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Thibault Baras va dévoiler le bulletin météo du futur

Date de publication
4 septembre 2019
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thibault Baras

L’entrepreneur carolo, patron de Dreamwall et de Keywall, a révolutionné le broadcasting avec ses studios virtuels dopés grâce à un moteur de jeu vidéo !

« Qu’est-ce qui me rend encore si enthousiaste ? Savoir que j’ai encore 10 ans pour innover ».

Certains entrepreneurs, bardés de diplômes, ont toujours su qu’ils développeraient des produits ou des services innovants dans leurs secteurs de prédilection.

D’autres ont repris les activités de l’entreprise familiale mais en les adaptant aux nouveaux besoins des clients, accroissant ainsi la valeur ajoutée des produits lancés sur le marché.

D’autres enfin ont eu « de la chance » : ou plutôt, ils ont su garder l’esprit ouvert et sont restés attentifs aux opportunités.

Un parcours totalement atypique

Thibault Baras, patron de Dreamwall et de Keywall, fait partie de cette troisième catégorie. Son parcours est totalement atypique. Après des études secondaires à l’Athénée Solvay (Charleroi) – « Quand, dans les conseils d’administration, on me demande où j’ai fait mes études, je réponds chez Solvay » – sa vie personnelle le contraint à trouver rapidement du travail.

« J’aurais voulu être interprète, dit celui qui parle couramment 4 langues. La vie en a décidé autrement ». Mais le hasard fait parfois bien les choses : « Quand je suis arrivé à l’ONEM, on m’a demandé dans quel secteur je cherchais un job. J’avais fait un an de comptabilité. « Cela tombe bien » m’a répondu le fonctionnaire : « on vient de recevoir une demande pour un stagiaire à la comptabilité de la RTBF ».

C’est de cette manière qu’il fait ses premiers pas dans la grande maison du boulevard Reyers. Et, en 1985, il réussit les examens d’entrée pour rejoindre les services de comptabilité du service public de la radio et de la télévision pour la Communauté française de Belgique.

Premier ordinateur graphique

C’est l’époque héroïque où tout est possible pour celles et ceux qui ont des idées neuves et font preuve d’initiatives dans des domaines émergents. Fin des années ’80, l’informatique débarque dans le monde de l’entreprise. Thibault Baras n’est pas un informaticien. Mais il s’adapte vite à ces nouvelles technologies dont personne n’imagine encore à quel point elles vont révolutionner les métiers, depuis les travaux de bureau jusqu’au broadcasting. « Et pour m’y familiariser, explique-t-il, je passais mes nuits sur mon Sinclair ZX81 pour améliorer mes connaissances en informatique ».

Un apprentissage payant pour qui sait faire preuve d’initiatives. A la comptabilité, à Bruxelles, c’était le début des tableurs sur PC. « J’avais un PC avec les suites bureautiques Lotus. Pour éviter les tâches répétitives, j’ai rapidement développé des macros pour envoyer mes rapports aux clients ».

En 1987, le premier ordinateur graphique arrive à la RTBF. Jusque-là les sous-titres étaient réalisés de manière très artisanale : avec cet ordinateur doté de 16 couleurs différentes, le travail était plus simple. « On pouvait même digitaliser des logos ».

Qui parle anglais et s’y connait en informatique ?

« En 1988, les équipes de la RTBF cherchaient en interne des gens qui avaient une connaissance en informatique et qui parlaient en anglais. Je me suis présenté et j’ai rejoint le service graphique de la RTBF. On était précurseur dans un monde qui bougeait sans cesse. Même si on n’avait qu’une seule caméra au service graphique ». Un profil comme le sien intéresse les chasseurs de tête. En particulier ceux qui, pour le compte de Canal +, sont chargés de recruter des talents pour l’antenne belge de la chaine cryptée française.

Un an plus tard, Canal + s’installe en Belgique. La future BeTV va, dès l’entame, frapper un grand coup en achetant les droits de retransmission des matchs de foot. Pour retransmettre un match, la RTBF disposait de 4 caméras. Canal +, c’était dix caméras. « Ils avaient les moyens et cherchaient du personnel belge. Les réalisateurs trouvaient que j’étais bon. J’ai donc commencé par faire des remplacements avant de travailler pour Canal tout en conservant mon poste à la RTBF. A 27 ans, et pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé la retransmission d’un gala de boxe près de Grenoble. J’étais partant pour faire ce boulot-là ». Un éblouissement. Surtout une nouvelle carrière au cours de laquelle Thibault Baras apprend et s’accomplit. Tellement prenante qu’il est contraint de choisir. « Je prends la décision de quitter la RTBF, juste après les JO de Sidney ».

