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Surconsommation: l’innovation technologique est-elle coupable?

Date de publication
28 novembre 2019
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surconsommation

Les 3 révolutions industrielles, portées par les innovations technologiques, ont permis la production de masse: la 4e permet à l’industrie d’être plus sobre.

L’innovation technologique : coupable désignée ou porteuse de solutions ?

Sans doute les deux, mon Général. Chaque révolution industrielle, portée par les innovations technologiques, a entrainé son lot d’améliorations de la vie des habitants de cette terre tout en réduisant considérablement et parallèlement nos ressources naturelles. Que ce soit l’eau, les matières premières ou encore l’énergie.

Reste donc à régler la question de la sobriété. Un sujet qui devrait bien sûr questionner aussi l’innovation. Et nous amener à repenser notre rapport à l’innovation et à la technologie en général. En se posant les bonnes questions : quel est le coût environnemental de telle ou telle innovation ? Le bénéfice (social, économique, culturel, intellectuel…) de cette technologie mérite-t-il le coût environnemental qu’il engendre ? Comment peut-on encadrer, réguler, et gérer collectivement le déploiement et l’usage de telle ou telle technologie pour qu’il bénéficie au plus grand nombre sans nuire trop aux écosystèmes ?

Car depuis la mécanisation, notre environnement s’est profondément modifié.
Lisez aussi notre article sur les solutions wallonnes durables.

Surconsommation: où en sommes-nous ?

L’eau

surconsommationAujourd’hui, le monde pompe deux millions de litres d’eau chaque seconde : pas forcément pour la boire. Saviez-vous que 2500 litres d’eau sont nécessaires pour la production d’un T-shirt en coton ? Or, 5 millions de tonnes de vêtements sont mises sur le marché européen chaque année et 4 millions sont jetées… D’ici 2080, il faudra deux fois plus d’eau pour satisfaire les besoins de l’humanité (ConsoGlobe).

Que faire ? De nombreux laboratoires, wallons notamment, travaillent sur des solutions destinées à optimiser l’usage de l’eau dans le monde industriel.

Les matières premières

surconsommationAujourd’hui, l’humanité extrait 85 gigatonnes de matières premières pour subvenir à ses besoins (contre 7 gigatonnes en 1900). Or, selon une étude dirigée par Alicia Bárcena Ibarra, dans le cadre du programme des Nations-Unies pour l’environnement, si le monde continue à fournir des logements, du transport, de la nourriture, de l’énergie et de l’eau au même rythme qu’actuellement, les dix milliards d’habitants de la planète Terre auront besoin de 180 milliards de tonnes de matières premières chaque année à l’horizon 2050 afin de pouvoir satisfaire la demande.

Que faire ? L’écoconception peut être une solution, y compris pour les PME, ou l’analyse du cycle de vie des produits.

Le recyclage des matériaux est une autre solution : en Wallonie, on recycle notamment les plastiques industriels, les thermodurcissables, les plexiglas, les matériaux composites, les déchets bitumineux, …

La création de nouveaux matériaux dont l’empreinte écologique est plus durable est une 3e solution : notamment, des matériaux biosourcés qu’on utilisera dans le secteur de la construction ou celui de l’automobile.

L’énergie

surconsommationAujourd’hui, la Belgique consomme moins d’énergie que par le passé. Mais l’innovation technologique n’y est pas pour grand-chose.

En fait, progressivement, une part de plus en plus importante de la valeur ajoutée produite chez nous l’a été par les services (57,3% de la valeur ajoutée) qui ne comptent que pour 13,4% de la consommation d’énergie. Tout simplement.

 

Digitalisation des services

Des services qui, comme d’autres pans de l’économie, se digitalisent de plus en plus. Or, cette révolution a elle aussi un coût énergétique. Ordinateurs, data centers, réseaux… engloutissent près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

« Si l’on considère la totalité de son cycle de vie, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis », rappelle Françoise Berthoud, informaticienne au Gricad et fondatrice en 2006 du groupement de services EcoInfo.

« Le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, selon les estimations – soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre, assène Françoise Berthoud. Et la tendance est franchement à la hausse, à raison de 5 à 7 % d’augmentation tous les ans. »

surconsommationEnviron 30 % de cette consommation électrique est imputable aux équipements terminaux – ordinateurs, téléphones, objets connectés –, 30 % aux data centers qui hébergent nos données et, plus surprenant, 40 % de la consommation est liée aux réseaux, les fameuses « autoroutes de l‘information ». Un simple routeur consomme 10 000 watts (10 kW), un très gros data center frise carrément les 100 millions de watts (100 MW), soit un dixième de la production d’une centrale thermique ! Car, un processeur, c’est comme une résistance. Presque toute l’électricité qu’il consomme est dissipée en chaleur. C’est pourquoi, en plus de consommer de l’énergie pour faire tourner ses serveurs, un data center doit être climatisé afin de préserver l’intégrité des circuits électroniques ».

