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Thierry Leclipteux détecte la résistance aux antibiotiques

Date de publication
20 octobre 2016
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résistance aux antibiotiques

Son entreprise, Coris BioConcept, a développé TRAPIST v6, un outil d’identification de bactéries et de leurs facteurs de résistance aux antibiotiques. Portrait de cet entrepreneur.

Coris BioConcept a 20 ans cette année. Certifiée ISO 13485, l’entreprise s’est spécialisée dans le développement et la fabrication de tests de diagnostic rapide basés sur le principe de l’immunochromatographie (ICT), des tests commercialisés dans plus de 60 pays. Elle occupe aujourd’hui 32 personnes pour un total bilantaire de 5 millions d’€. Le département Recherche & Développement de Coris BioConcept occupe un peu plus de 40 % du personnel avec un budget représentant plus de 30% du chiffre d’affaires. Ce département R&D est à la base de tous les produits commercialisés par Coris BioConcept, avec plusieurs technologies innovantes dont certaines ont fait l’objet de brevets.

Les premiers produits ont été commercialisés dès 1997 dans le domaine des gastro-entérites, rapidement suivis par des produits détectant des pathogènes respiratoires. D’autres tests permettant la détection de molécules chimiques dans les urines font aussi partie du catalogue, de même que quelques tests de biologie moléculaire issus de programmes de recherche européens ou régionaux.

En 2015, l’entreprise a lancé sur le marché une nouvelle plateforme de diagnostic permettant des analyses multiplex en biologie moléculaire avec une technologie basée sur des puces microfluidiques (Lab-OnChip). Cette plateforme, appelée TRAPIST v6, est constituée d’un instrument et de puces microfluidiques dédiées. Les premiers tests sont développés pour l’identification de bactéries et de leurs facteurs de résistance aux antibiotiques dans les cas de septicémies. Fin 2015, l’entreprise a aussi lancé une nouvelle gamme de produits destinés à la détection des résistances aux antibiotiques mais avec la même technologie ICT que celle utilisée pour nos tests « classiques ». Ces produits sont actuellement uniques sur le marché mondial.

Pour une PME, s’engager dans des projets européens, c’est très lourd. Mais les retombées sont incroyables

Quel est votre parcours ?

résistance aux antibiotiquesTitulaire d’un doctorat en biologie (FUNDP), Thierry Leclipteux démarre sa carrière à l’Institut National des Radioéléments (IRE), à Fleurus, avant de rejoindre une société spécialisée dans les tests à usage vétérinaire en tant que directeur scientifique. « J’ai ensuite rejoint la Faculté de Médecine Vétérinaire de l’Université de Liège, l’entreprise ayant décidé de clôturer l’activité biotech au sein de laquelle j’évoluais, raconte-t-il. Je suis resté à Liège jusqu’à ce que, vers la quarantaine, la fibre entrepreneuriale commence sérieusement à se manifester ».

Fin octobre 1996, il crée la SPRL Coris BioConcept avec trois autres partenaires. « Nous avons démarré à très petite échelle dans un domaine que je connaissais parfaitement : la mise de départ n’excédait pas quelques milliers d’euros et nous avons fonctionné les premières années sans nous rémunérer. Je rentrais de l’université le soir et on emballait les kits dans la cuisine familiale, pour quelques clients. Des tests qui étaient produits chez un ami, Benoit Granier (UNISENSOR), à Liège ».

Quelques années plus tard, Coris BioConcept déménage dans le Parc Scientifique Créalys, près de Namur, où l’entreprise est d’abord hébergée dans un centre relais d’innovation. « Nous avons assuré notre croissance en thésaurisant nos rentrées avant d’engager du personnel et en réinvestissant la totalité de nos bénéfices dans la recherche et le développement. La société est financièrement autosuffisante et notre solidité financière a toujours garanti notre indépendance et nos bonnes relations avec les banques ».

Comment a évolué votre métier ?

