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Un système innovant qui laisse s’exprimer la créativité d’un panel d’« experts » anonymes

Date de publication
12 septembre 2019
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Mesydel

Mesydel est à la fois un outil d’aide à la décision dans des organisations et un outil de consensus pour des fédérations représentatives ou dans le monde de la recherche

Mesydel, c’est passer du « je » au « nous »

« Que le sort d’un projet dépende des alliances qu’il permet et des intérêts qu’il mobilise, explique pourquoi aucun critère, aucun algorithme ne permettent d’assurer à priori le succès. Plutôt que de rationalité des décisions, il faut parler de l’agrégation d’intérêts qu’elles sont ou non capables de produire. L’innovation c‘est l’art d’intéresser un nombre croissant d’alliés qui vous rendent de plus en plus fort ».

Madeleine Akrich, une sociologue française titulaire de la médaille d’argent du CNRS, directrice du Centre de sociologie de l’innovation (CSI) de Mines ParisTech de 2003 à 2013, est une spécialiste de la sociologie des techniques. Ses travaux s’inscrivent dans la perspective de la théorie de l’acteur-réseau. Privilégiant l’analyse des usagers, elle s’est interrogée notamment sur les relations de ceux-ci avec les technologies.

MesydelOn le sait. Résoudre un problème récurrent, qui concerne un nombre suffisant d’usagers, est la condition nécessaire au développement d’une solution innovante.

Première étape de ce développement, développer des idées de solutions. Et il n’y a pas de miracles : pour identifier des solutions qui peuvent être mises en œuvre, il faut énormément d’idées. Chez AGC, on a coutume de dire que pour 100 idées proposées, 3 aboutissent à des innovations qui seront proposées au marché et une seule sera un succès commercial.

Comment s’assurer de recevoir beaucoup d’idées ? En laissant s’exprimer la créativité d’un panel d’ « experts » anonymes. Quels experts ? Pas forcément des spécialistes, au sens scientifique du terme, mais des « experts d’usage », c’est-à-dire tout « profane » qui, de par sa position, a une connaissance sur un sujet donné. C’est l’une des clés des succès engrangés par les living lab.

Un living lab, c’est un lieu pour concevoir des produits et des services innovants en plaçant l’utilisateur au cœur du processus d’innovation. Les utilisateurs, cela peut-être n’importe qui : clients, entrepreneurs, citoyens, collaborateurs, entreprises, etc. L’essentiel, c’est qu’ils soient susceptibles d’utiliser les solutions développées.

Retrouvez ici des exemples parlants.

Mesydel est une sorte de living lab en ligne, mais qui, travaillant à très grande échelle (jusqu’à 10.000 répondants) et par itérations successives, permet d’arriver à des consensus forts autour de problématiques complexes et à proposer des solutions inventives portées par des experts d’usage.

De la méthode Delphi au logiciel Mesydel

MesydelLa méthode Delphi est une des méthodes dites « expertes » les plus réputées dans ce domaine. Cette méthode prospective permet d’interroger un panel d’experts de manière itérative : une enquête Delphi typique se compose de deux tours au minimum, avec, entre chaque tour, une synthèse qui sert de base au questionnaire suivant, permettant une « rétroaction contrôlée ».

Une des particularités de la méthode est qu’elle se base sur les intuitions d’un panel d’experts. Ces experts n’ont pas accès aux réponses de leurs pairs, ce qui permet d’éviter un biais d’auto-modération : dans une situation où cette confidentialité ne serait pas établie, les experts pourraient adopter des réponses plus consensuelles, exprimer des avis moins tranchés. La méthode Delphi a prouvé son efficacité dans la création de « futuribles » : des scénarios de futurs possibles, mais pas certains.

Mesydel: adapter la méthode Delphi pour une mise en ligne

C’est sur base de cette méthode que s’est construit le logiciel Mesydel : il permet la collection des données, les multiples tours de questionnaire, la gestion d’un carnet d’adresses, le traitement et l’analyse de questions qualitatives et quantitatives et des outils d’analyse dédiés.

Concrètement, le logiciel Mesydel adapte la « méthode Delphi » pour une mise en oeuvre en ligne : les experts complètent le questionnaire librement à distance.

