocide qui pourrait être un drame pour un grand nombre d’entreprises. C’est évidemment nécessaire mais cela met une forte pression sur une PME comme la nôtre.

Au final, on sort gagnant de ces challenges parce qu’on est agile. Mais durant 6 mois, le temps qu’on s’adapte, on est bloqué.

C’est seulement au prix de tous ces efforts et d’une dynamique commune qu’on peut se targuer du fait que, chaque matin dans le monde, 4 millions de m² sont nettoyés avec nos produits. Près de 80% des hypermarchés en France ont fait le choix de travailler avec Pollet.

Quel a été votre dernier défi technologique ?

Technologiquement parlant, c’est le nouveau projet d’innovation qui est en cours, explique Jean-Nicolas D’Hondt. Mais au-delà de la technologie, le vrai défi, c’est la transformation de la société. Pollet a été longtemps une charmante vieille dame un peu poussiéreuse. Aujourd’hui, on veut la transformer en une jolie jeune fille. Un seul moyen pour y arriver : le change management.

Pour y arriver, on s’est fait aider par un consultant renommé et expert en la matière Cela a été un véritable électrochoc. Il nous a mis à nu et franchement, il y a eu un avant et un après. Aujourd’hui, on a un vrai positionnement stratégique ce qui nous a permis de définir une vraie stratégie commerciale. Et de s’en donner les moyens : « on a renforcé notre département marketing, embauché des commerciaux supplémentaires, doublé les budgets communication, créé une division « innovation produits ».

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir fait le choix de bien m’entourer, répond Jean-Nicolas D’Hondt. Il est impossible aujourd’hui de pouvoir transformer une société tout seul. S’il n’y a qu’une locomotive, on n’y arrive pas. Mes collaborateurs directs sont plus forts, plus compétents que moi. Cela me permet de ne plus m’embarrasser des problèmes quotidiens. Aujourd’hui, parce qu’on est mieux organisé, on va 5 fois plus vite qu’il y a 5 ans.

Et la pire ?

A chaque fois que j’ai pris une décision bon marché, je l’ai regretté. Nous ne sommes pas assez riches pour acheter du bon marché.

Votre phrase préférée ?

« Ne pas compromettre le long terme avec des projets court-terme ». Je suis le patron d’une entreprise qui a plus de 254 années d’expérience. Mon ambition, c’est de transmettre à la nouvelle génération suivante une entreprise prête à relever de nouveaux défis. Et pour cela, je n’ai nulle intention de prendre des risques longs termes pour faire des résultats courts termes.

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