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Skylane Optics : la pépite namuroise qui affole les opérateurs télécom

Date de publication
14 mars 2019
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Skylane Optics

La PME, qui crée des transceivers optiques convertissant le signal électrique en lumière, dope la vitesse et la robustesse de la transmission de données.

Ce sont les transceivers optiques de Philippe Bolle qui ont permis aux chaînes de télévision du monde entier de relayer en direct les matchs de foot du Mondial, en 2014.

A moins que vous soyez un spécialiste du secteur des télécommunications, il y a peu de chance que vous vous rendiez au siège d’une des plus belles pépites technologiques de Wallonie autrement que par hasard.

Skylane OpticsNichée dans l’un des plus beaux coins de la région, à Fraire, Skylane Optics s’est mise au vert. Pour le plus grand confort de ses employés – des docteurs et des ingénieurs issus pour la plupart de pays émergents comme les Philippines, la Chine, l’Iran mais aussi des belges – qui y développent pour le secteur des télécommunications et des datacenters des émetteurs-récepteurs bien particuliers.

Les transceivers optiques sont des modules capables de convertir un signal électrique en signal optique, et inversement. Le dispositif est à peine plus grand qu’une clé USB. Et grâce à lui, il est possible d’échanger des données à la vitesse de l’éclair sur un réseau de fibre optique.

Pourquoi est-ce si important ? Parce que les nouvelles technologies exigent toujours plus de bande passante. « Prenez la télévision. Pour accroître la résolution des images, nous sommes passés de l’analogique au numérique. Ensuite est venue la haute définition. Et voilà déjà l’ultra-HD,  la 4K et maintenant la 8K pour les jeux olympiques de Tokyo en 2020. Du coup, chacun s’empresse de moderniser ses réseaux et remplace le câble de cuivre par de la fibre optique. Or, les transceivers sont les alliés naturels des réseaux de fibre optique, puisqu’ils permettent la conversion des signaux ».

On l’a compris : le marché est mondial. « On suit nos clients. En Europe, on travaille pour plus de 35 opérateurs de télécommunications, soit 10% du marché. Et on a des bureaux en Scandinavie, aux Pays-Bas et au Grand-Duché de Luxembourg. On est présents au Brésil où on dispose d’une unité de production à Campinas (la Silicon Valley du Brésil). On a ouvert des bureaux à Mexico et à Bogota. Et on s’attaque désormais aux 5 opérateurs du marché nord-américain (Etats-Unis et Canada) via notre structure à Miami (société de droit américaine, Skylane Optics Inc. .) ainsi qu’au sein de la Communauté des états indépendants (CIS Russia),  une entité intergouvernementale composée de 9 des 15 anciennes républiques soviétiques (Azerbaijan, Armenia, Belarus, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Moldova, Russia, Tajikistan, Turkmenistan, Uzbekistan and Ukraine)».

Skylane Optics: une vraie multinationale

Une vraie multinationale… de 48 personnes, au chiffre d’affaires de 16 millions d’euros, en croissance récurrente et qui investit 4 millions d’euros dans sa R&D. Un statut qui lui vaut de jolis succès. Vu la qualité des produits mais aussi parce qu’ils ont été assemblés au Brésil, par exemple, ce sont les transceivers optiques de Philippe Bolle qui ont permis aux chaines de télévision du monde entier de relayer en direct les matchs de foot du Mondial, en 2014. Ils ont aussi permis aux milliers de supporters présents dans les stades d’envoyer photos et vidéos depuis leurs smartphones.

Prix Alfer, Prix de la Jeune Entreprise (2014) du Grand Prix Wallon à l’exportation, Scale Up en 2018 de E&Y et BNP, Skylane Optics était bien sûr présente à Mexico lors de la dernière visite princière. En 2018, on la retrouvait sur le stand « Belgique » du CES de Las Vegas. Et en 2016, par exemple, Philippe Bolle était l’un des entrepreneurs attendus pour le Smart City Expo au World Congress Barcelone.

Pourtant, à sa création, en 1998, Skylane Optics, c’est Philippe Bolle. Tout seul. Et ses ateliers sont installés dans un garage. Le sien. Depuis Steve Jobs – c’est en tous cas ce que raconte la légende – on sait que ce n’est pas forcément synonyme d’échec…

Skylane OpticsPhilippe Bolle, ingénieur industriel sorti de Gramme il y a 29 ans, est un passionné de technologies laser. Arrivé sur le marché du travail, il développe des applications militaires pour quelques grands acteurs du secteur pour le guidage, l’éblouissement, le pointage laser.