Après deux semaines, le tour est généralement clôturé. Une synthèse est réalisée, qui sert à formaliser les questions du tour suivant, au cours duquel les mêmes experts viendront apporter des précisions quant à leurs réponses antérieures.

La langue de l’interface peut être choisie selon les préférences et compétences de l’expert. Il lui est également possible de répondre dans la langue qu’il désire, dans la mesure où le ou les chercheurs parlent cette langue. Cette grande flexibilité permet d’obtenir des taux de réponse inégalés dans les méthodes expertes traditionnelles.

Création de Mesydel

Du logiciel Mesydel est né Mesylab, la première spin-off de la Faculté de Droit, de Sciences Politiques et de Criminologie de l’ULiège. Créée en décembre 2017, grâce à un financement de la Région wallonne et à plusieurs années de développement du logiciel au sein du laboratoire Spiral, Mesylab commercialise désormais un logiciel en ligne de consultation participative et une expertise scientifique multidisciplinaire, favorisant la prise de décision collective et l’émergence de consensus autour de thématiques complexes.

MesydelComme l’indique Martin Erpicum, gérant de Mesylab et développeur du logiciel, « Mesydel est un outil extrêmement polyvalent, il peut par exemple être utilisé comme outil d’aide à la décision dans des organisations, comme outil de consensus pour des fédérations représentatives, ou dans le cadre de recherche scientifique en médecine ou en ingénierie. Nous avons d’ailleurs récemment travaillé avec la Fondation Bill & Melinda Gates dans le cadre de la recherche d’un consensus scientifique autour de définitions médicales liées à des maladies tropicales ».

Martin Erpicum, chargé de recherche senior à l’université de Liège, a créé Mesydel en 2016. Avant que les réseaux sociaux n’émergent de la toile, il a développé des outils d’analyse du comportement en ligne, à la lisière des sciences de la sociologie et de l’informatique. « Durant 4 ans, explique-t-il, j’ai fait de la recherche à l’ULiège en psychologie, sciences politiques et sociologie (pour les trois facultés) toujours avec cette complémentarité sciences sociales et informatique ». Après avoir travaillé au CRP Henri Tudor, il a rejoint Innoviris où durant 4 ans, il a évalué des projets de R&D en informatique.

Mais parallèlement, Martin Erpicum concrétise une idée qui lui trotte dans la tête. « J’avais développé un prototype de mes idées avec des collègues, sans financements, en parallèle de mes recherches à l’ULiège. Après avoir voyagé un peu, j’ai eu l’opportunité de transformer ces idées, et de réaliser un prototype qui peu à peu a muté en un projet d’entreprise plus « pro ».

Uniquement sur fonds privés

Grâce à un First Spin-off, il a eu trois ans pour créer le pilote et l’entreprise qui allait « industrialiser » le produit. Une entreprise créée le 4 décembre 2017, uniquement sur base de fonds privés. « J’avais envie de voir si cette idée était viable. Après 3 ans de développement, on était arrivé à un outil professionnel. On a décidé de le lancer sur le marché. S’il ne se vend pas maintenant, il ne marchera pas non plus dans 4 ans ».

Un spécialiste des politiques publiques

MesydelIncubée chez nos partenaires du WSL, Mesylab, dont le siège social est installé au sein de l’incubateur des techno-entrepreneurs, dispose d’un siège d’exploitation à la Faculté de Droit, Sciences politique et Criminologie de l’ULg, au Sart-Tilman, où elle collabore avec le laboratoire Spiral.

Maxime Petit Jean, lui, avait rejoint l’équipe « Mesydel » en juillet 2016. Docteur en sciences politiques et sociales (UCL, 2016), titulaire d’un Master of European Politics and Policies (KUL, 2011) et d’un Master en Administration Publique (ULg, 2010), il avait démarré sa carrière au Centre Régional d’Aide aux Communes (CRAC), un Organisme d’Intérêt Public (OIP) créé au sein de la Région Wallonne pour pouvoir répondre aux objectifs suivants:

  • Apporter une solution structurelle à la problématique des déficits de trésorerie des Communes au moyen du Compte Régional pour l’Aide aux Communes;
  • Contribuer par une mission d’accompagnement et de conseils en matière de gestion financière à l’équilibre budgétaire durable des Pouvoirs locaux.