Une base données qui transforme le reportage sportif

Thibault BarasJamais à cours d’idée, il développe chez Canal un nouveau service qui va bientôt se révéler indispensable aux réalisateurs et journalistes sportifs. « Chez Canal, j’ai développé pour la première fois un système statistique sur le championnat de foot belge. Je regardais tous les matchs du week-end et j’encodais les actions de chacun (but, corner, assist, …). J’en sortais 40 pages qui s’alimentaient au fur et à mesure. Ce document aidait les journalistes dans leurs commentaires et dans le choix des sujets ». Si lors d’un match, vous entendez (et voyez dans le sous-titre) qu’un joueur a marqué trois fois de la tête en coup de coin, c’est grâce à Thibault Baras.

Et si on y ajoutait les images de ces trois buts? « Un jour, en 1995, le directeur technique m’appelle et me propose de coupler ma base de données avec un serveur créé par EVS ». C’est Francis Bodson, membre du board de l’entreprise liégeoise – les deux hommes resteront proches, notamment au sein du cluster Tweed – qui lui demandera de faire migrer sa base de données sur Access. Rachetée par Canal + Belgique qui réalisera les premiers tests (devenue BeTV), cette base de données est pilotée par une interface de contrôle également développée par Thibault Baras. Elle permet de réaliser une connexion entre bases de données et projet graphique.

Créer un studio virtuel

Thibault BarasMais le vrai coup de génie de Thibault Baras, c’est d’avoir imaginé un concept qui va révolutionner la retransmission des évènements en télévision : celui du studio virtuel. « Je suis actif sur le marché du studio virtuel depuis 2004. Aujourd’hui, cela paraît une évidence de faire de l’animation 3D avec un moteur de jeu. Mais moi j’y pensais depuis dix ans ».

Et pour Thibault Baras, les choses sont claires : cette solution innovante doit être intégrée dans toutes les technologies de broadcasting. « Si on ne comprend pas maintenant l’intérêt de cette innovation, on ne le comprendra jamais. Au canada, où il y a une sorte d’aspirateur de talents, on l’a compris depuis longtemps ».

Une fois encore, la RTBF va lui faire confiance. Après deux ans passés à temps plein chez Canal, la chaine publique, désormais dirigée (depuis 2002) par Jean-Paul Philippot, le rappelle pour prendre la direction du service graphique. Et lui confie la mission de développer un premier studio virtuel. En 2005, le service dirigé par Thibault Baras développe lui-même un moteur de rendu 3D en temps réel.

Création de Dreamwall

Thibault BarasMais c’est l’heure aussi de l’outsourcing. Jean-Paul Philippot et les éditions Dupuis entament des discussions pour créer une société mixte, installée à Charleroi. Fin 2006, c’est la naissance de Dreamwall dont la direction est confiée à Thibault Baras, puis de Keywall.

DreamWall, qui emploie une centaine de personnes, c’est une première pépite wallonne : studio d’animation et de créations graphiques, elle réalise des animations 2D/3D (séries, long-métrages, teasers, pub et formats web). C’est l’un des premiers studios d’animation belges à avoir été nommé aux Oscars. On lui doit (en 2012), le film ” Astérix, le Domaine des Dieux ” qui réalise plus d’un million d’entrées en France. En 2014, le film d’animation “Loulou, l’incroyable secret” remporte le César du Meilleur film d’animation. En 2018, le film “Zombillenium” est nommé aux Césars. Et c’est loin d’être terminé.

KeyWall, l’autre pépite

La seconde pépite, celle qui est en pleine expansion, ce sont les solutions TV (création de génériques, d’habillage TV, de décors virtuels, en réalité augmentée et réalité virtuelle) et des solutions corporate destinées aux entreprises.

Adossée à Dreamwall, plus discrète, sa petite sœur, KeyWall, est en passe de crever tous les écrans.