« J’y suis resté deux ans avant d’en avoir marre. J’ai rejoint une société familiale, Benelux Laser System (Zaventem), au sein de laquelle j’avais réalisé mon TFE. On avait deux applicatifs, l’un dans le secteur du textile, l’autre dans celui du diamant. On a développé la découpe diamant par laser et le premier peloteur laser pour le textile. Mais je n’étais qu’un employé. Quand on est ingénieur, on aimerait aller plus loin ».

En 1992, il franchit le pas une première fois en créant la filiale belge d’Optilas au sein d’une ZAMI d’Igretec (la première couveuse d’entreprise).

Mais son vrai bébé, c’est Laser 2000, créée 6 ans plus tard. En 1999, déjà, il installait un premier bureau à Stockholm. «C’était le premier pays à faire la promotion de la fibre optique. Le premier à libéraliser les télécoms et à sponsoriser le déploiement de la fibre optique chez l’abonné. Il fallait y être ».

Deux ans plus tard, l’aventure aurait pu s’arrêter là. En 2001, « c’est le crash des dot.com, la bulle internet. On aurait pu y rester. On venait tout juste d’acquérir un bâtiment à Fraire pour y installer mes premiers employés. On a réussi à sauver la société, grâce notamment à nos partenaires américains, à conserver la logistique et le personnel et à se réorienter vers de nouveaux marchés ».

Comment a évolué votre métier ?

Skylane OpticsL’entreprise, qui a repris sa liberté en 2008 (à l’exception de Namur Invest, tout le capital est aux mains de la famille) a tout misé sur l’innovation pour se différencier. Parfois seul, parfois en co-développement avec des universités (VUB, Gand), avec des centres de recherche (IMEC), parfois dans le cadre de projets européens (H2020) avec, par exemple, le CETIC.

Pour des applicatifs dédiés aux antennes GSM, TV, aux ordinateurs, à l’IOT. Objectifs : que les données restent en Europe via les datacenters, tous équipés de transceivers. « Pour y arriver, on investit des territoires et et on évolue constamment en termes de technologies« .

« Depuis 5 ans, on a lancé un programme de R&D visant à transporter des données à l’intérieur des bâtiments. Et pour y arriver, on travaille avec le programme ACTPHAST dont l’objet est d’accélérer l’innovation en photonique pour les PME et les organismes de recherche. « Nous savons qu’une excellente innovation produit est essentielle à notre succès et à notre croissance, et ACTPHAST nous a réellement aidés à repousser les limites de notre innovation tout en réduisant les coûts, les risques et les délais de commercialisation », explique Philippe Bolle.

Un réseau de 24 instituts de recherche en photonique

ACTPHAST fournit aux entreprises et aux chercheurs en photonique et non photonique un accès centralisé à un large éventail de plates-formes technologiques de pointe en photonique existantes issues des plus grands centres de recherche d’Europe.

Le réseau ACTPHAST offre un moyen unique d’accéder à 200 des meilleurs experts et technologies de 24 instituts de recherche en photonique européens, couvrant toute la chaîne d’approvisionnement et permettant d’accélérer la démonstration de nouvelles avancées scientifiques passionnantes vers un prototype fonctionnel et, au-delà, vers la fabrication en série.

En Belgique et dans les usines installées à l’étranger, Philippe Bolle et sa famille ont consenti énormément d’investissements. A Fraire, l’entreprise héberge le centre de logistique et d’ingénierie, la ligne de production ainsi que le laboratoire hautement équipé (une salle blanche ISO5).

La fibre jusqu’à l’abonné et jusqu’au bâtiment

Skylane OpticsL’entreprise est également active dans le Fiber to the home Council. Le nombre d’abonnés à la fibre jusqu’à l’abonné (fibre to the home ou FTTH) et à la fibre jusqu’au bâtiment (fibre to the building ou FTTB) en Europe (EU391) a augmenté de 23 % au cours des neuf premiers mois de 2016, atteignant près de 44,3 millions d’abonnés au FTTH/B. Le taux de foyers raccordables en Europe a augmenté de 17 % : le continent dénombrait plus de 148 millions de foyers raccordables à la fin septembre 2016, selon la dernière mise à jour du panorama FTTH annoncé à la FTTH Conference 2017 à Marseille.