 

Après une thèse de doctorat sur la question des prospectives, baptisée « L’institutionnalisation de la prospective dans l’action publique : analyse comparée des systèmes politico-administratifs britannique, néerlandais et wallon », il rejoint le laboratoire Spiral. Dans un premier temps, il développe un projet d’innovation dans le secteur public et effectue différents travaux avec Martin Erpicum autour d’un second projet.

Les deux hommes se sont ensuite notamment associés à:

  • Mylène Rivière, chargée de recherches au Spiral (ULg) – ingénieur en procédés et environnement (INSA de Toulouse, 2012) – docteur en géographie humaine (Université Bordeaux Montaigne, 2017)
  • Pierre Delvenne : chercheur qualifié FNRS au Département de Science Politique, Directeur adjoint du SPIRAL
  • Catherine Fallon : directrice du Spiral – Chargée de cours – Docteur en sciences politique et sociale (2009, ULg) – Licenciée en sociologie (1994, ULg) – Master of Sciences in Biochemical Engineering (1981, MIT) – Ingénieur civil chimiste (1980, UCL).

Des projets dans tous les secteurs, publics et privés

Mais c’est en 2018 que Mesylab va voir les projets s’accumuler. Des projets qui touchent des domaines très variés comme la transition énergétique, le déploiement de la blockchain pour le secteur de l’aviation, l’anticipation des risques en matière de sécurité, le développement d’un outil réduisant le stress des patients en chirurgie et l’identification des thématiques-clés de recherche en agriculture sur un territoire donné.

Mesydel a ainsi collaboré avec différents centres de recherche de l’Université de Liège, mais aussi avec d’autres universités, comme celles d’Anvers, de Maastricht, Bruxelles (KUL), Mons, Oslo, Rochester, Heidelberg, Limoges, etc. Mesydel développe également des partenariats pour l’enseignement de la technique Delphi notamment avec le Pacific Northwest College of Art.

En parallèle, Mesydel a également collaboré avec le privé : notamment, avec le Standard de Liège, l’entreprise Roche ou encore l’incubateur wallon des sciences de l’ingénieur WSL.

Mesydel a aussi réalisé pour WSL, un diagnostic partagé des besoins de ses start-ups et de la satisfaction des Alumni. La spin-off a également permis la mise en place d’un outil d’évaluation d’articles scientifiques par un comité d’experts internes à la société pharmaceutique Roche.

Vers un consensus de l’immobilisation de la colonne vertébrale grâce à Mesydel

Mesydel En cas d’accident, les services de secours immobilisent souvent la colonne vertébrale mais, par mesure de prudence, on le fait trop et trop longtemps » expliquent Martin et Maxime. Les méthodes d’immobilisation de la colonne ont connu une progression constante depuis l’avènement du collier cervical « mousse » dans les années 60, du matelas à dépression en Europe et de la « long spine board » aux Etats-Unis dans les années ‘70.

Depuis, le matériel n’a cessé de se perfectionner, notamment au niveau des colliers cervicaux. Par ailleurs, la planche (Long spine board) a croisé le matelas à dépression au-dessus de l’Atlantique et fait aujourd’hui partie du quotidien des ambulanciers.

Cependant, de nombreuses controverses sont apparues dans la littérature internationale quant à l’usage systématique de ces dispositifs en raison de leurs importants effets secondaires. Raison pour laquelle des modifications sensibles des guidelines, tant européens qu’américains, ont vu le jour.

C’est dans pareil contexte qu’un processus de consensus relatif à l’utilisation de ces différents moyens de contention a été organisé en collaboration avec le CHR de la Citadelle (Liège) afin d’harmoniser les formations et les pratiques de l’ensemble des partenaires de l’Aide Médicale Urgente (AMU). « Depuis fin juin, on travaille sur la construction d’un consensus médical sur les procédures d’immobilisation de la colonne vertébrale (accident – fréquemment immobilisé – quand et pourquoi). La méthodologie développée par Mesydel est particulièrement indiquée lorsqu’il s’agit d’un débat compliqué et qui doit avoir lieu à distance », confirment les responsables scientifiques.