Forte de 5 employés, elle offre une chaîne complète de production : de la création de décors virtuels et réalité augmentée aux habillages d’émissions en passant par les effets spéciaux, l’animation 2D/3D, les tournages, la post-production ou encore la production de contenu. Elle offre du contenus météorologiques (infos et bulletins météo) et effectue le tournage ainsi que la production de bulletins d’infos trafic dans des décors virtuels avec ou sans réalité augmentée.

C’est que son offre dépasse et de très loin celles des concurrents. Grâce à un partenariat win-win. « En 2016, explique Thibault Baras, on participait aux deux plus grands salons mondiaux du broadcast, le salon IBC (Amsterdam) et le NAB Show de Las Vegas. On y faisait des démo sur des stands partenaires ».

Thibault BarasC’est d’ailleurs à lors du salon IBC qu’ils vont faire une rencontre décisive. «La société turque Zero Density avait réussi à intégrer le moteur de jeu vidéo « Unreal Engine » dans les technologies broadcast télévision, explique Thibault Barras. Et franchement, c’était bluffant. Cette innovation offre le niveau supérieur de production de studio virtuel avec des effets visuels en temps réel. Leur plateforme de studio virtuel 3D et de réalité augmentée présentait une solution qui était la plus photo-réaliste en temps réel du secteur ».

Quelques semaines plus tard, poursuit le directeur de Dreamwall-Keywall, « le patron de Zero Density venait en Belgique, une visite à l’issue de laquelle nous avons noué un partenariat win-win. Ils fournissent la technologie mais ne sont pas inclus dans le workflow des clients. On est complémentaire puisque de notre côté on crée du contenu et on fait un usage innovant de cette technologie. Ensemble, on offre une solution innovante pour le client final ».

Le résultat est époustouflant. « C’était le chaînon manquant, explique Thibault Baras. On voyait des super trucs sur les consoles de jeu, des cartes graphiques aux résultats étonnants en regard de ce qui se faisait alors en télévision, plutôt « bof-bof ».

France Télévision et TF1 parmi les clients de Thibault Baras

Thibault Baras« En 2017, poursuit Thibault Barras, je suis allé présenter cette solution à la direction de France Télévision qui cherchait une solution innovante pour disposer d’un studio virtuel à l’occasion des élections présidentielles et législatives. France Télévision a eu l’audace de choisir KeyWall. On a eu deux mois pour rendre le studio opérationnel ».

Le jour J, le résultat dépasse toutes les attentes. « Ce studio tout vert a permis à Laurent Delahousse de « pénétrer » dans le bureau modélisé du chef de l’État ou à Nicolas Chateauneuf de se projeter devant la représentation du pavillon de la Lanterne pour évoquer les dotations présidentielles ».

La captation du palais de l’Élysée, réalisée pour la soirée électorale mais aussi pour l’application Élysée en virtuel, a nécessité plus de 200 000 euros et des ressources insoupçonnées. Pour le bureau présidentiel, les équipes sont allées faire des photos… sous le regard vigilant des renseignements généraux. Pour reproduire tout cela, il a fallu trouver les références exactes des fauteuils, des tapis, Un vrai travail de fou. Les équipes ont même enregistré le son… du silence du bureau présidentiel pour être le plus réaliste possible. C’est-à-dire le tic-tac de l’horloge et le bruit de la ventilation.

Un triomphe à l’échelle de la planète broadcast. La solution wallonne a été découverte par quelques 20 millions de téléspectateurs. Dans le milieu professionnel, c’était une vraie révolution. « Que ce soit pour Zero Density et son moteur de jeu UNREAL ou pour nous, cette réalisation était la porte ouverte vers des diversifications de toutes sortes ».

Alstom a ainsi utilisé UNREAL pour son simulateur, Dirty Monitor utilise UNREAL pour ses spectacles de video mapping, le monde de la médecine travaille aussi avec UNREAL pour développer des scans 3D de votre corps. « En se munissant de lunettes, le médecin peut vous expliquer et vous montrer exactement ce qui se passe dans votre corps. Le monde automobile ou celui de l’architecture ont également compris l’intérêt de ce moteur pour leurs réalisations 3D ». Des dizaines de métiers différents sont potentiellement prêts à utiliser ce moteur.