« Je le disais lors de l’évènement marquant le vingtième anniversaire de Coris : on assiste à un durcissement de notre environnement de travail. Simplement parce qu’on est passé d’un mode de production « artisanal » à une professionnalisation des process. Durcissement d’abord, en interne : plus de personnel entraine plus de règles de travail. Durcissement aussi dans le secteur des biotechnologies où, réglementation européenne oblige, nous faisons face à de plus en plus de contraintes. Des contraintes qui n’ont pas toujours beaucoup de sens dans notre métier. Pour la production, la tendance tend à nous obliger à travailler en environnement GMP, dans des conditions de type pharmaceutique, alors qu’on ne travaille pas sur l’humain. Ce qui a évidemment des conséquences financières : un laboratoire en production GMP présente évidemment des surcoûts importants.»

Quelle a été votre meilleure décision professionnelle ?

«S’engager dans des projets européens. Indéniablement. C’est vrai – surtout quand c’est la première fois – que ce n’est vraiment pas évident pour une PME. C’est compliqué en termes de gestion scientifique et financière. C’est très lourd. Mais les retombées sont incroyables. On entre en relation avec des universités, des laboratoires de recherche, des entreprises venant de toute l’Europe. On est repris dans les bases de données, on est reconnu par ses pairs. Et grâce à cette reconnaissance, on a été associé à d’autres projets de recherche et on a décroché de nouveaux contrats.»

Et, inversement, quelle décision regrettez-vous ?

« Bien sûr, on peut toujours regretter d’avoir participé à certains projets qui n’ont pas abouti à des résultats valorisables commercialement. Plus généralement, on a compris, au fur et à mesure, que l’on devait peut-être plus se focaliser sur des projets à finalité commerciale et pas seulement scientifique. Mais globalement, ces expériences sont vraiment très positives. Un regret peut-être plus personnel : mes connaissances en matière financière ne sont peut-être pas assez suffisantes. Or, je me rends compte que, dans la vie d’une entreprise, sa gestion comptable et financière est primordiale. Mais j’essaie de m’améliorer. »

Comment favorisez-vous l’innovation ?

«Think different». Chez moi et chez Coris, c’est devenu une phrase culte. Car innover, c’est un état d’esprit. On est toujours en train d’imaginer, de développer de nouvelles solutions, grâce à de nouvelles technologies. Pas tout seul, évidemment. Mais, dans le métier des biotech, dans un environnement mondial, innover est une absolue nécessité pour une PME. Il faut qu’on soit toujours à la pointe. Notamment dans nos recherches sur les facteurs de résistance aux antibiotiques. Sinon, c’est simple, on disparaît. Cet état d’esprit fait partie de notre ADN ».

Quel est le dernier problème technique/technologique que vous avez rencontré ?

«Des problèmes techniques, dans une entreprise innovante comme la nôtre, cela fait partie du quotidien. Dernier problème en date : nous développons des puces microfluidiques, cœur de nos dispositifs de détection des facteurs de résistance aux antibiotiques. Ce sont des dispositifs en matière plastique équipés de canaux de dimensions micrométriques. Dans un tel environnement (micron), le mouvement d’un liquide est particulier. Et cela nous pose des problèmes. Or, nous n’avons pas la maîtrise de ces dispositifs plastiques qui sont produits par une entreprise allemande. Ce n’est pas notre métier. Soit ce sous-traitant résout le problème, soit ce seront de nouveaux partenaires belges. L’avantage de cette seconde solution, c’est que nous pourrions à l’avenir maîtriser la production de ces dispositifs.»

Votre phrase/citation préférée ?

«C’est une phrase que j’ai lue il y a très longtemps. Et elle m’a marqué. «Et pendant ce temps-là, les continents dérivent, peinards». J’aime cette phrase parce qu’elle me rappelle la nécessaire humilité de l’entrepreneur. On doit garder les pieds sur terre. On fait des choses formidables mais il y a beaucoup d’autres choses importantes qui vont influer sur nos vies».

« Et pendant ce temps-là, les continents dérivent, peinards ».

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