Voir ici la vidéo.

Pour les supporters du Standard

Mesydel a aussi collaboré avec le Standard de Liège pour redéfinir, avec les 64 clubs de supporters, les missions et le fonctionnement de la Famille des Rouches, l’ASBL qui fait le lien entre les clubs de supporters et la Direction du Standard de Liège.

En région wallonne et bruxelloise ainsi qu’à l’étranger

Le logiciel Mesydel a également été utilisé dans différentes évaluations de politiques publiques en Région wallonne et en région de Bruxelles-Capitale, afin co-construire avec les acteurs impliqués des constats et des pistes d’améliorations. Ces évaluations ont permis, par exemple, de réaliser un diagnostic du fonctionnement du Guichet anti-discrimination d’Actiris, de l’organisation du pilotage et de la coordination du dispositif bruxellois de la Garantie pour la Jeunesse ou encore d’évaluer la connaissance, la perception et l’impact des aides à destination des établissements d’enseignement supérieur (Universités et Hautes Écoles) de la Région Bruxelles-Capitale en vue de proposer des pistes d’amélioration.

Enfin, Mesydel s’est internationalisé : différentes universités et organisations étrangères ont acheté un accès au logiciel, notamment aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Autriche, en Espagne, en France et en Nouvelle-Zélande. Cela représente environ 40% des clients de la spin-off. Mesydel a eu la chance de participer à la Mission royale au Portugal en octobre dernier en compagnie d’une centaine d’autres entreprises belges, ancrant cet essor à l’étranger.

MesydelEt pour 2019, les choses s’annoncent tout aussi positives : plusieurs projets sont à l’examen, d’autres en phase de finalisation (notamment, à la demande de l’IWEPS, la création d’un consensus autour de ce que c’est que l’innovation pour les 400 fonctionnaires du SPW) avec des acteurs liégeois et internationaux, tandis que de nouvelles missions d’expertise sont déjà prévues pour les premiers mois de l’année.

Mesylab vient de clôturer une mission, qui lui a été confiée par le GRE Liège, sur la logistique intelligente pour le transport marchandise en province de Liège. Mission : identifier les besoins et les priorités des acteurs via Logistics in Wallonia. Une mission qui a abouti à la mise en évidence de quatre thématiques : les infrastructures, la gestion des flux, l’emploi et la formation et les nouvelles technologies et la gestion/utilisation des données.

Voir ici la vidéo.

Mesydel: déjà 410 demandes de prix

Depuis la création de l’entreprise, Mesydel a répondu à 410 demandes de prix. Objectif : acquérir 10% de ces prospects. Dans ces dix pourcents, on a une grande variété de clients avec de gros payeurs et des petits projets (notamment portés par des doctorants).

Le chiffre d’affaires de la 1ère année est d’environ 100.000 euros, celui de 2019 sera en légère croissance.

Quel a été votre dernier défi technologique ?

On a réalisé une consultation nationale avec un panel de 10.000 personnes. Le challenge technologique, c’était la création du panel. On est en perpétuelle amélioration de nos outils d’analyse. On développe un outil de reporting en ligne avec visualisation graphique, un outil d’intelligence artificielle. On s’est basé sur une méthode issue des sciences humaines (taggage de contenus textuels) tout en insistant sur la mainmise de l’analyste sur le contenu.

Comment faites-vous pour conserver un état d’esprit innovant ?

On est en permanence à l’écoute des clients. Pour l’instant, cela nous suffit pour innover. Tous ont des besoins différents. Notre source d’innovations, ce sont nos clients.

Et puis, fréquemment, on s’inspire des dernières innovations en matière d’analyse de contenu textuel et de traitement statistique.

Quelle est la phrase qui vous booste ?

Une vision de la participation et de la manière dont les gens doivent communiquer pour une prise de décision plus collaborative. Passer du « je » au « nous ».

Mesydel, c’est une vision méthodologique de résolution des problèmes. Ce qui me booste, c’est l’aspect technique. Comment intégrer techniquement des choses qui vont améliorer le travail de l’analyste. Prendre des problèmes extrêmement variés – « humains » – , comment la technologie peut contribuer à un monde meilleur. Mais la technologie, n’est pas une réponse, c’est un moyen.


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