La formule belgo-turque va également séduire Envoyé Spécial. France Télévisions réfléchissait à une nouvelle formule d’envoyé spécial. « A l’époque, le plateau se faisait en extérieur et nécessitait l’usage d’un gros container rouge de 10 tonnes qui était placé dans divers endroits de Paris. Ils voulaient se libérer de cette contrainte et ont accepté l’idée du développement d’un environnement virtuel. En septembre 2017, le résultat emballe Elise Lucet.

Thibault BarasEt intéresse TF1. C’est la technologie carolo qui en 2018 va créer le plateau de la Coupe du monde en Russie sur TF1, où Denis Brogniart et son équipe se trouvaient au centre du stade de Sotchi, qui servait de plateau principal. Ensuite, ils se retrouvaient dans la vie des Bleus lors de la coupe du monde, notamment dans les vestiaires de l’équipe de France, le bus, la salle de repas, etc. Pour y arriver, les collaborateurs de Dreamwall se sont rendus en Russie pour prendre les photos et observer l’environnement de l’équipe de France sur place avant de modéliser, ces décors virtuels utilisés par TF1 pour tourner des scènes explicatives. .

A la RTBF, la technologie permettait de téléporter virtuellement Eden Hazard, Axel Witsel ou Thibaut Courtois sur le plateau de Benjamin Deceuninck, un tour de magie qui a fait le buzz. En septembre, RTL inaugurait un décor en réalité augmentée pour les matches de la Champions League, toujours avec Dreamwall. Cette année-là encore, les équipes de Thibault Barras installaient et intégraient moteur, caméras (8), décors (6) et studio pour la nouvelle chaine de RMC Sport.

En 2019, les équipes de Thibault Baras reviennent sur TF1 avec la coupe du monde féminine de football (ils reviendront en septembre avec la coupe du monde de rugby, au Japon), ont permis la diffusion à la mi-avril de Charleroi e-sport en direct sur la plateforme Twitch ou encore, pour le compte d’une chaine de télévision indienne, Star TV (1,5 milliards de téléspectateurs), celle du match Angleterre – Pays de Galle lors du championnat du monde de Cricket qui se tenait jusqu’au 15 juillet en Grande-Bretagne.

Ils ont développé aussi pour le parlement européen un univers éblouissant à l’occasion des élections européennes. Et, en août, c’est le centre de diffusion numérique (CDN) de BeTV qui débarque à Gosselies, grâce à un partenariat EVS-BeTV-Keywall. Clairement, ces sont les innovations développées en Wallonie qui ont convaincu la direction de BeTV de s’installer à Charleroi plutôt qu’en Flandre. « Autour de ce pôle, ce sont toute une série de nouveaux services qui vont pouvoir se créer », promet Thibault Baras.

Seule ombre au tableau : « chez nous, très peu de formations sont disponibles et ont peine à trouver du personnel capable de développer et d’intégrer ces technologies dans le broadcast. Seule la Haute Ecole Albert Jacquard (Namur) propose des options temps réel sous moteur UNREAL. On a tout de même réussit à constituer une petite équipe de passionnés, des carolos et un parisien qui sont dans le jeu vidéo depuis qu’ils ont 12 ans ! Ils sont attachés à l’entreprise car, et c’est la clé pour cette génération, ils ne s’embêtent pas. Ils ont énormément de projets divers. C’est 4 ou 5 emplois qui n’existaient pas il y a trois ans. Et on n’est qu’au début ».

Quel est votre dernier défi technologique ?

Thibault BarasC’est le projet qui m’occupe pour l’instant et qui est sans doute le plus innovant de ceux qui se trouvent dans nos cartons. On va créer le futur de la visualisation météo. Pour l’instant, on doit se contenter de cartes météo avec des pictogrammes représentant des petites ou des grosses gouttes de pluie, des soleils, etc. On travaille sur une application qui devrait permettre au spectateur de s’immerger directement dans de grosses ou petites averses. On a recensé 105 types de temps qu’on pourra découvrir en virtuel dans un environnement spécialement conçu. Cela devrait annoncer le futur des bulletins météo. On va le présenter en septembre au salon IBC d’Amsterdam et il devrait être disponible en 2020.

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

D’avoir toujours suivi mon intuition.

Et la pire ?

Celle que je n’ai pas prise.

Qu’est-ce qui vous rend encore si enthousiaste ?

Savoir que j’ai encore dix ans pour innover.


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