En France, en 2018, le très haut débit poursuit sa lente avancée sur le territoire hexagonal, selon l’Arcep, avec plus de 18 millions de logements éligibles, dont 11 millions en fibre optique.

Skylane OpticsL’observatoire des services haut et très haut débit de l’Arcep a livré récemment un point trimestriel sur les modalités de connexion des Français à l’Internet fixe. 18 millions de foyers étaient éligibles à un accès très haut débit à fin mars, soit 414 000 de plus en un trimestre et un peu plus de 2 millions supplémentaires en un an. Mais cela ne concerne toujours que 26% des foyers, qui restent majoritairement tributaires d’une technologie délivrant un débit inférieur à 30 Mb/s.

Selon l’IBPT, en comparaison,  98,9% des ménages belges auraient accès à un réseau leur permettant de surfer avec une vitesse de téléchargement de minimum 30 Mb/s.

7,5 millions d’abonnements THD sont recensés par le régulateur sur ces 18 millions de lignes éligibles : seuls 41% de foyers concernés avaient donc sauté le pas du très haut débit au sortir de l’hiver. Une proportion qui reste relativement modeste, même si, avec 1,7 million d’abonnements supplémentaires, celle-ci a progressé de 5 points en un an.

« On travaille aussi sur les nouveaux standards dédiés à la transmission d’informations à grand débit dédiés aux smart-cities, smart building, poursuit Philippe Bolle, ainsi qu’à la distribution intelligente de toutes ces données. De nouveaux standards sur lesquels travaille l’équipe de Skylane Optics au travers des comités de standardisation (IEEE aux Etats-Unis, ETSI (European Telecommunications Standards Institute) en Europe)« .

IOT : la fibre optique pour le réseau résidentiel

« Il y a 5 ans, rien n’existait pour l’IOT, poursuit Philippe Bolle. On devait encore évoluer pour incorporer l’IOT dans le transport de données opéré via toutes sortes de fibres. On a créé une start-up dans le domaine des smart-cities et on a développé un produit propre, un système de transport interne qui n’utilise pas le wifi tout en offrant un transport de qualité. Là on recherche des partenaires industriels ».

Le marché est énorme pour le HAN (Home Area Network). Car nos lieux de vie font désormais partie d’un univers connecté, localement tout d’abord, mais aussi avec le reste du monde. Les objets deviennent communiquant, et utilisent les infrastructures de la résidence. Ces nouveaux modèles de communication permettant de relier les différents univers de la maison soulèvent de nouveaux problèmes d’interopérabilité.

Evolution : des robots pour une industrie 4.0 à l’européenne

« Qu’on arrête de tout sous-traiter aux pays émergents. Nous savons faire de l’industrie 4.0 en Europe aussi. Et on pourrait ramener la production en Europe. Nous n’avons plus besoin de petites mains. Les ingénieurs chinois coûtent aussi chers que les nôtres. C’est pour cela que nous faisons des co-développements. Un nouveau produit co-développé aux Pays-Bas et fabriqué en Grande-Bretagne.

Ramener la production des semi-conducteurs en Europe, c’est déjà en cours. Les semi-conducteurs sont fabriqués aux Pays-Bas. On a les technologies pour le faire, la matière grise est là. Mais est-ce que l’Europe a la volonté de le faire ? »

Skylane OpticsEt les voitures connectées ? « On travaille sur des projets, confirme Philippe Bolle. Le défi, c’est de traiter 10 gigabits/sec d’infos provenant du véhicule. Elles sont issues des caméras et des capteurs qui se trouveront dans le véhicule. La valorisation, ce sera la technologie. Malheureusement, on a pris du retard dans le domaine de l’intelligence artificielle. Les chinois sont les premiers, suivis par les américains. L’Europe est à la traîne. C’est malheureux que nos politiques européens ne se rendent pas compte des évolutions. Parfois, on est des followers, on arrive trop tard.

Les entreprises wallonnes sont demandeuses mais notre plus gros problème, c’est l’emploi, c’est de trouver du personnel qualifié. C’est très difficile en région wallonne. La faute en revient aux organismes qui auraient dû voir les besoins du marché. On en souffre énormément ».

Comment faites-vous pour conserver un état d’esprit innovant ?

On est dans un produit qui évolue en permanence. Cela nous oblige évidemment à rester très innovants. En même temps, nos produits ont besoin de standards. Aucun opérateur de télécoms n’investirait dans un produit qui ne serait pas standardisé. Du coup, et c’est le cas depuis le début de l’entreprise, nous sommes très présents dans les comités de standardisation. Une source inépuisable d’informations stratégiques et de tendances à moyen et long terme.