Cette consommation énergétique est électrique. L’origine de cette électricité dépend évidemment de l’endroit où se situe le site. Une grande partie de ces centres se trouvent aux USA, siège des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). L’origine de l’électricité utilisée est donc essentiellement fossile et provient même du très polluant charbon, pour la moitié de la production. En France (4ème pays consommateur d’énergie pour le bigdata), l’origine est essentiellement nucléaire.

Soyons tout de même de bon compte : les systèmes énergétiques, de plus en plus digitalisés, permettent aussi d’identifier les besoins en temps réel et de fournir de l’énergie au bon moment. Ils sont ainsi plus productifs, plus fiables et plus durables. Selon les estimations de l’AIE, le recours généralisé aux technologies numériques pourrait réduire les coûts de production de 10 % à 20 %.

Que faire ? La Wallonie réfléchit par exemple aux problèmes techniques liés au stockage de l’énergie renouvelable. Certaines entreprises développent des solutions originales et très innovantes comme Fairwind (éolienne) ou Coretec. Cette dernière entreprise développe le projet Pope qui consiste à modéliser un site éolien performant à la fois pour le grand éolien mais aussi pour des petites éoliennes plus sensibles aux effets atmosphériques locaux.

D’autres entreprises wallonnes ont développé des outils d’optimisation de l’usage de l’énergie en industrie, comme Ewattch (lire le portrait de Ewattch) ou de maintenance prédictive, comme I-Care.

Intensification des procédés, microfluidique ou encore microfabrication sont d’autres solutions technologiques qui permettent de produire mieux en consommant moins.

L’Usine 4.0 va-t-elle rendre la production plus propre ?

surconsommationL’usine du futur sera-t-elle une « usine durable » ou déplacera-t-elle simplement les enjeux environnementaux vers les pays du sud (extraction des terres rares, recyclage, traitement des déchets, etc.) ? Aujourd’hui, pour l’essentiel des observateurs, l’industrie 4.0 apporte de nouvelles promesses : réductions des coûts d’exploitation, une meilleure visibilité, une meilleure efficacité globale de l’équipement, des mises sur le marché plus rapides… Mais sera-t-elle plus économe et plus frugale?

La numérisation et l’automatisation pourraient permettre d’optimiser l’énergie utilisée dans les procédés de fabrication, d’augmenter l’utilisation des énergies renouvelables et le recours à des sources d’énergie alternatives.

Reposant sur l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle (IA), des programmes pourraient aussi assurer l’optimisation énergétique. C’est le cas avec des robots. Une étude menée en 2016 par Lennartson et Bengtsson (projet AREUS de l’UE) a confirmé qu’en minimisant leur accélération, leur consommation d’énergie peut être réduite d’un tiers sans pour autant augmenter le temps de production global.

Les technologies numériques peuvent également remplacer des procédés de fabrication conventionnels, souvent énergivores. La production de prototypes ou de petites pièces à la demande peut être parfaitement assurée par l’impression 3D. Grâce à la fabrication additive et à un matériau composite, General Electric a réduit considérablement le nombre d’éléments du moteur LEAP (développé par Safran Aircraft Engines et GE au sein de CFM, ce moteur est destiné à équiper les avions monocouloirs de nouvelle génération).

Les tuyères de carburant imprimées en 3D ne comptent plus qu’une pièce contre 18 auparavant ! Autres avantages de l’impression 3D : une réduction de 25 % du poids et une optimisation de l’utilisation de l’énergie (et une réduction des émissions de CO2).

Surconsommation: et nous, que pourrions-nous faire ?

surconsommationEn France, chaque citoyen jette environ 500 kg de déchets par an. Notamment parce qu’il se débarrasse de 56% des objets qui tombent en panne plutôt que d’essayer de les réparer. Soit parce qu’il ne sait pas le faire – vive les repair cafés – soit parce que c’est impossible de le faire.

Voilà déjà une piste de solution : choisissons plutôt des produits réparables que ceux dont l’obsolescence a été programmée.

Des objets trop vite usés que l’on peut signaler à Test-Achats qui les recensent. A ce jour, plus de 9000 signalements d’appareils sont parvenus au point de contact. Figurent en tête les GSM et smartphones, suivis des imprimantes, des machines à laver, des lave-vaisselle et des télévisions.

Choisissons aussi de bannir les emballages en plastique à usage unique et préférons-leur les sacs réutilisables, cabas, filets, sacs à dos, paniers, caissettes, bocaux…

Sur le web, il suffit d’acquérir certains réflexes pour diminuer notre empreinte écologique digitale. Par exemple: trier et vider notre boîte mail, nous désabonner de newsletters inutiles (sauf celle d’InnovaTech :)), optimiser nos requêtes, limiter les pièces jointes, réduire le poids des images que nous utilisons… Autant de petits gestes à notre portée.


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