Et puis, on est très ouverts, on parle avec nos concurrents, on n’a aucun soucis. On s’échange des informations sur l’état du marché.

Vos derniers défis, technologiques et autres ?

Skylane OpticsPremier défi : on a développé nos propres robots (les premiers arrivent en avril) pour la réalisation de nos produits. Ils ont été fabriqués en Corée du Sud. L’idée, c’est évidemment d’améliorer sensiblement la qualité de notre production. Mais aussi d’améliorer le service rendu au client avec la mise en ligne d’une série d’informations utiles. Le principe est simple : un opérateur charge le robot et ce dernier réalise la station.

Second défi : on a développé des salles blanches très innovantes et disponibles sous trois formats différents : elles accueilleront les futures lignes de production. Des innovations qui vont nous permettre de réduire la quantité d’énergie nécessaire pour faire fonctionner ces salles où l’on contrôle la température et l’humidité relative. Ces salles seront alimentées par des panneaux photovoltaïques.

Troisième défi : nos équipes ont créé des instruments particuliers destinés au personnel technique des opérateurs télécoms.

Pour toutes ces innovations, des demandes de brevets ont été lancées.

Cela va nous permettre de grandir encore. On pourra installer nos propres lignes de production aux Etats-Unis. Avec dès lors un time-to-market beaucoup plus rapide et une baisse des coûts au niveau de la production.

Piloter l’export

Mais on fait face à d’autres défis. Près de 100% de nos produits sont destinés aux marchés à l’export. Il a donc fallu s’organiser. Mon fils, Quentin, vient de rejoindre le board et pilote désormais les opérations en Europe. Cela me permet de mon côté de piloter les Amériques. En gros, je suis trois semaines à l’étranger pour une semaine à Fraire. J’ai déjà fait au moins 75 fois le tour du monde et, en moyenne, je prends 200 fois l’avion par an.

« On travaille énormément avec l’Awex et on participe aux missions princières. Dans les pays où nous avons des sièges, avoir une princesse avec nous,  cela nous ouvre des portes auprès des grands opérateurs de télécoms en Amérique du sud et en Amérique Centrale ».

Et ramener les équipes en Belgique

L’autre défi sociétal, c’est de ramener des équipes en Belgique. Il y a trois ans, back end et front end sont revenus à Fraire. « On est souvent amener à engager du personnel provenant de pays émergents. Et pour eux, travailler à la campagne, en Wallonie ou en Flandre, n’a guère d’importance. Ce qu’on cherche, ce sont des profils atypiques. Et on ne trouve pas ce genre de profils dans les universités wallonnes. Un peu plus en Flandre ».

Et puis, l’entreprise est, depuis 2018, en phase de scaling up. Une phase d’hyper-croissance qui correspond au moment où la PME a trouvé un modèle d’affaires qui fonctionne et doit monter en gamme afin d’être capable de produire à plus large échelle son service ou son produit.

« On ne l’a pas fait tout seul. On s’est entourés de spécialistes d’Ernst & Young, de BNP-Paribas-Fortis et d’ING« .

Votre meilleure décision professionnelle ?

Avoir choisi d’installer mon entreprise à la campagne. J’ai eu une vie professionnelle à Bruxelles et j’ai souffert des problèmes de mobilité générés par le trafic. Ici, j’ai l’impression d’avoir fait le bon choix. On essaie de quitter les villes.

Pourtant, il y a 20 ans, tout le monde me disait que j’étais fou d’installer une entreprise technologique au milieu des vaches. Et pourtant : avec la digitalisation et les transporteurs, on peut tout faire depuis son petit paradis.

Et puis, la famille a conservé l’essentiel du capital de l’entreprise. Et on en est très satisfait. On n’est redevable de personne. Nos conseils d’administration, on les réunit les vendredi soir autour d’un bon poulet. Et on est très heureux de cette situation.

Et la pire ?

Je vais vous surprendre. Avoir créé ma boîte. Quand on est entrepreneur, on doit consacrer énormément de temps à son entreprise. J’ai quand même la responsabilité de 48 familles. Mais du coup, c’est ma propre famille que j’ai négligée. Si je devais recommencer, je le ferais différemment.

La phrase que vous avez envie de répéter à tous les industriels ?

Montrez que vous êtes des européens, différenciez-vous.

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